« Mais Mathilde, pourquoi tu ne demandes pas aux personnes du projet d’être bénévoles ? »
1 août 2026
On m’a posé plusieurs fois cette question : pourquoi ne pas prendre plutôt des bénévoles pour réduire les coûts ? On m’a aussi dit que je pourrais avoir recours à l’IA dite « générative ».
Sur l’IA dite « générative » , il s’agit d’un outil délictueux qui vole le travail d’autres artistes. C’est donc une machine de banditisme en grande échelle, qui ne crée par conséquent seulement et uniquement des contrefaçons de faussaires médiocres. De plus, l’IA dite « générative » pille non seulement les artiste mais aussi les ressources en eau de la planète.
C’est donc un grand NON, catégorique et éternel.
Sur la question du bénévolat, maintenant.
Première chose, je suis une personne blanche. Ce n’est pas neutre. De fait : à aucun moment, juste moralement déjà, je ne ferai travailler gratuitement des personnes racisées, surtout s’il s’agit d’un projet rémunérateur ayant d’autres ayant-droits que moi même. En l’occurrence, les ayant-droits d’A la gloire des femmes en deuil sont mon éditeur (dont l’équipe est principalement composée d’hommes cisgenres blancs), et moi même. Je refuse donc également qu’ils bénéficient (et que moi non plus donc) d’un quelconque travail gratuit fourni par des femmes, déjà, et spécifiquement s’il est fourni par des femmes racisées (qui vont être majoritaires sur le projet).
Je refuse aussi, par principe féministe, de ne pas rémunérer les femmes pour leurs travail et compétences, ce qui participerait alors du cycle éternel de leur précarisation. Je veux que les femmes puissent ne pas avoir à choisir entre s’engager et payer leur loyer. Je veux qu’elles n’aient pas à choisir entre se soucier du destin du monde, et angoisser du montant de leur retraite. Je ne veux pas qu’elles aient à choisir entre participer à une lutte par la culture, l’art et la beauté, et avoir une couverture sociale qui leur permet d’aller gratuitement chez le médecin.
Outre cet aspect moral, il faut aussi penser l’aspect légal. Sachez donc que tout artiste, technicien ou personnel d’un projet artistique, et spécifiquement quand il ou elle travaille sur un projet phonographique (ici une sortie single), est considéré d’emblée par la loi comme étant sous présomption de salariat, et c’est le code du travail qui alors s’applique obligatoirement.
La rémunération de ces personnes par le porteur de projet n’est donc absolument pas optionnelle sur le plan légal, et il ou elle doit s’acquitter de toutes les cotisations sociales légalement obligatoires, et offrir toutes les protections aux personnes que le droit du travail et les conquis sociaux lui accordent.
Je me dois donc d’être personnellement absolument dans les clous là dessus, même si évidemment les personnes embauchées sont ensuite tout à fait libres, si elles le souhaitent, de reverser le salaire net touché pour ce projet à des associations.
« Mais si tu veux pas de bénévoles, pourquoi faire alors appel à la solidarité de ta communauté pour financer le projet ? »
Comme vous le savez sûrement, je suis artiste, artiste indépendante d’ailleurs, et oui, je bénéficie du soutien de ma communauté par différents biais et plateforme pour m’épauler dans mes différents projets artistiques plus ou moins récurrents et plus ou moins grands.
À l’exception de la production phonographique de mon album « La nuit • Le jour » (qui a été co-produit avec mon éditeur Les Éditions Raoul Breton, et completé d’ailleurs sur la fin avec un crowdfunding qui alors nous a aidé à boucler le mastering, et produire une édition limitée de l’album pour remercier les contributeurices), je suis complètement autofinancée, particulièrement sur les projets « one shot » discographiques, mais surtout sur l’intégralité des projets vidéos & audiovisuels (d’habitude à la charge du label, chose que je n’ai pas. Et que je ne veux pas, parce que ces gens sont des charlatans et des exploiteurs.)
A savoir : je ne touche aucune subvention (ce sont éventuellement les sociétés de production chez qui les artistes sont signés qui y ont droit, pour des choses très spécifiques : l’aide à la production scénique, aide à la discographie, etc… bien que de plus en plus de ces subventions disparaissent à mesure que les gouvernements de droite se succèdent), je n’ai donc de revenus que : mes cachets, ma petite intermittence, un peu de monétisation (TikTok, YouTube), et plus épisodiquement, mes droits d’autrices, et mes revenus de streaming et ventes d’album physiques (appelés dans le jargon du métier les « royalties »).
