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Scorpions - L'intégrale

50 Ans de Hard Rock en 367 Piqûres, et bien plus encore...

  • Echec du projet

    Le projet est un échec. Merci à vous tous qui y avez cru et avez participé à faire de ce livre plus qu'un rêve. Vous allez être intégralement remboursés dans les prochains jours par Ulule.

    En l'attente d'un éventuel éditeur intéressé, ce projet est donc mis en sommeil.

    Keep rocking.

    Guillaume

  • Sixième extrait

    Voici un dernier extrait du contenu du livre ! Au menu :

    • L'analyse d'un classique : "We'll Burn The Sky"
    • Le déterrage d'une pépite : "Kicks After Six"
    • Article "Fiche membre" : James Kottak, le rock'n'roll tatoué dans la peau
    • Quelques une des photos inédites présentes dans l'ouvrage

    Photo : Ralf Louis

    Analyse d'un classique : "We'll Burn The Sky"

    Caractéristiques
    Paroles par : Monika Danneman
    Musique par : Rudolf Schenker
    Disponible sur l’album : Taken By Force (1977)
    Durée : 6'27 

    Egalement sur
    Tokyo Tapes (1978) - Album live - Version live
    Moment Of Glory Live (2000) - DVD - Version live
    Live At Wacken Open Air 2006 (2007) - DVD - Version live
    Live In Munich 2012 (2016) - Blu-Ray - Version live

    Comment décrire l’indescriptible, définir l’indéfinissable, mesurer l’infini ? Comment parler de « We’ll Burn The Sky », dont la beauté pure en fait un des meilleurs (si ce n’est le meilleur) morceaux du répertoire des Scorpions. Après quatre albums formateurs, l’album Taken By Force publié en 1977 voit Rudolf Schenker s’imposer comme un compositeur d’une classe et d’une sensibilité rares, créant avec ce titre de plus de six minutes ce qui est sans doute son chef-d’œuvre des années 70, rien de moins. Ce morceau, très original, donne dans le style fausse ballade, alternant arpèges et riffs plaqués, pour un résultat bluffant. Son origine est désespérément banale : Rudolf, qui tente d’améliorer son jeu de guitare en autodidacte, pioche dans une méthode différents accords et les combine entre eux. En résulte une splendide progression d’accords, déjà utilisée sur le morceau « Catch Your Train » (album Virgin Killer) à un tempo bien plus élevé. De par sa construction audacieuse et ses différentes parties qui s’imbriquent parfaitement entre elles, ce morceau riche en émotion prend des allures de petite symphonie.

    « Cette chanson est plus qu’une chanson », revendique Uli. « C’est une véritable petite symphonie, avec toutes ces différentes parties qui s’assemblent entre elles, de manière très naturelle. C’est un morceau très original, car personne n’écrivait de cette manière à l’époque. »

    On peut penser au morceau « Astronomy » du groupe Blue Öyster Cult (album Secret Treaties, en 1974), qui propose une structure et des ambiances similaires. Mais « We’ll Burn The Sky » est avant tout le témoignage des velléités progressives des Scorpions, désireux de rendre leur musique à la fois plus complexe et aboutie, dans la droite lignée de l’alambiqué morceau « Fly To The Rainbow » publié sur l’album du même nom en 1974. Cette fois-ci, le groupe va encore plus loin en termes de passages instrumentaux travaillés, de cassures de rythmes et de recherche mélodique. La somme de tout cela est d’une beauté à couper le souffle.

    « Il y a cette splendide introduction, interprétée à merveille par Klaus », détaille Uli. « Pour moi, ce titre est sans aucun doute le meilleur morceau de Rudolf. Dès que je l’ai entendu pour la première fois, je lui ai trouvé une originalité certaine et une ambiance particulière, assez éthérée, bien que cela reste un titre rock. Et le morceau ne semblait jamais vouloir se terminer. C’est un titre qui donne l’impression de pouvoir s’allonger sans cesse, on pourrait le jouer sans jamais s’arrêter. Et puis il y a ces harmonies de guitares, constituées de trois pistes superposées, que je trouve également sublimes et dont je suis très fier. »

    La splendeur des paroles est, pour sa part, un accident. Klaus, face au syndrome de la page blanche, demande tout d’abord à Uli de lui proposer un texte. À court d’idées, ce dernier charge sa compagne Monika Dannemann, dernière petite amie de Jimi Hendrix, d’écrire des paroles. La jeune femme, elle-même poète, sculptrice et peintre de son état, livrera un poème splendide, aux allures de déclaration d’amour d’outre-tombe pour l’éternel interprète de « Foxy Lady ». Plus de six minutes de pureté et de sincérité désarmantes.

    « Habituellement, Klaus se chargeait seul d’écrire les paroles, même si Herman commençait à proposer quelques textes », se rappelle Uli. « Pour ce titre il n’a pas réussi à en écrire, je ne sais plus pour quelle raison. Il m’a donc demandé de m’en charger, mais l’inspiration ne venant pas, j’ai suggéré à Monica d’écrire un poème, ce qu’elle a immédiatement accepté de faire. Je la revois en train de travailler sur une toile, car elle était également une peintre très talentueuse, tandis que la bande défilait et que le morceau résonnait dans la pièce. Et elle n’a pas tardé à me remettre son poème, dans une version quasi-définitive. Tout est allé très vite. »

    Si Uli retouche à quelques mots dans les premières strophes du poème, cette lettre à l’attention de Jimi Hendrix nous fait traverser le spectre complet des émotions. De la peine à la mélancolie, du refus à l’apaisement, de l’amour brut à la transcendance : « You're my life giving fire / And you carry all my love / Through you I was so inspired / You're engraved deep in my heart ». Le morceau a un sens, et ses paroles lui confèrent une puissance accrue, rendent sa beauté complète. Artiste tourmentée, accusée par certains d’avoir provoqué la mort de Jimi en surdosant ses somnifères, Monika Dannemann se suicidera en 1996, à l’âge de 50 ans.

    En live, « We’ll Burn The Sky » se transforme, et fait partie de ces titres qui bénéficient d’une dimension supplémentaire lorsqu’ils sont interprétés en concert. La version présentée sur l’album Tokyo Tapes en atteste : démarrant de manière délicate et doucereuse, le morceau grandit, s’intensifie, jusqu’à atteindre un point culminant à l’issue de son solo, s’imposant comme un titre tout bonnement phénoménal. Conservé dans la setlist après le départ d’Uli Jon Roth, le morceau est interprété lors des tournées réalisées entre 1979 et 1982, les parties lead étant assurées par Michael Schenker puis par Matthias Jabs. A partir de 1986, le titre est mis en sommeil pendant plus de 10 ans, n’étant réintégré qu’en 1997 sur quelques dates. Interprété dans le dernier tiers du show, le titre prouve alors qu’il n’a rien perdu de sa superbe. En 2000, « We’ll Burn The Sky » fait l’objet d’une relecture symphonique dans le cadre du projet Moment of Glory. Interprété lors des concerts des 20 et 21 juin à Hanovre, dans le cadre de l’EXPO 2000, le morceau gagne en puissance et en impact, ainsi paré de nouveaux arrangements, pour offrir un nouveau visage des plus plaisants.

    Le morceau gagne ainsi ses galons de classique. Interprété lors des tournées mondiales de 2002 et 2003 (en quatrième position, entre « The Zoo » et « Lovedrive »), le titre est conservé sur la tournée Unbreakable. Le 10 septembre 2005, il est interprété en compagnie d’Uli Jon Roth à l’occasion d’un concert mémorable donné à Colmar. La présence de Matthias sur scène permet aux Scorpions de reproduire les splendides harmonies de guitare du morceau. Rebelote à l’occasion du Wacken 2006 et des dates de la tournée 2007 sur lesquelles Uli est invité.

    « Je serai sur scène pour montrer à Uli comment jouer ! » plaisante Matthias alors lorsqu’on lui demande si le retour d’Uli Jon Roth sur plusieurs titres ne risque pas d’éclipser sa présence. « Nous jouerons les morceaux ensemble, et c’est très agréable de l’avoir à nos côtés. Je connais Uli depuis très longtemps, puisque nous avons grandi dans le même quartier, nous nous fréquentions bien avant d’entendre parler des Scorpions. L’année dernière, le concert de Colmar et le show du Wacken ont été organisés assez rapidement, mais cette fois nous prévoyons de travailler plus afin de proposer des concerts vraiment uniques. Beaucoup de fans nous demandent depuis longtemps de rejouer des titres des années 70, ils seront donc récompensés pour leur patience. »

    Si « We’ll Burn The Sky » est interprété pour la dernière fois en compagnie d’Uli Jon Roth lors du concert en demi-teinte donné le 2 juin 2012 lors du festival Nancy On The Rocks, les Scorpions continuent d’interpréter le morceau, en version symphonique uniquement, lors des concerts donnés en Russie et en Europe de l’Est en 2013 et 2014. Le titre est malheureusement laissé de côté au début de la tournée Return To Forever.

    Le musicien Yngwie Malmsteen, largement inspiré par Uli, reprend le morceau sur scène en 1981, mais ce sont surtout les anciens membres des Scorpions qui rendront hommage à « We’ll Burn The Sky » au fil des ans. Depuis 2005, Uli Jon Roth intègre le morceau dans son répertoire, en faisant un des piliers de ses concerts.

