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Où la terre touche les nuages

Un documentaire à plus de 2000 mètres d'altitude, une histoire de berger et de sens.

À propos du projet

LE DOCUMENTAIRE EN RESUME

« Où la terre touche les nuages » c’est une histoire de quête de soi. A plus de 2000 mètres d’altitude, de jeunes bergers et bergères, originaires de la ville, repensent la solitude et la liberté à la recherche du bonheur le temps d’un été d’alpage. Comment sont-ils arrivés là ? Comment se sont-ils construits ? Quel est leur regard sur la société ? Ce documentaire nous ouvre les portes de ce monde entre deux mondes.

 

A L'ORIGINE DU PROJET

Ce documentaire est né d’une réflexion commencée il y a plusieurs années. Du haut de mes 33 ans, j’observe un monde en changement. L’individu urbain moderne semble manquer aujourd’hui de tout ce qui est indispensable : de temps, d’espace, d’air, de lumière, de silence, de sommeil. Nous accumulons le matériel, le superflu, nous courrons toute la journée pour remplir les espaces vides, d’objets, de gens, d’activités, à travailler notre paraître. Tout doit être optimisé et performant. Nous nous automatisons dans une course contre la montre qui perd souvent de son sens, sans bien nous en rendre compte et sans trop savoir pourquoi. Tout dans nos sociétés modernes est fait pour nous empêcher de nous retrouver seul face à nous même.

J'ai eu envie de prendre le contrepied de ce mouvement et parler d'une histoire différente, lente, réfléchie, les pieds bien ancrés dans le sol. « Où la terre touche les nuages » est mon premier documentaire. Il est actuellement en cours d’écriture et de repérages. Le tournage aura lieu à l’été 2019, dans plusieurs vallées des Alpes françaises du Sud.

SYNOPSIS

On imagine l’immensité des alpages comme la chasse-gardée des gens du coin, de ceux qui y sont nés et qui y mourront. Pourtant, une nouvelle génération de bergers qui vient des villes prend la relève et insuffle, dans un XXIème siècle où les certitudes ne sont plus, un esprit nouveau. Pendant quatre mois, ils s’échappent de la société pour prendre le temps de vivre le moment présent, dans le silence imposant des montagnes. Seuls face à eux-mêmes et aux caprices du temps, ils nous emmèneront avec eux là où les mène leur réflexion. Parfois drôle, parfois grave, nous les accompagneront dans la recherche de ce fragile équilibre.

Nous suivons plusieurs bergers et bergères dans leurs péripéties avec leurs chiens et leurs brebis. Leurs alpages s’observent. Si proches à vol d’oiseau, quelques dizaines de kilomètres tout au plus, et pourtant si isolés les uns des autres. Entre eux va s’installer un dialogue introspectif et croisé. Nous les suivons tout au long de la journée, dans le rituel de préparation, du matin, lent et en conscience et dans la journée qui suit une certaine routine : la marche, la sieste, la marche encore, les soins. Nous les suivons aussi dans les aléas nombreux et prévisibles : un troupeau capricieux, des chiens fatigués, l'orage menaçant, le loup rodant. Au fil des jours, ils se dévoilent et nous livrent un témoignage moderne et inspirant. Tous partagent le même besoin de solitude, d’élévation, de contact avec la nature, sans oublier pour autant qu’il existe un monde dans la vallée auquel ils appartiennent aussi. Au fil des saisons, à la recherche perpétuelle de l'équilibre. 

« Où la terre touche les nuages », c’est moins l’explication du métier de berger que l’entrée dans leur intimité et leur construction de soi. Comprendre d’où ils viennent, comment ils en sont arrivés là et inviter le monde, le temps d’une pause, à s’interroger sur leurs motivations et le sens de leur vie. 

POUR EN SAVOIR PLUS SUR LE DOCU:

Suivez la préparation du tournage cet été sur la page Facebook https://facebook.com/oulaterretouchelesnuages/

À quoi va servir le financement ?

Ce projet est né d'une envie très forte de passer un message personnel et j'ai pour cela choisi de le réaliser et de le financer moi-même. La campagne de financement participatif me permet de financer le matériel et les frais de tournages pendant 4 mois et d'aborder la phase de post-production sereinement!