Ce n’est pas rien, je vis désormais de ma musique grâce à toustes celleux qui l’écoutent et viennent au concert, et je viens tout juste de sortir de sous le seuil de pauvreté. Vraiment je ne me plains absolument pas 🙏🏻 Mais simplement, ce n’est pas suffisant pour produire des projets au delà d’une certaine envergure. Et certains projets, surtout engagés, à mon sens MÉRITENT de l’envergure. Donc celui que vous financez en ce moment même 🇵🇸🎶
Par conséquent, quand je souhaite faire aboutir un projet plus ambitieux que d’habitude, et pour le faire bien, de la manière la plus éthique possible, et dans des clous légaux qui me protègent à la fois moi ET les personnes que j’emploie, j’ouvre la possibilité à qui le peux ou le voudrait de m’aider eventuellement à le faire — sans que ça ne soit JAMAIS une obligation évidemment. L’idée c’est surtout pas de se mettre en danger financier pour me soutenir. Il sera toujours temps de faire turbiner les streams quand le titre sera sorti 🙏🏻
Évidemment, un budget est toujours prévisionnel, et dans le cas de la discographie et de l’audiovisuel, on les explose toujours assez vite, en fonction de tel ou tel aléas ou imprévu qui va nous tomber inévitablement dessus. C’est pour ça que le soutien de ma commu m’offre avant tout un filet de sécurité INCROYABLE, qui permet plus de confort et beaucoup BEAUCOUP moins d’angoisses, à la fois le jour J de l’enregistrement mais également et surtout en pré-prod — puisque ça permet de débloquer tout problème éventuel bien plus vite et efficacement que si j’étais seule avec mes petits deniers individuels.
« Mais alors donc ca veut dire que tu vas gagner de l’argent sur ce projet, toi !? »
Non, car la seule bénévole intégrale de ce projet, c’est moi. C’est une décision. Une décision résolue et intentionnelle. Tout ce qui sera récolté sur le projet servira uniquement au projet, sans jamais dégager un salaire ou un cachet me concernant. Toutes les donations seront dévolues à payer les factures, les cachets, les fais des personnes qui y participeront. Si vous êtes d’une générosité sans pareil, et qu’il reste des sous à la fin, je les reverserai à une ou plusieurs associations œuvrant en Palestine.
” Oui mais quelles associations ? »
Je me suis rapprochée de Europe Palestine Network, et iels vont me recommander plusieurs associations qui œuvrent directement auprès de la population palestinienne.
Je reverserai tous mes gains dès le premier euros touché (donc évidemment sans me rembourser de mes propres dépenses sur le projet), c’est à dire l’intégralité des revenus qui me reviennent engendrés par ce titre : droits d’autrice (sur cette version, la traductrice, une femme palestinienne, sera aussi considérée comme co-autrice et percevra donc des droits également) & revenus du streaming, aux diverses associations solides vers lesquelles ils m’auront aiguillé.
« C’est à dire, tes "propres dépenses sur le projet" ? Il y a d’autres lignes au prévisionnel que tu n’aurais pas divulgué ? »
Plein. Déjà, tous les imprévus, que je vais absorber. Mais aussi, d’autres dépenses qui peuvent être plus ou moins conséquente : Location et/ou achat de matériel vidéo / éclairage plateau, le cachet pour une régisseuse générale, le cachet pour une assistante plateau, les cachets pour une assistante directrice de production, le budget pour le travail de création graphique du visuel/artwork du titre, ou encore la facture de l’association qui gère le chœur de femmes qui va me rejoindre sur ce titre.
Autant de postes à pourvoir et de frais à régler que votre générosité me permet d’envisager et de couvrir sans angoisse de ne pas pouvoir joindre les deux bouts et de mettre 1000 ans à payer tout le monde.
BREF, grâce à vous:
— j’ai l’esprit plus tranquille sur la compta
— j’ai l’opportunité de valoriser le travail de nombreuses femmes
— j’ai la chance inouïe de pouvoir réaliser un projet qui me tient à cœur
— et comme m’a dit Meriem Hadjal : « Faire vivre la culture palestinienne dont la langue est un acte militant fort ! ».
En conclusion, j’espère que ces éclairages divers sur les détails de ce projets vous auront apporté encore plus de clarté et de transparence !
Tous les jours le projet avance à grand pas grâce à vous. Aujourd’hui par exemple on essaie de trouver avec le studio Midi Live un jour d’enregistrement ou tout le monde est dispo, et j’ai eu la confirmation que le Chœur Saba, monté par l’artiste palestinien Abou Gabi, me rejoindra en studio pour que nous chantions toutes ensemble à la gloire des femmes en deuil ♥️
Si hâte d’y être.
Bises à toustes et encore merci, merci, MER-CI 🇵🇸🫂🎶
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