    « Je la joue chaque soir lors de mes concerts, et chaque soir le morceau sonne de manière différente », explique le maestro. « C’est un titre qui laisse beaucoup de place à l’imagination et aux variations, notamment vers la fin. Les gens l’adorent aussi pour cela. » Uli intègrera le morceau dans ses relectures scorpionnesques Scorpions Revisited en 2015 et Tokyo Tapes Revisited en 2016. Ces versions sont sublimées par les prestations dantesques du chanteur Nathan James. A noter une reprise sans grande envergure par le guitariste japonais Syu, leader du groupe Galneryus, sur son album Crying Stars - Stand Proud ! en 2010.

    Photo : Ralf Louis

    Le déterrage d'une pépite : "Kicks After Six"

    Caractéristiques
    Paroles par : Klaus Meine, Herman Rarebell, Jim Vallance
    Musique par : Francis Buchholz, Jim Vallance
    Disponible sur l’album : Crazy World (1990)
    Durée : 3'49 

    Egalement sur
    Tease Me Please Me (1990) - Single - Version album
    Don’t Believe Her (1990) - Single - Version album
    Send Me An Angel (1991) - Single - Version album

    Ce n'est pas une groupie. Si les Scorpions ont chanté à plusieurs reprises les vertus de ces « backstage queens », l'héroïne de « Kicks After Six » est avant tout et surtout une femme libre, une working girl qui attend la fin de journée pour troquer son tailleur contre une tenue plus rock. A la routine de la journée, les Scorpions opposent la promesse de la nuit, qui donne des ailes : « Some days it’s hard to face the cruel reality / Just waitin' for the bell to ring / She wants to be free / It feels so good to start another endless night / She spreads her wings for another flight / She's running wild ». Bien que Herman Rarebell ait participé à l'écriture des paroles, le sexe est ici sous-entendu, et la femme n'est pas réduite à un simple objet de plaisir. Pour une fois, elle le recherche avant de le donner.

    Bien que figurant sur trois singles issus de l'album Crazy World, « Kicks After Six » n'a pas connu autre chose qu'un succès d'estime. Jamais interprété en live, le morceau dégage pourtant une énergie imparable. Si le riff proposé par Rudolf Schenker est somme toute classique, les touches mélodiques apportées par Matthias Jabs lui confèrent un intérêt réel. Viscéralement rock, ce titre est d'une efficacité redoutable. Fait notable, « Kicks After Six » est le seul morceau publié du répertoire des Scorpions composé par le bassiste Francis Buchholz.

    « Étant donné que pendant les années 70 et la première moitié des années 80 nous devions nous occuper nous-même du management du groupe, tout cela me prenait beaucoup de temps », explique Francis. « Sur la deuxième moitié des années 80 j’ai commencé à m’intéresser bien plus à l’écriture des chansons. « Kicks After Six » est un des morceaux que j’ai co-composé à la fin des années 80, mes autres idées n’ont jamais été retenues par les autres membres du groupe. »

    Ce sera là le seul témoignage de composition laissé par Francis, démissionnaire en 1992. On retient un titre à la fois agressif dans la forme et rock'n'roll dans l'esprit, parfaitement à sa place sur cet album multi-facettes qu'est Crazy World.

    Photo : Ralf Louis

    Fiche membre : James Kottak, le rock'n'roll tatoué dans la peau

    A partir du 27 mai et jusque fin juillet 1988, Scorpions fait partie d’un package itinérant, composé, outre les arachnides, de cinq groupes confirmés ou en devenir : les jeunes de Kingdom Come, qui comptent en leurs rangs James Kottak, futur batteur du groupe, se chargent d’ouvrir les concerts, suivis par un Dokken qui vient de connaître avec son quatrième album, Back For The Attack, le pic commercial de sa carrière (s’ensuivra une douloureuse séparation en 1989) et Metallica, qui est alors sur le point de sortir And Justice For All, poursuivant son irrésistible ascension vers les sommets. C’est un Van Halen remanié (le chanteur Sammy Hagar a rejoint le groupe en 1985) qui se charge de clôturer les concerts.

    Malgré un temps de jeu relativement court, Kingdom Come et James marquent les esprits, notamment celui d’un certain Herman Rarebell… Sept ans plus tard, Herman, lassé du rythme effréné des tournées, déçu d’avoir été exclu du processus de composition des morceaux de l’album Face The Heat, décide de quitter les Scorpions pour se consacrer à d’autres activités. Son remplaçant est alors tout désigné, comme nous le raconte « Ze German » : « J’aime beaucoup James, c’est d’ailleurs moi qui l’ai fait embaucher dans les Scorps, car je l’avais remarqué en 1988 alors qu’il jouait encore avec Kingdom Come. J’avais dit à Rudolf qu’il serait très bien pour eux, étant donné qu’il était capable de faire tout ce que je faisais. Il fallait quelqu’un qui puisse en quelque sorte m’imiter, qui soit capable d’avoir un jeu très lourd, car les Scorps voulaient quelqu’un qui joue les morceaux comme je les jouais avant. James a donc longtemps écouté comment je jouais, afin de pouvoir m’imiter, et ensuite il a bien entendu intégré son propre style dans les morceaux. »

    James, malgré les recommandations de Herman auprès des autres membres du groupe, n’est pas pour autant exonéré d’une audition. Il raconte son expérience : « Lors du Monsters Of Rock, j’avais été bluffé par le professionnalisme des Scorpions. Pour autant, je n’avais jamais acheté leurs albums. D’ailleurs, je n’achetais quasiment aucun album à l’époque. Je passais mes journées à écouter la radio, pas besoin d’acheter quoi que ce soit ! Néanmoins, lors de l’audition, je connaissais la plupart de leurs morceaux, car j’avais joué auparavant dans des groupes de reprises, c’est ainsi que je gagnais ma croûte. Nous jouions « Still Loving You », « Big City Nights », « Rock You Like A Hurricane ». Lorsque je me suis rendu en Allemagne pour l’audition, j’ai été flatté et agréablement surpris qu’il s’agisse plus d’une rencontre informelle que d’une véritable audition. Le feeling était détendu : « Passons du temps ensemble, et voyons ce que ça donne ! » Néanmoins, j’ai été très heureux d’avoir été choisi parmi plus de 25 candidats. »

    « Ce n’était pas vraiment un nouveau départ pour nous », explique Rudolf. « L’intégration de James s’est faite de manière très confortable. Lorsque Kingdom Come avait ouvert pour nous lors des concerts américains de 1988, je me souviens que je me tenais souvent près de la console de mixage pour voir le groupe jouer, et notamment le solo de James qui était vraiment fun à voir. Il est si excité et énergique lorsqu’il joue, et il a une philosophie qui est de jouer chaque concert comme si c’était le dernier. Lorsqu’il a intégré le groupe, c’est comme s’il en avait toujours fait partie, cela a été très naturel. Nous n’avons pas eu à le guider, où à lui dire de jouer de telle ou telle manière, il s’est immédiatement fondu dans le moule. »

    Celui qui sera le deuxième batteur américain à intégrer les rangs des Scorpions (rappelez-vous Joe Wyman, au début des années 70) n’est pas à son coup d’essai lorsqu’il rejoint les arachnides. Depuis 1978, James turbine en effet au sein de différents groupes, cumulant parfois le poste de batteur et de chanteur comme il le fait en 1984 au sein du groupe Apex, dont le titre « Save Your Love For Me » connaît un petit succès aux USA. En 1990, après avoir quitté Kingdom Come (avec qui il a enregistré deux très bons albums), il rejoint successivement les groupes The Cult, Wild Horses, puis en tant que « requin de studio » il participe à l’enregistrement de l’album MSG du MacAuley / Schenker Group, et à des albums de Warrant, Axxis ou encore Bruce Dickinson (le chanteur d’Iron Maiden). « En 1995, j’ai reçu un coup de fil du manager des Scorpions », précise-t-il, « qui m’a demandé si je voulais me rendre en Allemagne pour jouer avec eux. Lorsque je lui ai demandé pourquoi ils avaient pensé à moi, il m’a répondu qu’ils se rappelaient que j’étais un bon batteur et un mec sympa. Les Scorpions sont des gens très classe. Ils ne se sont jamais comportés comme des salauds. Avec Rudolf et Klaus, le déclic a été instantané, nous sommes immédiatement devenus amis. Je suis très chanceux et honoré de faire partie de ce groupe. »

    Les Scorpions ont eu le nez creux. Si James participe discrètement à l’enregistrement de quelques titres de l’album Pure Instinct en compagnie du producteur Keith Olsen, c’est en live qu’il se révèle : dès son premier concert avec le groupe, le 5 Juin 1996 à El Paso, au Texas, James se fond parfaitement dans le « moule » scorpionnesque. Dynamique et jovial, le musicien attire immédiatement la sympathie du public, et il rendra au fil des ans ses prestations de plus en plus visuelles. Fougueux (il est de 14 ans le cadet de Klaus et Rudolf), James participe à maintenir une certaine énergie dans le giron des Scorpions. Son solo de batterie, baptisé « Kottak Attack », devient au fil des ans un moment clé des concerts du groupe (voir l’entrée correspondante).

