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Meunier, tu dors ?

Et si on fournissait les cantines scolaires entre Montpellier et Sète avec des pâtes sèches issues du blé de nos champs ?

Bonne année 2019 - des nouvelles des pâtes locales et bio

​Ici Guillaume, paysan meunier et fabricant de pâtes.

Meilleurs voeux à tous ! Des voeux de durabilité, des voeux d'actions du quotidien,

afin que chacun puisse agir en faveur de la sobriété énergétique et de la promotion de l'écologie,

afin que chacun puisse rencontrer, connaître et passer un peu de temps avec les autres,

afin que chacun puisse gagner son pain.

Vous avez contribué en 2018 pour l'achat d'une extrudeuse à fusilini qui arrivera en 2019. Vous avez contribué en 2018 pour l'achat d'un matériel clé dans l'objectif ambitieux de manger local. Vous avez contribué pour l'acquisition d'un outil au coeur du redéploiement de micro-filières locales agri-alimentaires. Que de chemin parcouru en 2018... Enorme. Quelques photos ci-après.

2018 aura été l'année de la pierre blanche de la reconquête agricole des friches de l'axe périurbain Montpellier - Sète, de la reprise de la meunerie paysanne avec de nombreux essais de farines, du redéploiement de micro-filières agri-alimentaires locales, et de mon insertion dans un "écosystème paysan". Après des remises en cultures à l'hiver 2017 - 2018, premières incertitudes dues à la sécheresse de 9 mois en 2017. Les pluies reviennent en janvier 2018, enfin. Premiers coups durs fin février avec les caprices de la météo et le ravage de mes pois chiches... Pas d'assurance cultures encore, perte sèche. Au printemps, premiers échanges avec des boulangers intéressés. Premières moutures sur les restes de semences, en attendant les récoltes. premiers succès et premières perspectives de livraisons avec des boulangers engagés. Aujourd'hui : travail des farines et des pains avec Gérald, "Le Pétrin" à St Jean de Védas et avec Florent, "Un pain vivant" à Sète. Travail sur les blés, variétés anciennes, farines intégrales... Travail avec l'orge également. Un peu de frustration : beaucoup de potentiel pour travailler avec d'autres boulangers mais pas assez de terres... Donc pas assez de grains... Il faudra du temps. Fin de printemps, reprise de la confection des pâtes farcies. Je n'ai pas perdu le coup de main ! Reprise progressive des livraisons. Beaucoup d'enthousiasme.

A l'été, premières récoltes. Enfin le fruit de la saison. Fruit largement entâché par les dégats majeurs des sangliers. Les sangliers vivent parmi nous ! Alors premiers échanges avec les chasseurs. Agréable surprise de réaliser que ce sont des gens comme nous ! Les sangliers ici, les mauvaises herbes là... Avec la mauvaise herbe j'ai eu plus d'abeilles dans certaines parcelles que de grains de blé... Bref, récoltes un peu rocambolesques et physiques... C'est le métier qui rentre. 

Au coeur de l'été, je découvre enfin l'extrudeuse que vous avez financée. Instant stimulant à Florac : mes premiers fusilinis. Après beaucoup d'incertitudes sur la granulométrie de mes farines, résultat impeccable. On avance. 

Septembre, octobre, novembre, décembre, la transformation roule, farines et pâtes farcies. Beaucoup d'enthousiasme. En septembre, première réunion avec les camarades producteurs et transformateurs pour envisager les connectivités nécessaires entre céraliers, fourragers, éleveurs et artisans transformateurs. En octobre, je me suis vu coopté par mes camarades producteurs de la boutique de La Boissière. Je démarre à y vendre mes produits en novembre. A cette heure, j'échange chaque semaine 20 kg de son contre un bout de saucisse sèche. 

Et à présent, début de mise en culture compliqué... Les aléas climatiques frappent encore avec un automne trop chaud et pluvieux. Résultat : impossibilité de rentrer dans les champs jusqu'au 30 décembre... On est en train de finir de semer. Avec du retard. Retard inquiétant à 2 titres : (1) météo déjà. On est en petite sécheresse d'hiver, avec des alternances de gels et de redoux. C'est risqué pour la germination. Ensuite, si on enchaînait sur une sécheresse au printemps ce sera une catastrophe. (2) durée de cycle. Plus on sème tard, plus la maturité arrivera tard dans l'été avec des risques accrus de sécheresse. Bref...