À propos du porteur de projet

Il y a un an j’ai décidé de faire une pause. Après 10 ans passés dans une grande corporation, je sentais un décalage grandissant entre mon style de vie et mes aspirations. J’ai donc tout arrêté pour me donner la chance de voir le monde différemment. Pour prendre mon temps, pour réfléchir, pour trouver du sens. Je suis partie à la recherche de grands espaces et de silence où j'ai rencontré des êtres fantastiques et inspirants qui ont réalisé le cheminement de cette quête de soi et du sens. Chacun à leur manière, ils ont affronté leurs peurs, accepté de se regarder en face tels qu’ils sont, refusé de fuir et ont fait des choix de vie parfois durs, mais toujours réfléchis et conscients.

C’est au cœur des montagnes françaises que l’étincelle a lieu et que je rencontre ces bergers et bergères, d’un genre nouveau. Dans mes réflexions sur le temps, la solitude, la liberté, l’égo, je trouve un nouveau terrain de pensée. De nos nombreux échanges au sommet des crêtes est née l’envie de faire ce documentaire.

 

UN AVANT-GOÛT DU DOCU

1. Le décor. 

Durant les prochains jours et semaines, je vais vous faire découvrir, post après post, le sujet de mon documentaire et le travail de préparation jusqu'au tournage. Aujourd'hui on commence avec le décor, forcément grandiose, des montagnes alpines. Les alpages, domaine réservé des brebis et de leurs bergers. Entre 2.000 et 3.000 mètres d'altitude, l'air se fait rare et sec. Les forêts de pins et de mélèzes s'estompent pour laisser place aux prairies d'herbes grasses et à la rocaille. Le silence n'est brisé que par le bruit des oiseaux et les pas des rares randonneurs. Les lignes de crêtes sont une porte sur les vallées voisines qui s'étendent à perte de vue à 360 degrés. Dans ce décor entre ciel et terre, bergers et bergères passent entre 4 et 5 mois.

2. Les brebis. 

Une brebis, deux brebis, trois brebis... Qui n'a jamais compté les moutons pour s’endormir ? Un troupeau d’un millier de brebis qui évolue dans la montagne est un spectacle fascinant voire hypnotisant. Sa masse mouvante évolue selon une règle qui semble nous échapper, au gré des obstacles qu’il rencontre, à la recherche de l’herbe désirée. Parfois il forme un pack dense, parfois de longues files indiennes se dessinent dans les passages escarpés. Chaque brebis suivant docilement celle qui la précède sans trop se poser de question. Et ce, heure après heure, jour après jour, semaine après semaine pendant les quatre ou cinq mois que dure la saison d’estive. Les brebis et les bergers sont très présents dans notre imaginaire collectif : l'étoile du berger qui nous guide à la recherche de la brebis égarée et du mouton à cinq pattes. La garde de troupeaux en montagne est une pratique ancienne pourtant toujours vive. Près d'1/6 du territoire alpin est aujourd'hui constitué d'alpages de pratique extensive qui accueillent durant la période estivale plus de 800.000 brebis, principalement de race mérinos et pré-alpes. Le pastoralisme est une activité régulée depuis le XIXème siècle et a une fonction bien particulière d'entretien des montagnes, notamment de lutte contre l'érosion, participant ainsi de leur restauration et conservation. 

3. La cabane du berger.

“Le temps d’un été, j’ai aimé la cabane du berger. Son calme, sa force, sa présence immobile et immuable et son humilité face à la puissance de la nature. J’ai aimé la présence du temps qui passe, lentement, très lentement, et ces paysages changeants façonnés par les troupeaux, le vent et le soleil. J’ai écouté le silence, déroutant et rassurant à la fois. J’ai respiré son air sec et vif, de ceux qui vous gifle en vous caressant ou vous caresse en vous giflant. J’ai souris en songeant au bonheur que j’éprouvais loin du monde et de sa course vaine. J’ai pleuré en repensant à ces émotions que j’ai ressenti là-haut et qui m’échappent depuis. Un jour, je retournerai dans la cabane du berger”. J’ai écrit ce texte plusieurs semaines après être rentrée de ma première expérience en alpage. Ce sentiment de plénitude éprouvé sur les sommets n’est pas redescendu avec moi dans la vallée à la fin de la saison estivale et pendant des jours j’ai cherché en vain d’où me venait ce sentiment de malaise et de décalage. J’ai finalement compris que la cabane du berger, entre ciel et terre, est un monde entre deux mondes, une parenthèse dans une vie, un moment de simplicité qui permet de revenir à l’essence. Je n’en avais tout simplement pas encore fini avec elle. Rendez-vous dans quelques semaines dans la cabane du berger sur le tournage de mon documentaire ;-) 🎬🏔