    « J'ai commencé ma carrière en jouant dans des bars durant les années 80, et à l'époque l'ambiance aux USA était très compétitive », dit-il. « Tu es dans un groupe, tu crées un show pour un club de petite taille, tu joues tous les soirs, tu essayes de créer quelque-chose... puis j'ai rejoint Kingdom Come et c'est passé un cran au-dessus. Le public écoute avec ses yeux et il faut le divertir, car un batteur qui se contente de jouer assis derrière son kit peut rapidement devenir ennuyeux à regarder. J'ai toujours aimé ce côté showman, Buddy Rich qui délirait avec ses baguettes ou même John Bonham qui jouait parfois juste avec ses mains, ce genre de trucs. J'avais accumulé toute cette expérience, et quand j'ai eu la chance de jouer dans Scorpions j'ai poussé ça encore plus loin. »

    Son nouvel engagement n’empêche pas le batteur de proposer, lorsqu’il n’est pas occupé par ses activités avec les Scorpions, des albums frappés du sceau de son groupe Kottak (précédemment Krunk), fondé en 1998 en compagnie de son ex-épouse Athena Lee (sœur de Tommy Lee, batteur de Mötley Crüe). Quatre albums verront le jour en 1998, 2006, 2010 (celui-ci contient une reprise de « Holiday ») et 2011 dans une veine punk-rock légère et adolescente.

    Compositeur et parolier prolifique, James verra plusieurs de ses idées intégrées dans le répertoire des Scorpions. La première d’entre elles est ce passage rappé, surprenant, sur le morceau « Du Bist So Schmutzig », sur l’album Eye II Eye. Également choriste de grand classe (notamment en live), son impact se fait le plus fort sur l’album Unbreakable en 2004, puisqu’il participe alors à l’écriture et/ou à la composition de quatre morceaux : « Love’Em or Leave’Em », « Can You Feel It », « Someday Is Now » et « The Song That Won’t Go Away » (titre non retenu sur l’album et réutilisé par James en 2006 sur l’album Therupy de son groupe Kottak).

    « Scorpions, c’est Scorpions », explique-t-il. « Quand je suis avec Scorpions, je joue du Scorpions, et j’adore cela. Je n’y changerai rien du tout, je me sens très fier de faire partie de cette bande, c’est un privilège. Je ne fais pas seulement partie d’un groupe, ce sont mes meilleurs amis et ma famille. On dîne ensemble, on voyage ensemble, et si j’ai un problème, je vais parler à l’un d’entre eux. Évidemment, avec Scorpions, on ne peut pas s’éloigner de notre style de musique. Mais je n’ai jamais l’impression qu’on me force à jouer un certain style. J’ai envie de jouer, je soutiens complètement les chansons et je veux donner aux fans ce qu’ils veulent. »

    Au printemps 2013, alors que les Scorpions ne donnent pas signe de vie et semblent décidés à se mettre en retraite, James participe à la fondation du supergroupe Project Rock rassemblant également Keri Kelli (Alice Cooper, Skid Row, Slash, Teddy Andreadis (Guns N’Roses), Rudy Sarzo (Quiet Riot) et Tim ‘Ripper’ Owens (Judas Priest, Iced Earth). L’annonce d’une tournée russe pour le mois d’octobre semble confirmer que le batteur envisage sérieusement sa reconversion. L’annonce du projet MTV Unplugged et d’une tournée acoustique pour le début de l’année 2014 mettent néanmoins en hiatus les activités de ce nouveau groupe.

    Le 5 avril 2014, le projet acoustique terminé, les Scorpions se produisent à Bahreïn, dans le cadre d’un concert donné en marge du Grand Prix de Formule 1. Surprise, stupeur et tremblements, puisque ce n’est pas James Kottak qui assure le concert, mais le batteur Mark Cross, notamment cogneur de fûts chez Firewind ou Helloween. Alors qu’un problème de transport est d’abord évoqué, l’absence de nouvelles, plusieurs jours après le concert, soulève des inquiétudes légitimes. Il faudra attendre la fin du mois pour que le groupe communique finalement sur le sujet, très délicat, de l’absence du batteur. Le premier message posté par les arachnides sur leur site officiel, quelques jours après le concert de Bahreïn, ne fait qu’attiser les spéculations. « Chers fans, Lorsque James Kottak s’est présenté à l’aéroport de Dubai le 3 avril, il a rencontré des problèmes avec les services d’immigration et a été arrêté. Tout ce qui s’est passé est totalement hors de notre contrôle, et nous n’en savons pas plus pour l’instant. Pour les concerts prévus en Allemagne c’est un batteur suédois, Johan Franzon, qui va prendre sa place. Merci de votre compréhension. »

    Fin mai, James décide de refaire surface par le biais d’un communiqué publié sur le site officiel du groupe. « Après des années d’abus d’alcool, le 3 avril dernier mon addiction a fini par me rattraper durant un vol de 5 heures depuis Ekaterinburg (Russie) en direction de Bahreïn via Dubaï, vol durant lequel j’ai consommé cinq ou six verres de vin. Arrivé à l’aéroport du Dubaï, je me suis présenté à un représentant de la compagnie aérienne pour demander des informations sur mon vol. Cette personne m’a indiqué que je n’étais pas au bon endroit, ce à quoi j’ai répondu « What The Fuck ?! » Le représentant a ensuite appelé la police, et leur a indiqué que j’étais alcoolisé (ce qui était le cas) et que j’avais été l’auteur d’un geste obscène. Un des officiers de police m’a reconnu en tant que membre de Scorpions. Lorsqu’il m’a demandé de montrer une pièce d’identité, je lui ai montré à la place mon tatouage « Rock & Roll Forever » que j’ai dans le dos, car ma véritable pièce d’identité se trouvait dans le sac à dos de l’ami avec qui je voyageais. La police n’a pas trouvé ça drôle et m’a inculpé au motif de « Consommation d’alcool sans licence », motif pour lequel j’ai plaidé coupable et ai été condamné à un mois de prison et une amende de 2 000 Dirham (300 Dollars). J’ai également été inculpé au motif d’avoir insulté l’Islam et les musulmans en faisant un geste obscène, charge pour laquelle j’ai plaidé non coupable tout simplement car elle est fausse.

    À mon retour aux États-Unis le 6 mai, je suis immédiatement allé consulter Bob Forrest, un spécialiste des addictions connu pour avoir travaillé avec des musiciens et des célébrités. Nous nous voyons régulièrement depuis. Il m’a également envoyé vers l’organisation MusiCares, qui offre aux musiciens de l’aide pour vaincre leurs addictions. Je suis déterminé à me débarrasser de mon alcoolisme et je fais tout au quotidien pour vaincre cette maladie. Cet incident m’a fait réaliser qu’il était temps d’arrêter de boire de l’alcool de manière définitive, afin de devenir le père, musicien et ami que je suis capable d’être. Je suis heureux que ce malheureux incident soit maintenant derrière moi et de pouvoir à nouveau me projeter dans ma vie. J’aimerais envoyer un ÉNORME merci à ma famille, à mes amis et aux fans du monde entier pour leur amour et leur soutien… You kick ass ! J’aimerais également adresser mes plus sincères excuses à toutes les personnes que j’ai pu blesser et j’ai hâte de vous voir tous de nouveau ! With love, James Kottak – Demain est un autre jour ! »

    Il faudra au batteur désormais historique des Scorpions (en 2014, cela fait 18 ans qu’il est dans le groupe, soit autant d’années que Herman Rarebell) plusieurs mois pour se remettre en forme. Il signera, au grand plaisir des fans, son grand retour sur scène dans le courant du mois de novembre.

    « Lorsque James a dû faire face à ce terrible incident en début d’année à Dubaï, nous lui avons demandé de prendre du recul », dit Klaus avec bienveillance. « Pas tellement pour le groupe, mais surtout pour lui. Nous lui avons dit « Cesse pendant un moment d’être le batteur des Scorpions, et redeviens le mari et le père de famille que tu es ». Nous lui avons conseillé de partir en cure de désintoxication pour son alcoolisme, afin qu’il nous revienne en forme, à l’image du James que nous avons toujours connu, qui est non seulement le batteur des Scorpions, mais aussi un ami et un mec génial. »

    Alors que le groupe démarre le processus d’enregistrement de son nouvel opus, en août 2014, James est rappelé. Le groupe ne compte pas se passer des services de celui qui, par sa fougue et sa sympathie, a œuvré à rendre encore plus énergiques les concerts des arachnides, et a participé au rajeunissement des spectateurs, bluffés par sa présence scénique. « Bien sûr, nous voulons que James revienne jouer dans le groupe, et nous lui avons dit que la porte serait toujours ouverte pour lui. Malgré tout, il est important qu’il prenne d’abord soin de lui, de manière sérieuse, et qu’il se débarrasse de son addiction. Mais nous comptons bien entendu sur lui pour enregistrer la batterie sur le nouvel album, et je suis certain qu’il fait son maximum pour être en bonne forme pour les sessions d’enregistrement ainsi que pour la tournée qui s’annonce l’année prochaine. »

    Le batteur marque finalement son retour scénique avec les arachnides le 27 novembre 2014, à l’occasion d’un concert donné à Rotterdam, aux Pays-Bas. Le batteur tiendra son poste pendant toute l’année 2015. À Paris Bercy, le 24 novembre 2015, James se fait à l’origine d’un moment d’intense émotion puisqu’il fait chanter « La Marseillaise » à la foule en préambule à son solo de batterie, en hommage aux victimes des attentats parisiens du 13 novembre. La solidarité des Scorpions avec le peuple français est sans faille.