Pour les bonnes nouvelles, on avance sur l'entre-aide entre éleveurs, cultivateurs et moi-même. Afin de faire des rotations "pour de vrai", des essais d'associations, et des projets de zones de compostage des fumiers animaux pour un retour aux champs qui auront fourni les fourrages en complément des parcours sur garrigues. 

J'attire notre attention sur 2 éléments clés. Le premier, c'est la météo. A continuer à penser que notre alimentation vient des étals des supermarchés et autres magasins, on n'arrivera jamais à changer nos comportements avec, notamment une vraie sobriété énergétique. Notre ennemi, c'est l'aléa climatique. Aléas liés au réchauffement global, liés à la consommation toujours croissante d'énergie. 2017, j'ai souffert pour la première fois de la chaleur durarnt l'été. Et la sécheresse record nous a tous mis dans le doute, nous producteurs. Il s'est arrêté de pleuvoir fin mai 2017. Il n'a à peu près pas replu une goutte jusqu'au 15 janvier 2018. Puis en 2018, le printemps a été pluvieux. Une aubaine pour le blé aui a bénéficié d'une sécheresse au 15 juin, idéale pour la maturation du grain. Mais l'été fournaise, puis septembre, puis octobre fournaise ont favorisé le sur-développement du charançon. Moi, j'ai eu la chance de passer à travers (j'ai été peu impacté). Mais le lycée agricole de Pézenas, le collègue du Pouget et bien d'autres ont quasiment tout perdu. Quant à la météo, comme déjà dit, elle nous a contraint de retarder les semis, ce qui annonce beaucoup d'incertitude pour les prochaines moissons.

Et cela n'est pas lié à un modèle d'agriculture paysanne ou d'agriculture productiviste. On est tous logé à la même enseigne. 

Autre point de vigilance, plus facilement ajustable, heureusement : le foncier. Je ne vous apprendrai rien en vous disant que sur les axes périurbains, on bétonne les terres agricoles. Parce que la population se densifie. Mais aussi parce qu'on considère trop que les ZAC créent de l'emploi quand les agriculteurs s'amusent. Je crois qu'il faut arrêter avec cette logique falascieuse. Je crois qu'il faut se souvenir que nous mangeons tous, et jusqu'à 3 fois par jour. Mais là n'est pas mon propos. J'ai appris à mes dépens que j'ai des bouts de parcelles que je ne peux pas cultiver parce que le chemin d'accès est trop étroit pour que le tracteur et la moissonneuse passent... C'est frustrant ! En 2019, il faut absolument que je trouve des fonds pour acquérir avec des collègues éleveurs du petit matériel. A minima, petit semoir, faucheuse, emballeuse et même moissonneuse. Je crois qu'il est d'utilité publique que les grosses parcelles restent avec les gros tracteurs et moissonneuses, mais qu'on n'arrête de se priver des plus petites parcelles ou de celles au bout de chemins étroits pour pareilles raisons. 

Et en corrollaire je finirai sur ces souhaits pour 2019 : d'abord, faire du blé (et de l'orge et du pois) une culture participative. Que nous tous ayons conscience des surfaces nécessaires pour faire notre pain quotidien. par exemple, la boulangerie de Gérald, à St Jean, c'est 42 ha (pour une culture durable). Il n'y a qu'en remettant en cultures tous les bouts de parcelles disponibles qu'on avancera sur l'idée de manger local. Il n'y a qu'avec l'adhésion des jardins partagés et de particuliers, qui remettraient un carré de blé dans leurs rotations légumières, qu'on arrivera peut-être à donner du sens au Manger local. Il est temps d'arrêter de penser que le pain, les pâtes, c'est à part. Il est temps d'arrêter de penser que manger des oeufs, du fromage, etc., c'est autre chose. Non, tout est lié : c'est "l'écosystème paysan".

Enfin, je souhaite de réussir à avancer dans ma capacité à produire afin de fournir des pâtes aux collectivités, d'ici 2 ou 3 ans. J'y pense tous les jours et travaillent en ce sens. Afin de contribuer à donner du sens au Manger local. Je serai éternellement reconnaissant à mes collègues agriculteurs qui m'ont pris au sérieux et m'épaulent. Je vous serai éternellement reconnaissant, vous qui m'avez fourni des fonds pour avancer dans cette lutte. 

Amitiés sincères et à bientôt pour tous ceux qui n'ont pas encore eu leur contrepartie (oui, j'ai du retard...)