4. La garde.

Chaque jour qui passe c’est la même histoire pour le berger : se lever, se préparer et mener le troupeau à travers les montagnes. La garde c’est chercher les bonnes herbes qui rassasient les bêtes et c’est faire durer la journée le plus longtemps possible avant de rentrer à la cabane. C’est choisir de descendre dans une forêt dense et humide ou de monter sur les crêtes sèches et ensoleillées. C’est un mélange de prise de décisions à tous les instants (rentrer avant l’orage qui pourrait surprendre le troupeau, le garder compact ou le laisser s’éparpiller, le mener vers une prairie immaculée ou le laisser choisir sa voie) et de lâcher prise face à la nature qui règne en maître sur les hauteurs. Qu’il fasse beau, qu’il vente ou qu’il pleuve, tous les jours que dure l’estive, le berger est le gardien de son troupeau.

5. La solitude. 

Les randonneurs, les skieurs, les alpinistes, les chasseurs, ils sont tous de passage dans la montagne. Les bergers eux restent. Ils la vivent dans toutes ses formes, dans toutes ses aspérités, dans toute sa beauté et sa dangerosité, dans tous ses éléments. La montagne leur appartient. Ils en sont les maîtres, les serviteurs et les fils et filles tout à la fois. Sur la ligne de crête, la solitude est leur vraie compagne. Une solitude belle et choisie qui leur procure cette respiration nécessaire, cette pause salvatrice dans le rythme effréné de la vie. Il faut être fort dans sa tête pour commencer une saison d’alpage qui aura son lot de joies, mais aussi de doutes et de peurs. La pire de toutes les peurs c’est la peur de soi. Se voir tel que l’on est et se rencontrer soi-même demande du courage. L’alpage épuise les corps, sollicite les esprits mais repose les âmes. La solitude de l’estive leur offre ce cadeau inestimable : se retrouver seul face à eux-mêmes pour aller à l’essence de qui ils sont et des raisons du choix de vie qu’ils ont fait et de leur place dans la société.

6. L'écriture 

Il y a quelques mois, je me suis jetée corps et âme dans ce projet de documentaire. Comme une évidence que c’était le bon sujet au bon moment. J’explore petit bout par petit bout ce monde nouveau, son air fécond et ses codes. Je découvre qu’imaginer un film, rêver les images qui seront tournées et les interviews qui seront réalisées, réfléchir à son rythme et son univers musical, c’est avant tout ECRIRE. Coucher sur le papier des messages, des personnages, un contexte, des interrogations, des doutes, des désirs qui surgissent à tout moment de la journée et de la nuit. Des pages et des pages de notes. C’est laisser sortir toutes les envies parfois réalistes et parfois un peu folles qui surgissent quand je m’y attends le moins. Parce que quelqu’un au détour d’une conversation m’aura inspirée, ou parce que je laisse libre cours à mes pensées et je dérive. Écrire ce documentaire c’est donner un espace d’expression à une créativité que je ne soupçonnais pas. Écrire est une première réalisation en soi, la pierre fondatrice de cette longue aventure estivale à venir.

7. Le chien de berger.

Voici Igor, le chien de berger. Je pourrais écrire un roman sur Igor. Plusieurs années d’alpage lui ont forgé un caractère fort, espiègle et aimant. Et une passion sans faille pour son berger qui le lui rend bien. La garde de brebis ne serait pas possible sans les chiens de berger. Ils ont permanence un oeil sur les brebis et l’autre sur le berger dans l’attente d’une indication, d'une marche à suivre. Ramener le troupeau d’un côté ou de l’autre, le pousser à aller dans une direction, chercher les brebis qui s’échappent parfois. Comme une extension du berger dans l’immensité de l’alpage, ils voient et savent d’avance ce qui va leur être demandé. Si tout ne marche pas parfaitement tout le temps, la complicité qui les uni est indéfectible. Chiens et bergers unis dans le même pas et dans le même souffle.

8. La sieste.

"Ce qui dort dans le silence des bergers c'est le surplus des mots. N'est-ce pas un peu ce qu'en bas on dit de trop?" Rituel emprunté aux brebis, la sieste est le moment sacré de la journée du berger. Lorsque la masse énorme et mouvante des brebis se fige sous le soleil de midi, que les cloches se taisent, bergers et bergères savent que l'heure qui vient leur appartient. Ils s’installent confortablement, leurs corps se détendent, ils ferment les yeux l’air satisfait et s’abandonnent au son du vent dans les hautes herbes. Les minutes passent, puis les heures, suspendues. Ce moment c’est l’apogée du moment présent. C’est une fenêtre de temps et d’espace où l’esprit calme son activité, où le passé et le futur n’existent plus, où tout est à sa place. C’est un des grands cadeaux que leur offre leur métier, celui de pouvoir faire une pause et de se recentrer. De se laisser guider doucement par leurs pensés, ou de flotter dans le néant. Il y a une forme d’extase dans ce moment, comme un pied de nez à la société moderne et l’avènement de la vitesse et de la productivité. La sieste en est l’antithèse et pour cela elle est magique.