    Le 28 avril 2016, c’est de nouveau le choc : alors qu’une nouvelle tournée américaine se profile à l’horizon, James est de nouveau mis de côté, cette fois au profit de Mikkey Dee (ex-Mötörhead). Visiblement en proie à des problèmes liés à son alcoolisme (même si le communiqué officiel parle uniquement de problèmes de santé), James doit laisser sa place à un batteur plus en forme que lui. Un remplacement qui semble voué à durer, puisque des baguettes à l’effigie du nouveau batteur sont fabriquées et distribuées aux fans lors de cette série de 12 concerts, qui voit notamment les arachnides jouer cinq soirs au Joint at Hard Rock Hotel & Casino de Las Vegas.

    Après s’être fait discret, le temps de se remettre sur pied, le batteur raconte pour la première fois le 11 octobre 2017 les circonstances qui ont mené à son départ du groupe :

    « En avril 2016, nous étions en Allemagne, et Klaus a eu des problèmes de voix, nous avons dû annuler les huit dernières dates de notre tournée européenne. Cela nous a donc laissé à peu près deux mois et demi de libre. A ce moment-là, je me battais un peu avec mes démons personnels, j'ai donc décidé de me rendre dans le centre Crossroads fondé par Eric Clapton sur l'île d'Antigua (centre de désintoxication des drogues et de l'alcool). Je pensais y rester un mois seulement, histoire de faire le bilan et de me remettre sur pied. C'est vraiment un endroit formidable.

    J'y suis donc allé tant que nous avions du temps libre. J'ai décidé de prolonger de deux semaines avant de reprendre le cours de la tournée. Mais les gars m'ont dit « Mec, profite de cette occasion ». C'est ainsi que j'ai fini par y rester 92 jours. Pendant ce temps, il y avait quelques concerts de Scorpions de prévu, et bien sûr, il fallait qu'ils continuent même sans mois, et je leur ai donné mon accord lorsqu'ils m'ont dit qu'ils comptaient faire appel à Mikkey Dee pour me remplacer pour ces concerts.

    A mon retour, la tournée était en pause. Je suis rentré à la maison fin juillet, et les concerts suivants étaient prévus en Amérique du Sud pour septembre. Il n'y avait que sept concerts de prévus, et il fallait expédier tout mon matériel, ce qui coûte très cher. Renvoyer le matériel de Mikkey et expédier le mien aurait coûté vingt-cinq ou trente mille dollars. Je leur ai donc dit : « Vous savez quoi ? Je ne suis pas sûr d'avoir envie de faire ces concerts. » Et après ça, il n'y avait que six ou huit concerts d'organisés jusqu'à la fin de l'année. J'ai insisté : « Laissez Mikkey terminer la tournée avec vous. Cela me ferait du bien de rester un peu chez moi. » Tout était très clair entre nous. Mais à la fin du mois d'octobre, nous nous sommes reparlés, et nous avons mutuellement conclu que ma présence dans le groupe ne faisait plus vraiment sens. »

    James ajoute : « Apprendre que je ne faisais plus partie du groupe a été un soulagement, pour être franc. Lorsque nous nous sommes appelés ce jour-là, je pensais que j'allais reprendre mon poste dans le groupe, mais finalement les choses ont évolué ainsi. Ce sont des choses qui arrivent et, comme je l'ai toujours dit, passer 21 ans dans le même groupe est incroyable, et les autres gars sont formidables. Je les aime profondément. Mais c'est ainsi. C'est un des nombreux méandres de l'existence.

    Durant ces 18 derniers mois à la maison, j'ai pu m'occuper de moi, me remettre en forme, et passer du temps avec mes deux fils de 24 et 20 ans. Cela faisait plus de 30 ans que je n'avais pas passé une année complète à la maison. Je suis passé à côté de tellement d'événements et d'anniversaires, j'ai manqué les remises de diplômes, tant de choses. Mais bon, je suis heureux maintenant, et parfaitement épanoui. »

    En août 2018, alors que le batteur planche sur un nouvel album de son groupe Kottak et évoque la reformation de Kingdom Come, avec qui il s’embarque en tournée à l’automne, le batteur évoque à nouveau son départ amical des Scorpions et ses déboires alcooliques :

    « J'ai eu des problèmes d'alcool, je ne vais pas le nier. Je suis en voie de guérison depuis environ deux ans. Je ne suis pas parfait, j'ai eu des galères. J'ai eu des hauts et des bas. Mais je suis scrupuleusement un programme de désintoxication, je travaille dur. Je ne suis pas un prédicateur. Je ne vais pas dire aux gens de ne pas boire. Simplement, je gère ma situation personnelle. »

    En mars 2019, James publie l’album Enemies And Lovers avec son nouveau groupe A New Revenge.

  • Cinquième extrait

    Voici un nouvel extrait du contenu du livre ! Au menu :

    • L'analyse d'un classique : "Speedy's Coming
    • Et pour quelques inédits de plus : "Pacific Harmony" et "Saber Dance".
    • Quelques une des photos inédites présentes dans l'ouvrage (par Antoine Barland)

    Analyse d'un classique : "Speedy's Coming"

    Caractéristiques
    Paroles par : Klaus Meine
    Musique par : Rudolf Schenker
    Disponible sur l’album : Fly To The Rainbow (1974)
    Durée : 3’33

    Egalement sur
    Speedy’s Coming (1976) - Single - Single-edit
    Tokyo Tapes (1978) - Album live - Version live
    All Night Long (1979) - Single - Version live
    Live At Wacken Open Air 2006 (2007) - DVD - Version live
    MTV Unplugged in Athens (2013) - Album live - Version live

    « Speedy’s Coming », morceau d’ouverture de Fly To The Rainbow, introduit l’album de la meilleure des manières : on ressent dans ce titre toute l’urgence, l’envie d’en découdre qui caractérise les Scorpions à l’époque. Uli Jon Roth fait virevolter sa guitare dans des soli et des harmonies venus d’un autre monde, alors que Klaus Meine s’impose comme un vocaliste au coffre et au timbre de voix d’une pureté et d’une puissance admirables. Repris dans la deuxième moitié des années 70 par Van Halen, ce titre-hommage à l’énergie sans borne de Rudolf Schenker (alors surnommé Speedy par ses comparses) s’impose comme une pierre de touche d’une incroyable efficacité. Et il témoigne d’une énergie brute qui deviendra une véritable marque de fabrique sur les albums suivants. Symbole de l’urgence qui caractérise le morceau, « Speedy’s Coming » est enregistré en une prise, le premier jour des sessions d’enregistrement aux Musicland Studios de Munich.

    « Nous avons enregistré le morceau en conditions live », se rappelle Uli. « C’était sauvage, impétueux, brut de décoffrage. Une prise à suffi, et le morceau était dans la boîte. « Speedy » était depuis quelques temps le surnom que l’on donnait à Rudolf. C’était Achim Kirschning, notre claviériste, qui avait eu l’idée de le surnommer ainsi, car il trouvait que Rudy ressemblait à Speedy Gonzales. Nous étions tous d’accord, et donc Rudy a eu ce surnom qui l’a accompagné pendant quelques temps, mais je ne pense pas que cela l’ennuyait. »

    Les paroles empreintes d’une certaine naïveté. Elles voient Klaus Meine se projeter dans le succès des Scorpions, imaginer que bientôt, ce seront les posters de son groupe qui seront accrochés dans les chambres des ados à côté de ceux d’Alice Cooper, Ringo Starr et David Bowie, trois artistes cités dans les paroles. Sur « Speedy’s Coming », les Scorpions le clament haut et fort : l’heure de l’avènement est proche ! « You look at a poster / You look at the wall / The wall in the room where you live / Where you live with your stars ».

    Le morceau fait partie intégrante de la setlist du groupe dès sa publication. En 1976, il fait l’objet d’un nouvel enregistrement studio et se voit publié au format single au Japon. C’est le premier single du groupe distribué par la maison de disques RCA au pays du soleil levant. Cette nouvelle version, plus courte que l’originale, se voit retravaillée (plus de réverb sur le chant, solos repensés) pour un résultat inférieur à sa version de 1974, et faiblard si on la compare à la furieuse version live disponible sur le double-album Tokyo Tapes (1978).

    « Speedy’s Coming » est mis en sommeil après le départ d’Uli Jon Roth. Il faut attendre le 3 août 2006, date du concert « réunion de famille » donné dans le cadre du festival Wacken, pour que le morceau soit déterré. Interprété en compagnie d’Uli Jon Roth, il bénéficie d’une puissance et d’une précision époustouflantes. Klaus, en guise de clin d’œil à ses camarades de jeu, adapte les paroles et remplace les noms du deuxième couplet : « You like Michael Schenker / You like Matthias Jabs / You like Uli Roth and friends / They wanna rock you all night ». En compagnie d’Uli Jon Roth, le morceau sera interprété à plusieurs reprises sur la tournée Humanity en 2007. Le maestro intègrera de nouveau le morceau dans son propre répertoire en concert à partir de 2012, mais ne l’inclura pas dans la tracklist de son projet Scorpions Revisited publié en 2015. En 2013, les Scorpions retravaillent le morceau et lui offrent un nouvel habillage acoustique pour le projet MTV Unplugged. Matthias Jabs tire particulièrement son épingle du jeu sur cette nouvelle version classieuse et porteuse d’ambiances nouvelles. De nouveau, Klaus modifie légèrement les paroles du deuxième couplet afin de les rendre plus neutres, et moins ancrées dans les années 70 : « You like rock’n’rollers / Screaming guitars / You got stung by a rock’n’roll band / Deep down in your heart ».

    « Nous avons voulu nous éloigner au maximum de la version originale », explique Klaus. « Pour les arrangements avec la section à cordes, nous nous sommes inspirés de ce qu’avait fait Led Zeppelin avec leur morceau « Kashmir ». Nous voulions que les cordes portent cette ambiance moyen-orientale, comme sur le morceau de Led Zep. Sur « Speedy’s Coming », on peut entendre cette touche énergique, et le morceau sonne tout aussi rock en acoustique qu’en électrique. »

    Désormais complètement réhabilité, le morceau est de nouveau interprété dans sa version électrique à partir du 1er mai 2015 (date de début en Chine de la tournée Return To Forever), puisqu’il se voit intégré dans un medley consacré aux années 70, également constitué de « Top Of The Bill », « Steamrock Fever » et « Catch Your Train ». Les écrans géants diffusent alors des motifs et des couleurs évoquant l’ambiance hippie des années 70 et renforçant l’aspect nostalgique de ce morceau qui, malgré le poids des ans, n’a pas pris une ride.

    Inédit 1 : "Pacific Harmony" 

    En 1995, deux des Scorpions participent à un événement particulier. Klaus et Rudolf se rendent en effet entre le 25 octobre et le 5 novembre à Nusa Dua, Bali (en Indonésie), afin de prendre part à la première édition du sommet « Pacific Harmony ». Mis sur pied par le compositeur Alan Scott (auteur de morceaux pour Ray Charles, Céline Dion ou Cindy Lauper), cet événement a pour ambition de créer un pont créatif entre des artistes occidentaux et asiatiques, sur fond de célébration des 50 ans d’indépendance de l’Indonésie. Pendant 7 jours, par groupes de quatre (un groupe différent par jour), les artistes se rencontrent et échangent, leur objectif étant de finaliser un morceau par jour, puis de présenter ces derniers lors de deux concerts caritatifs organisés à la fin du séminaire. L’idée de croiser les influences, de collaborer entre peuples, est bien entendu ce qui a attiré nos deux Scorpions dans l’aventure. Rudolf le dit alors au journal Billboard : « Nous avons toujours dit que notre philosophie est « pas de barrières, une seule langue ». Nous avons maintenant l’occasion de le prouver. »

    Lors de ce séjour, Klaus et Rudolf composent les bases du morceau qui allait devenir « When You Came Into My Life », mais ils écrivent également l’hymne de l’événement, un morceau nommé « Pacific Harmony ». Si les deux artistes l’interprètent dans le cadre d’un festival à Jakarta, télévisé et vu par plus de deux millions de personnes, nous ne connaissons malheureusement pas la teneur de ce morceau resté à ce jour inédit.

     

    Inédit 2 : "Saber Dance" 

    La « Danse du Sabre », célèbre thème de musique classique créé par le compositeur soviétique Aram Khachaturian, fait partie des nombreuses reprises interprétées par les Scorpions durant leurs jeunes années. Ce morceau intégré le répertoire du groupe dans le courant des années 1968 et 1969, le musicien Ulrich Worobiec assurant alors les parties de guitare lead. Il quittera le groupe à la fin de l’année 1969 pour laisser sa place à Michael Schenker.

  • Quatrième extrait

    Voici un nouvel extrait du contenu du livre ! Au menu :

    • Article "Zoom Sur"... : Les concerts en France (article partiel)
    • Le déterrage d'une pépite : "Lady Starlight"
    • Quelques une des photos inédites présentes dans l'ouvrage (par Tom Wallace)

    Zoom Sur... Les Concerts en France

    Après l’Allemagne et les Etats Unis, la France est le troisième pays dans lequel les Scorpions ont donné le plus de concerts. Deuxième pays étranger visité par le groupe au début de sa carrière (après la Hollande), la France est riche d’un vivier de fans actifs et fidèles, qui ont permis aux Scorpions de réaliser de nombreuses tournées couronnées de succès. Carte et liste des 210 concerts du groupe recensés sur notre territoire.

    Pour voir la liste complète, précommandez le livre !

    Le déterrage d'une pépite : Lady Starlight

    Caractéristiques
    Paroles par : Klaus Meine
    Musique par : Rudolf Schenker
    Disponible sur l’album : Animal Magnetism (1980)
    Durée : 4’56

    Egalement sur
    Still Loving You (1992) - Compilation - Version remixée
    Moment Of Glory (2000) - Album - Version symphonique
    Born To Touch Your Feelings (2017) - Compilation - Version remasterisée

    « Lady Starlight » est sans doute la ballade la plus mésestimé du répertoire « culte » des Scorpions. Si on cite souvent « Always Somewhere », « Holiday », « When The Smoke Is Going Down » et « Still Loving You », on oublie souvent la beauté pure de ce titre qui apporte une touche de délicatesse et de subtilité à l'album Animal Magnetism, par ailleurs énergique et brut de décoffrage. Et puis, cette tendre ballade constitue une première dans la carrière des Scorpions, puisque des arrangements symphoniques font leur apparition sur un morceau du groupe, chose alors inédite. C'est sous la houlette de l'arrangeur Alan MacMillan qui avait déjà travaillé avec UFO (sur les albums Lights Out et Obsession) ainsi qu'avec Alice Cooper que le producteur Dieter Dierks enregistre les instruments à cordes, les cors et hautbois dans un studio de Toronto, au Canada, en février 1980.

    L'orchestre, discret, procure une montée en intensité riche en émotions sur cette ballade doucereuse et mélancolique. Alors que des arpèges habillent le morceau, un solo magistral de Rudolf Schenker achève l’ensemble, témoignant d’une sensibilité à fleur de peau. Le texte s'inscrit dans la droite lignée des poèmes tristes de Klaus Meine. Le narrateur déambule, seul dans le froid et la neige d'une soirée d'hiver, se lamentant sur son amour perdu. Si l'espoir est habituellement de mise, tout est ici résignation. Cet amour perdu ne reviendra pas. « Dreaming through a winter night / Memories of you are passing by / It seems to me like yesterday / I think you knew I couldn't stay / I see the stars, they're miles and miles away / Like our love »

    « Lady Starlight » est interprété à plusieurs reprises lors de la tournée Animal Magnetism, dans le cadre d'un intermède acoustique également constitué de la version courte de « Holiday » ainsi que de « Always Somewhere ». Le titre est alors amputé de son solo. Et puis, le morceau tombe aux oubliettes. S'il est remixé par Erwin Musper pour la compilation Still Loving You de 1992 (les lignes de chant sont à cette occasion réenregistrées par Klaus), il faut attendre l'année 2000 pour le redécouvrir sur l'album symphonique Moment of Glory. Adapté à ce format, et magnifié par de superbes arrangements, le morceau débute ici une vie nouvelle et se laisse redécouvrir avec plaisir. Enfin, la version remasterisée en 2015 et présentée sur la compilation Born To Touch Your Feelings (2017) permet d'apprécier le morceau avec un son rafraîchi.

  • Troisième extrait

    Voici un nouvel extrait du contenu du livre ! Au menu :

    • L'analyse d'un classique : "Is There Anybody There"
    • Le déterrage d'une pépite : "Maybe I Maybe You"
    • Exemple d'une fiche "membre du groupe" : Uli Jon Roth
    • Quelques une des photos inédites présentes dans l'ouvrage 

    Photo : Tom Wallace

    Analyse d'un classique : Is There Anybody There

    Caractéristiques
    Paroles par : Klaus Meine, Herman Rarebell
    Musique par : Rudolf Schenker
    Disponible sur l’album : Lovedrive (1979)
    Durée : 3’58

    Egalement sur
    Is There Anybody There (1979) - Single - Version album
    Passion Rules The Game (1988) - Single - Version album
    Best Of Rockers’n’Ballads (1989) - Compilation - Nouvelle version « longue » (4’54)
    Is There Anybody There (1990) - Single - Nouvelle version « longue »
    Still Loving You (1992) - Compilation - Version remixée
    Live Bites (1995) - Album live - Version live
    Acoustica (2001) - DVD - Version live
    Live In Munich 2012 (2016) - Blu-Ray - Version live

    Au premier abord, « Is There Anybody There » surprend. Cette rythmique lancinante, ces intonations reggae, voici ce qui constitue un mélange des genres surprenant pour l'époque. Publié en single en 1979 en Allemagne, au Royaume-Uni, en France ainsi qu'au Japon, il est pourtant alors considéré par le groupe comme un moment fort de l'album Lovedrive. « Nous trouvions ça extrêmement cool de mettre cette chanson sur l'album », se rappelle Klaus. « Elle est si différente de nos autres morceaux construits autour d'un riff de guitare. Elle dégage une atmosphère très douce, très agréable. »