9. L'inspiration.

Lire pour écrire, écrire pour faire un film. Me perdre dans les délices, page après page, des rêveries, pensées et confessions d'autres pour connecter avec cette part de sensibilité nécessaire au travail d'écriture. Ils sont nombreux ces auteurs à avoir couché sur le papier leurs espoirs et désespoirs, avec tripes et talent. A tomber si juste pour nous emmener dans leur univers, nous faire ressentir leurs émotions et nous transmettre des messages aussi universels que la joie, l'amour et le beau. Ce film c'est avant tout des rencontres, avec mes bergers et bergères bien entendu, mais aussi avec des auteurs, d'aujourd'hui et d'avant, qui à travers leurs écrits sur la nature, le vivant, l'homme, me transportent, m'inspirent et me guident. Je vous partage ma liste de lecture du moment, j'en ai lu certains, les autres attendent sagement leur tour qui ne saurait tarder...

10. Les Patous 

Le Patou, c'est l'autre chien emblématique des alpages. Une grosse, très grosse peluche qui vit 24h/24h avec les brebis. De la même couleur qu'elles, on a souvent du mal à le repérer, il faut l'œil entraîné du berger pour cela. Petit, il s'identifie à elles et en grandissant, il trouve sa place au sein du troupeau comme protecteur. L'été en alpage et l'hiver en bergerie. S'ils sont souvent joviaux et patauds, lorsqu'ils sont au travail c'est une autre histoire. La nécessité des patous (et des bergers) a été remis à l'ordre du jour par la réintroduction du loup il y a quelques années dans les montagnes françaises. Le patou est un chien de protection, de défense et peut faire preuve d'une grande férocité vis-à-vis de quiconque s'approche du troupeau. Ils sont le dernier rempart contre les loups et finissent parfois blessés, parfois blessés grièvement. Les randonneurs et les vététistes des montagnes ne le savent que trop bien. Les consignes, que je ne connaissais pas lors de ma première visite d'alpage, sont, en cas de rencontre, de rester calme et de passer son chemin sans s'agiter. La première fois que j'ai rencontré des patous, j'ai fait tout le contraire. Par une belle soirée d'été au soleil déclinant, au milieu de nulle part dans une prairie d'herbes hautes, trois patous (très) en colère sont venus à ma rencontre. Croyant la fin proche, je crie et je secoue les bras. De peur et de courage. Heureusement le berger n'était pas loin et la confrontation avec les patous s'est bien finie. J'ai appris ce soir-là de la façon la plus désagréable qui soit ce qu'il ne fallait pas (jamais) faire. Après quelques jours nous sommes devenus amis et j'ai découvert à quel point ces chiens sont attachants.

11. La transhumance.

"Sorte de nomadisme assagi", la transhumance est aussi millénaire que les bergers. Des siècles durant, les brebis partaient par centaines de Provence par la grande voie des transhumances pour rejoindre les montagnes à l'approche des fortes chaleurs, traversant, le Pays de Crau, jusqu'aux Alpes de Hautes Provence et l'Italie. Les choses ont aujourd'hui bien changé. La plupart des troupeaux sont montés en camion dans les alpages. Les anciens sont partagés sur ces évolutions. Si la transhumance est une tache physique et endurante pour des corps qui sont déjà fatigués par les années et qui devront tenir une saison de plus, c'est aussi l'occasion de prendre son temps. De marcher, de parcourir les territoires à vitesse d'animal et d'homme, de s'arrêter dans les villages, de faire des rencontres et de s'acclimater progressivement à l'altitude, au changement d'herbes et de climat. En juin, j'aurai la chance de vivre cette expérience aujourd'hui unique. 75km en 6 jours. Comme un avant-goût de la lenteur et du moment présent des alpages, un sas de compression avant la grande plongée dans les abysses des sommets. Rendez-vous dans quelques semaines pour vivre cette aventure dans l'aventure ! Pour en savoir plus : le GR69 sur les traces de la transhumance et le documentaire #arte "Sur la route des bergers" https://www.arte.tv/fr/videos/082733-000-A/sur-la-route-des-bergers/