    Deuxième titre sur la face B de Lovedrive, « Is There Anybody There » fait partie de ces titres « laborieux » qui ont lutté longuement pour leur survie. Composé par Rudolf Schenker dans le milieu des années 70, le morceau est tout d'abord refusé par Uli Jon Roth qui le trouve trop commercial pour le répertoire des Scorpions. « Is There Anybody There » existait déjà depuis quatre ou cinq ans », se rappelle Rudolf, « Mais Uli le trouvait trop commercial, aucune chance de convaincre le reste du groupe si Uli ne l'aimait pas. Après le départ d'Uli, j'ai proposé le morceau à Dieter Dierks, qui l'a beaucoup aimé. Selon lui, il lui manquait juste une introduction digne de ce nom. »

    Pour pallier à ce problème, Rudolf gratte dans ses cartons et finira par trouver la mélodie adaptée. Ainsi créé à partir d'un assemblage de deux titres, « Is There Anybody There » sera néanmoins complètement réenregistré cinq fois, avec des arrangements différents, avant que le groupe ne soit satisfait de cette version reggae-rock. Il aurait été intéressant de pouvoir poser une oreille sur une version démo du morceau, pressentie sur l'édition du 50ème anniversaire de Lovedrive mais finalement laissée de côté sur la tracklist finale.

    « Is There Anybody There » est un titre complètement différent des autres morceaux de Lovedrive », indique Herman Rarebell. « Il y a ici une forte influence reggae. Nous avons été, particulièrement moi, inspiré par les Eagles. « Hotel California » a le même rythme, le même genre de groove. Ce groupe a donc été une grosse influence pour ce morceau. J'ai écrit les paroles avec Klaus Meine, et l'histoire est toute simple : y-a-t-il quelqu'un ici ? Vais-je un jour trouver l'amour véritable ? Ou vais-je rester seul et désespéré pour le reste de ma vie ? C'est une chanson d'amour écrite du point de vue d'une personne qui ne l'a pas encore trouvé. »

    Ce morceau offre en effet une belle introspection sentimentale, le narrateur exprimant son incertitude face aux sentiments qu'il éprouve, à la recherche d'une personne lui permettant de combler ce vide qu'il ressent. Un appel à l'aide sentimental : « Save me don't let me get lost in the ocean / I need your help everyday to control my emotions / In the darkness of these days ».

    Le morceau est joué en live dès 1979, et c'est dans cet environnement qu'il se révèle. L'introduction, qui voit Klaus et Rudolf proposer de sympathiques harmonies vocales, se fait bien plus intense que sur la version studio. Bien qu'identique à la version endisquée, le solo très mélodique de Matthias Jabs permet néanmoins au musicien de briller de mille feux. Le morceau ne semble malgré tout pas recueillir l'adhésion escomptée, puisque le groupe le laisse de côté dès la fin de la tournée. Il ne sera  pas interprété en concert durant l'intégralité des années 80.

    La fin de cette décennie voit néanmoins les Scorpions lui redonner une nouvelle chance. Réenregistré sous la houlette de Harald Lepschies aux EMI Studios de Hanovre en 1989, « Is There Anybody There » se voit publié sur la compilation Best Of Rockers'n'Ballads, et se voit choisi comme single, dans une version longue (4'54) et standard (4'16). « Ce morceau a été remixé par Harald Lepschies pour le rendre plus attirant », explique alors Klaus Meine. « Même si nous l'avons joué live que très peu de temps, nos fans européens semblent beaucoup l'apprécier. C'est pour cela que nous lui avons donné une nouvelle chance. Et nous nous sommes permis d'expérimenter, en retirant par exemple la caisse claire sur le premier couplet, ce genre de chose. La structure finale du morceau est donc différente de la version originale. Le résultat est vraiment intéressant. Personnellement, j'ai toujours aimé ce morceau. Lorsque nous l'avons écrit, il était assez audacieux, à la frontière entre hard rock et reggae. Mais j'ai toujours aimé l'ambiance qu'il dégage, grâce justement à cette touche reggae. Il y a un grand nombre de gens qui l'apprécient vraiment. »

    Le morceau s'installe durablement dans la setlist du groupe à partir de la tournée Face The Heat. Entre 1993 et 1999, il sera joué régulièrement par le groupe, généralement dans le premier tiers du concert. Comme une respiration bienvenue au milieu d'une déferlante de décibels. Une version live, captée à Mexico en 1994, figure sur l'album Live Bites. Au début du siècle nouveau il se voit adapté au format acoustique dans le cadre du projet Acoustica. Si le résultat est sympathique, c'est surtout grâce au travail de Matthias Jabs qui prend le soin de revisiter son solo. Il semble néanmoins évident que le morceau était taillé pour le format acoustique. Dans les années 2010, le morceau reste un élément essentiel des setlists du groupe même si, l'âge faisant, son interprétation se fait plus poussive et lancinante. En atteste la version captée à Munich en 2012 disponible en blu-ray.

    « Is There Anybody There » est repris par le groupe Rough Silk en 2000 sur l'album-tribute A Tribute To The Scorpions. Pour ses arrangements particulièrement audacieux (ajout d'un piano et d'un synthétiseur, renforcement des sonorités hard rock au détriment de l'ambiance reggae, solo faisant un clin d'oeil à la « Lettre à Elise » de Beethoven), le morceau mérite d'être écouté. Bien plus fidèle à la version originale, la version acoustique proposée par Herman Rarebell en 2013 sur son album Acoustic Fever se fait une réussite grâce à la présence du chanteur Alex Ligertwood, vocaliste de Santana dans les années 80 et 90.

    Photo : Tom Wallace

    Le déterrage d'une pépite : Maybe I Maybe You

    Caractéristiques
    Paroles par : Klaus Meine
    Musique par : Anoushirvan Rohani
    Disponible sur l’album : Unbreakable (2004)
    Durée : 3’32

    Klaus Meine est un grand chanteur, cela semble admis. Vous avez besoin de vous en convaincre ? Deux morceaux « en marge » du répertoire des Scorpions semblent tout indiqués : « Bridge To Heaven », adaptation du « Nessum Dorma » de Puccini interprété en compagnie d’Uli Jon Roth en 1996. Et puis, il y a « Maybe I Maybe You », dont les origines remontent à 1998. Sollicité pour intervenir dans le cadre d’un gala organisé par l’Unicef à Hanovre, le pianiste iranien Anoushirvan Rohani compose cette mélodie, créée spécifiquement avec la voix de Klaus Meine en tête, selon les dires du virtuose. Le 31 octobre, le morceau est interprété par Klaus, Anoushirvan Rohani et l’Orchestre Symphonique de Hanovre.

    Tendre ballade au piano, dont la force et l’impact se voient décuplés par la présence de l’orchestre, « Maybe I Maybe You » laisse un large espace d’expression à Klaus, dont les mélodies et les envolées vocales se greffent avec majesté sur l’ensemble. Toute la puissance et la sensibilité du chanteur transparaissent sur ce titre d’une beauté désarmante. Un single reprenant cette prestation est publié en 1998 par l’Unicef (aujourd’hui très rare), et ses bénéfices sont naturellement reversés à la fondation.

    « Maybe I Maybe You est un titre que j’ai écrit avec un compositeur perse qui habite et travaille en Amérique », explique Klaus. « Le morceau parle de respect et porte une thématique multi-culturelle. Lorsque je l’ai rencontré, il m’a dit qu’il avait écrit cette mélodie spécialement pour ma voix. J’ai donc écrit les paroles en essayant de dire que peut-être moi, le musicien, je pouvais apporter quelque chose au monde et que peut-être vous, par exemple le médecin, qui sauve des vies chaque jour, pouvait faire la même chose. Ce morceau a une symbolique profonde, même si bien entendu chacun peut l’interpréter à sa manière. C’est néanmoins une chanson très personnelle. »

    Au moment d’assembler l’album Unbreakable en 2004, Klaus suggère de réenregistrer ce morceau. S’il débute toujours comme une ballade piano / voix, il se transforme ensuite, avec l’arrivée fracassante des guitares, en un titre audacieux et progressif, qui s’impose rapidement comme une des perles de l’album. Il est à noter que la version démo du morceau, uniquement piano / voix, est également d’une beauté bouleversante.

    Photo : Tom Wallace

    Fiche membre : Uli Jon Roth, Scorpions revisité

    Avec Uli Jon Roth, tout pourrait être une histoire de dates. Sa naissance, à Düsseldorf, le 18 décembre 1954. Son premier concert, avec son groupe Blue Infinity, le 14 décembre 1968 (« Cela ne faisait que quelques mois que je jouais de la guitare », dit-il). Le premier avec les Scorpions, le 29 juin 1973, à Vechta, pour lequel il remplace au pied levé un Michael Schenker démissionnaire. Et le dernier, le 24 juin 1978, lors de l'émission télévisée The Rock Pop, qui marque la fin d'une période relativement courte (à peine cinq ans) mais artistiquement très intense dans la carrière des arachnides.

    « J'ai trouvé ma voie relativement tôt », dit cet inconditionnel de Jimi Hendrix, que le timbre vocal rapproche plutôt de Bob Dylan. « J'écoutais beaucoup les Beatles avant de me mettre à la guitare. Puis quand j'ai commencé à pratiquer la guitare électrique, je me suis tourné vers le blues, des artistes tels que les Blues Breakers, Eric Clapton et Cream. Je pense que ce sont mes influences principales. Avec les Scorpions j'ai trouvé un moyen de parvenir à m'exprimer tout en étant dans le cadre d'un groupe, en utilisant ces influences. Se sont ajoutées un peu plus tard des influences venues de la musique classique et du flamenco, un style que j'adore. Il n'est pas toujours évident de le retrouver dans la musique des Scorpions, mais en tendant l'oreille on y arrive. Ces influences sont devenues importantes plus tard dans ma carrière. Je pense que mes racines sont un mélange de plusieurs styles. J'avais pour habitude d'écouter tout un tas de choses et puis, à un moment donné, j'ai cessé d'écouter de la musique, car cela ne m'intéressait plus. J'en avais suffisamment entendu, j'avais trouvé une voie sur laquelle je voulais voyager et que je voulais explorer en profondeur pour moi-même. »

    Celui qui ne joue pas encore sur son emblématique Sky Guitar, guitare à sept cordes et 35 frets, en forme de goutte d'eau, entretient néanmoins une relation charnelle avec son instrument, une Statocaster blanche qui sera utilisée sur la photo de couverture de l'album In Trance. « Ma guitare est comme un cheval pour moi », explique-t-il. « C’est un peu une guitare avec des ailes, un pégase, ce genre d’animal que tu dois dompter pour en faire sortir un son, et c’est à moi de le dompter. Mais j’entretiens une relation particulière avec ma guitare, vraiment. La guitare est un instrument formidable, c’est un très bel instrument. » Entre ses mains, la guitare virevolte, se fait violon ou bombe atomique. Elle se voit déconstruite avec une virtuosité et une précision époustouflantes.

    Durant près de cinq années, Uli, Klaus Meine et Rudolf Schenker formeront une hydre à trois têtes qui, dans un maelstrom musical maîtrisé, donnera naissance à quatre albums studio ainsi qu'à quelques pièces d'anthologie, parmi lesquelles « The Sails of Charon », « We'll Burn The Sky », « Fly To The Rainbow » ou encore « In Trance », pour ne citer que les plus emblématiques. Et puis, les dissonances artistiques finissent par l'importer. Alors que Klaus et Rudolf pensent que le succès de leur hard rock doit passer par un « choc de simplification », la force des mélodies et des refrains devant devenir le moteur derrière chaque morceau du groupe, Uli n'en démord pas : l'expérimentation et le franchissement permanent des barrières musicales est le seul moyen d'atteindre l'épanouissement artistique. Fin juin 1978, à l'issue de la première tournée japonaise du groupe, et alors que l'Amérique lui tend les bras, le guitariste quitte le navire.

    « J'ai été très heureux tout le temps que je suis resté dans le groupe, mais il y a un moment où j'ai réalisé que j'avais besoin d'une liberté supplémentaire et de m'exprimer plus pleinement encore, même si je bénéficiais déjà d'une très grande liberté créatrice au sein du groupe. Mais tout de même, cela restait un groupe, avec un schéma à respecter, une façon de faire, que je ne pouvais pas influencer. Je me suis donc mis à écrire des morceaux qui ne rentraient plus dans ce schéma. Je n'avais vraiment aucun autre choix que de partir, mon évolution s'était faite de manière naturelle. Beaucoup de gens pensaient que j'étais fou d'abandonner ainsi un certain confort matériel. Mais j'étais porté par un instinct naturel qui me forçait à agir ainsi. »

    « Déjà avant l’enregistrement de Taken By Force, je m’étais rendu compte que certains changements s’opéraient en moi », ajoute-t-il. « Et puis, ma relation avec Monika Dannemann a eu une grande influence sur ma manière de penser à l’époque. C’était comme si quelqu’un avait ouvert une grande fenêtre et qu’une bourrasque de vent chargée d’inspirations nouvelles s’était mise à souffler autour de moi. Quelque chose était en train de changer. »

    Monika Dannemann, dernière compagne de Jimi Hendrix, peintre et poétesse de son état, accompagne en effet Uli dans ce besoin de changement artistique, qu'il cristallise de manière brutale et féroce sur les paroles du morceau « I've Got To Be Free », écrites à l’attention des autres membres du groupe : « You say you want to be a superstar / You don't give a damn how to get that far / You say you wanna ride a diamond car / But i don't like your fat cigar ». Une pique vindicative, qu'il reconnaît lui-même comme exagérée, ses camardes scorpionnesques n'ayant jamais tenté de brider d'une quelconque manière sa créativité.

    Le 24 juin 1978, Scorpions réalise sa dernière prestation en compagnie d’Uli Jon Roth lors de l’émission télévisée The Rock Pop, à l’occasion de laquelle il interprète « He’s A Woman – She’s A Man », un titre pourtant peu apprécié par guitariste démissionnaire. Son départ du groupe désormais effectif, ce dernier ne tarde pas à s’investir dans ses nouveaux projets. Comme il le souhaitait, il entre en studio dès le mois de novembre pour enregistrer le premier album de son nouveau groupe, un trio de musiciens nommé Electric Sun (son « Jimi Hendrix Experience » à lui), et au sein duquel il tient le double poste de guitariste et de chanteur. Sur les trois albums qu’il publie avec ce groupe, entre 1979 et 1984, Uli se fait en effet plus expérimental, mêlant hommage à son idole Jimi Hendrix et développements personnels et instrumentaux portés par une spiritualité omniprésente. Le succès sera moindre que celui rencontré avec les Scorpions, mais permettra à Uli de se lancer à partir de la deuxième moitié des années 80 dans une carrière solo pérenne et suivie par de nombreux fidèles.

    « Je ne suis pas du tout ce genre de personne », répond Uli lorsqu'on lui demande s'il a déjà regretté d'avoir quitté les Scorpions. « Si j’étais resté avec les Scorpions, ma vie aurait été un désastre. Je n’étais pas né pour faire cela. Un groupe comme les Scorpions te prend tout ton temps, et te suce jusqu’à la moelle. Ce n’était pas mon destin. C’était simplement une phase temporaire d’apprentissage. Pour moi, la chose la plus importante était de mener à bien mon projet Sky Academy, ce que je n’aurais pas pu faire correctement si j’étais resté avec les Scorpions. Je n’aurais jamais obtenu de réponse aux questions que je me posais alors, et j’avais tout simplement des priorités de vie différentes. » Le musicien fait ici référence aux séminaires d'apprentissage de la guitare organisés depuis 2006 par Uli, à Los Angeles et de manière itinérante.
    « La vie dans un groupe comme Scorpions est un peu comme une prison, une prison dorée bien entendu », ajoute-t-il. « Mais cette vie-là ne te permet pas de t’éveiller et de te découvrir. C’est comme une drogue pour certaines personnes, qui te consume. De nombreux artistes tombent dans le piège et ne parviennent pas à s’en sortir, car cette vie-là et plus puissante qu’ils ne le sont. Ce n’était tout simplement pas ce que je souhaitais. J’ai besoin d’une certaine liberté, que je n’aurais pas pu obtenir en restant dans le groupe. Je ne veux pas être l’esclave d’une carrière, cela ruinerait mon inspiration. J’ai besoin de coller au plus proche de la réalité, en permanence. »

    Néanmoins, après une décennie d'éloignement et d'expérimentations, Uli renoue des contacts avec ses anciens camarades de Scorpions, avec qui il conserve une amitié intacte et une sympathie mutuelle. « Je m'entends très bien avec les membres du groupe. Notre relation est très forte et ne s'est pas étiolée au fil du temps, car nous étions très proches. En tournée, nous nous comprenions d'un regard. En réalité, les divergences étaient purement et uniquement artistiques. Nous n'avons jamais eu aucun problème personnel. Il y a un grand respect mutuel entre nous, et c'est là quelque chose de précieux que beaucoup de groupes ne connaissent pas. »

    En décembre 1995, Klaus Meine s’offre une petite récréation en participant au Gala télévisé du chanteur lyrique Jose Carreras, dont les bénéfices sont reversés à la recherche contre la leucémie. Ce gala a des airs de retrouvailles, puisque Klaus et Uli Jon Roth se produisent ensemble sur la même scène et interprètent le splendide morceau « Bridge To Heaven », adaptation d’une composition de Puccini que le guitariste a fraîchement repris sur son album Sky of Avalon, publié en 1996.

    C’est un concert donné par Uli Jon Roth à Hanovre, le 12 mars 2004, qui remet Francis Buchholz, bassiste de l'âge d'or des Scorpions, en selle après des années d'inactivité. Spectateur à ce concert, tout comme son ancien comparse au sein des Scorpions, le batteur Jürgen Rosenthal, Francis renoue des liens d’amitié avec Uli, tant et si bien que ce dernier lui propose de l’accompagner lors de sa tournée suivante. En 2005 et 2006, ils donneront ensemble plusieurs dizaines de concerts en Europe et aux États-Unis.