2. L'origine. 

A l'origine il y a une pause. Un besoin, celui de récupérer le contrôle d'une vie qui m'échappe, de me libérer de contraintes et d’automatismes. De partir loin et de revenir. De me lancer dans quelque chose de différent, d’expérimenter, de sortir de ma zone de confort, d’en trouver une autre, de la quitter pour la recréer à nouveau. Un impératif à cela: lâcher prise. Je publie rarement des photos de moi, celle-ci a été prise à la dérobée, sans fard, dans un moment de complicité avec Igor le chien de berger. Un moment gratuit qui n'a d'autre but que de vivre le moment présent et de connecter avec le monde qui m'entoure. #maviedalpage

13. L'orage.

L'orage, le seul à faire trembler le berger pendant la saison d'alpage. Dans les montagnes, le temps change sans s’annoncer. Il est capricieux, brusque et inévitable. La ligne de crêtes aux arrêtes acérées laisse le berger exposé à la foudre. Le noir des nuages assombrit ses pensées, la résonnance des coups de tonnerre met chaque atome de son corps sous tension, les rafales de vent qui le précèdent raidissent ses muscles. La montagne est si belle et si dure à la fois. Si dure avec les hommes. Alors les hommes sont durs avec elle. Ils l'aiment d'amour et ils l'aiment de haine. C'est le moment de la saison où les certitudes vacillent, où le doute s'immisce et où l'envie de tout lâcher infuse dans le corps et dans l'esprit. Les foudres du ciel sont comme un miroir des foudres intérieures qui les habitent. Mais l’orage c’est aussi celui qui vient laver les vallées, les prairies et les forêts des montagnes ainsi que l'âme du berger. Il leur rend à tous les deux leur éclat et leur brillance. Puissant, terrifiant, rassurant et régénérateur à la fois. Durant l'orage tout se fige. Il faut attendre. Attendre plus. Attendre encore et encore que le « temps » passe. Le cœur de l’orage est une prison qui permet la remise en question. On se sent petit durant l’orage, ça remet à sa place. Il faut être patient jusqu'aux prochains rayons de soleil qui finiront éventuellement, ou immanquablement, par réapparaitre. C’est le noir de l'orage et c’est le blanc de l'orage.

 

14. Les repérages.

Cet été, je suivrai 4 bergers dans leurs aventures : un berger solo, une bergère solo et un couple de berger. Chacun dans sa vallée, chacun dans son alpage, chacun dans sa cabane. Les repérages constituent une phase indispensable du travail de préparation du documentaire. Chaque lieu de tournage implique une logistique différente selon les conditions: accès en voiture, 4x4 ou par la marche à pied, alimentation électrique en continue ou pas, terrain dégagé ou forêts, les vues... Cette étape est critique pour bien évaluer les équipements nécessaires (en recharge de batteries notamment !), et les plans qu'il sera possible de tourner. Un des alpages lieux de tournage se trouve dans la vallée sauvage de l'Ubaye, perdu au-dessus des arbres. Depuis la prise de cette photo cet hiver, les neiges ont commencé à fondre, le vert fait timidement surface à mesure que les températures remontent et laisseront bientôt place à une végétation exubérante. Rendez-vous cet été par là-bas ;-)

15. La forêt.

Avez-vous déjà senti la forêt ? L'avez-vous déjà écoutée, respirée, vue, touchée ? L'avez-vous déjà "vécue" ? Tout dans la forêt est un appel à l’imagination, c'est un monde des sens. Le bruit de la brise dans les feuillages comme le susurrement permanent des conifères, l'odeur des pommes-de-pin fraichement tombées comme une invitation à l'abandon, au lâcher prise. Pour vivre et comprendre la forêt, il faut accepter de tout perdre, soi-même et son temps notamment. Le temps d'ailleurs, cette notion relative. Il semble qu'en forêt le temps ralentisse. Les jeunes mélèzes n'ont que quelques dizaines d'années, ce sont des pré-adolescents à l'échelle de l'humanité. Ils ont déjà vu passer tant d'orages, de sécheresses, d'éclairs et d'hommes, pourtant ils n'ont encore rien vu. Immuables et statiques, ils se déploient vers la chaleur des rayons de soleil et se dérobent à notre regard. La forêt se vit dans sa verticalité et pour cela probablement nous échappe. 

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