    Le 10 août 2005 marque les retrouvailles : au Parc des Expositions de Colmar, devant 8 000 spectateurs transis, Scorpions et Uli Jon Roth se retrouvent ensemble sur la même scène, chose qui n’était plus arrivée depuis les concerts japonais de 1978. Un événement ! Dans la deuxième moitié des années 2000, Uli renoue avec ses anciens camarades, donnant quelques concerts en compagnie des Scorpions à partir de 2005 et de manière épisodique en 2006, 2007, 2008 et 2011. Ces retrouvailles font germer chez Uli l'envie de célébrer en 2013, l'anniversaire des 40 ans de son arrivée chez les Scorpions par une nouvelle tournée lui permettant de revisiter son répertoire enregistré au sein des arachnides. « Il y a 10 ans, mon esprit était ailleurs, et une telle célébration n’aurait pas eu de sens », déclare Uli lorsqu'on lui demande pourquoi il a attendu l'anniversaire des 40 ans pour se replonger dans son passé. « Cela n’aurait pas été le bon moment, tout simplement parce que je n’étais pas encore prêt pour cela. Il y a un temps pour tout, et le bon moment pour revisiter mon temps passé au sein des Scorpions est maintenant. »

    « Cela a été enivrant de me replonger dans ce répertoire, car toute cette musique est très différente de celle que j'avais pris l'habitude de jouer ces derniers temps, qui était plus, disons... éclectique, ou aventureuse ? Peut-être également un peu plus complexe ? Mais ces vieux morceaux de Scorpions sont excellents. Ils ont des mélodies très fortes et sont purs, du vrai rock des années 70 que peu de groupes pratiquent encore aujourd'hui. »

    « Il s'est en effet passé une chose à laquelle je ne m'attendais pas », répond l'artiste lorsqu'on lui demande ce qu'il retient de ces concerts commémoratifs. « J'ai découvert que j'étais bien plus attaché et connecté à ces morceaux maintenant que lorsque j'étais plus jeune. Je les comprends bien mieux aujourd'hui, et je pense être capable de mieux les interpréter que par le passé. Il faut dire que j'ai avec moi un groupe très talentueux qui me permet de rendre justice à ces morceaux dans un environnement live. Dans ma setlist, il y a certains morceaux que les Scorpions n'ont jamais interprétés en live, et d'autre que nous avions laissé de côté rapidement car ils n'étaient pas très convaincants en concert. Aujourd'hui, nous jouons plusieurs de ces morceaux, et ils fonctionnent parfaitement. C'est un développement très intéressant. »

    L’album Scorpions Revisited, publié en 2015, est une continuation logique de ces concerts, et voit le guitariste réenregistrer ses titres de Scorpions favoris. Il s’embarque sur l’ensemble de l’année 2015 dans une tournée au cours de laquelle il interprète essentiellement des morceaux de Scorpions.

    « C'était inhabituel pour moi de revivre ainsi mon passé, de le réinterpréter. J'ai quitté Scorpions alors que j'avais 24 ans, beaucoup d'eau est passée sous les ponts depuis. Je suis très différent maintenant, et je n'étais pas préparé à ressentir la joie que ce projet m'a procurée. Cela a été incroyablement rafraîchissant. Je dois reconnaître que je n'étais pas toujours satisfait de la manière dont ont été enregistrés nos morceaux dans les années 70. Je voulais être sûr que ces nouvelles versions bénéficient enfin de la production que j'avais en tête. »

    Alors qu'Uli a toujours eu pour habitude de faire table rase de son passé, le voici qui se met alors à peaufiner les arrangements de titres vieux de 40 ans. « La plupart du temps je préfère regarder vers l'avenir, c'est vrai, mais il est parfois bon de regarder en arrière et de re-évaluer, faire le bilan de ce que l'on a accompli. C'est exactement ce que je fais sur scène cette année : je ravive et déterre les fruits du passé qui, je l'espère, vont m'aider à semer de nouvelles graines pour le futur. »

    Totalement retravaillés, ces titres ont été réenregistrés courant 2014 dans le même studio d'Hanovre qui servait de lieu de répétitions aux Scorpions entre 1973 et 1978, certains morceaux ayant même été composés dans ce même studio. Celui qui a contribué à briser les barrières entre distorsion et musique classique, entre poésie et hard rock, revient donc à un exercice plus formel, bien que le maestro n'ait pas sacrifié sa volonté d'intégrer de nouveaux éléments mystiques et flamboyants dans sa relecture de ces titres composés dans sa jeunesse. En 2016, le guitariste publie Tokyo Tapes Revisited, album live enregistré au Sun Plaza Hall de Tokyo. C'est dans cette même salle, qu'en avril 1978, les Scorpions avaient donné trois concerts dantesques qui avaient assis leur réputation de stars du rock au Japon. La boucle est bouclée.

    « Il est clair que mes albums sont tous très différents les uns des autres », explique-t-il, « Et ils sont l'antithèse d'une musique commerciale. Habituellement, les auditeurs attendent qu'on leur propose une certaine musique. C'est comme si tu achètes un Mac, tu veux un Mac. Avec moi, tu peux avoir un Mac un jour, et un kiwi le suivant. Les gens peuvent souhaiter ou me demander de faire un nouveau Mac. Mais je ne pourrais pas le faire, même si je le souhaitais. On me demande souvent de composer un nouvel album d'Electric Sun. Mais je ne peux pas, car mon esprit est ailleurs. Je veux conserver cette liberté de prendre les choses comme elles viennent, de laisser mon âme me dicter quoi faire. »

    « Pour moi la musique est une immense force de la nature », conclut le guitariste. « Et elle est partout. Absolument partout. C'est une force vivante qui est à l'origine de toute chose, c'est elle qui fait tourner le monde. Chaque atome, chaque électron, chaque proton chante une chanson. Toutes ces fréquences produites par ces les mouvements ultra-rapides de ces éléments sont des chansons. Si nous pouvions entendre les atomes, nous serions certainement très surpris. Je suis sûr que les sons produits sont magnifiques en termes d'harmonies et de tonalités produites. La musique est partout, tout autour de nous. Elle nous accompagne et nous entoure à chaque niveau de l'existence.

    En 2018, Uli Jon Roth célèbre un triple anniversaire : les 40 ans de l'album Tokyo Tapes, les 40 ans de la naissance de son groupe Electric Sun, et les 50 ans de son premier concert, en 1968. L'occasion pour lui de regarder une nouvelle fois dans le rétroviseur avant d'entamer une nouvelle étape créatrice dans sa carrière atypique.

    Les 5 albums essentiels d’Uli

    Cream – Disraeli Gears (1967)

    « Puis qu’il faut choisir, je vais dire Disraeli Gears. Mais les trois albums de Cream sont excellents, il est difficile de choisir, je choisirais des morceaux ci et là plus qu’un album. Sur Disraeli Gears, les lignes de guitares sont excellentes, et il y a tout un tas d’idées novatrices. Mais les guitares sont tout aussi incroyables sur Fresh Cream. »

     

    John Mayall & the Blues Breakers – Blues Breakers with Eric Clapton (1966)

    « Avant de rejoindre Cream, Eric Clapton avait déjà enregistré un album. Ce n’est pas un album de rock, mais il contient des lignes de guitare phénoménales. C’était l’album d’un Anglais jouant du blues américain, et il y a cette saveur britannique que j’aimais beaucoup à l’école. Lorsque j’étais gamin, je me suis escrimé à apprendre comment jouer les morceaux de cet album, et je m’en rappelle encore aujourd’hui. »

     

    Jimi Hendrix – Axis : Bold As Love (1967)

    « Hendrix, bien sûr. Et avec Hendrix, je ne sais jamais par où commencer, car chaque album est selon moi un chef-d’œuvre. Allez, disons que  mon favori est Axis : Bold As Love. Mais il y a également Band Of Gypsys, qui contient « Machine Gun », ou encore Electric Ladyland avec « All Along The Watchtower », « Gypsy Eyes » et « House Burning Down ». C’est une question épineuse que de désigner le meilleur album d’Hendrix. Je pourrais citer cinq morceaux, mais je serais incapable de choisir cinq albums, car sur chaque album il y avait d’excellents moments et des moments plus faibles. »

     

    Jeff Beck – Blow By Blow (1975)

    « Jeff Beck avait sorti cet album, Blow By Blow, que je trouvais exceptionnel. Je l’ai écouté un paquet de fois. Et puis, il n’a sorti que d’excellents albums, chacun avec une personnalité différente. Mais c’est celui-ci qui m’a le plus marqué lorsque j’étais jeune. Et je n’ai pas suivi toute sa carrière. »

     

    The Beatles – Revolver (1966)

    « Pour moi Revolver est supérieur à Sgt Pepper, je ne saurais expliquer pourquoi. « Eleanor Rigby » est un véritable chef d’œuvre. Lorsque j’ai entendu ce morceau la première fois j’étais encore gamin et j’ai été complètement bluffé. Je le suis encore aujourd’hui. Le morceau et ses arrangements sont splendides. Quel groupe incroyable. Sans les Beatles, la musique rock n’aurait pas du tout été la même. »

    Photo : Ralf Louis