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Une maison d'édition indépendante à soutenir.

Christophe Lucquin Éditeur : de l'audace, du piquant, de la littérature !

  • Le 12 octobre 1492, après de longues semaines en mer, Christophe Colomb atteignait le Nouveau Monde

    Le 12 octobre 1492, après de longues semaines en mer, Christophe Colomb atteignait le Nouveau Monde. 525 années plus tard, Christophe Lucquin en est au quatrième jour de la collecte qu'il a lancée sur Ulule pour permettre à sa maison éponyme d'atteindre des jours meilleurs. Il y a peut-être un rapprochement à faire, d'autant plus que le Nouveau Monde m'a toujours fasciné. Gosse, je m'abreuvais des épisodes du dessin animé Les Cités d'or. J'entendais la chanson du générique et m'imaginais sur les caravelles en direction d'une terre nouvelle où un énorme soleil irradiait une lumière chaude et apaisante, je voulais connaître ces terres de l'autre côté de la mer et les gens qui la peuplaient. Quelques années plus tard, la langue espagnole est devenu mon quotidien. Je me revois en classe au collège et au lycée rêvant toujours de ces merveilleuses contrées. Depuis, prendre l'avion pour le Nouveau Monde m'est devenu normal et familier, parce que j'y ai créé des attaches, de la famille et qu'il me rappelle mon petit bout de terre : l'Île de La Réunion. Pour ne pas décevoir mon rêve, le nourir toujours, je suis maintenant des cours de Nahuatl classique et d'aujourd'hui, c'est dans cette langue que Cortés fut accueilli.

    Et comme je sais qu'après la tempête le beau temps revient toujours, je suis en plein gribouillis. Bientôt, nous aurons les couvertures de nos deux prochains livres. Et sur mes cuisses, un petit chichi mexicain. Ca mexicatl in chichi. 

  • Nous sommes le 11 octobre, et 14 personnes ont soutenu notre projet !

    Nous sommes le 11 octobre, et 14 personnes ont soutenu notre projet. 14 contributeurs et 390 euros récoltés sur un objectif de 9000 euros. Dans 44 jours nous serons fixés. En quarante-quatre jours, il peut s'en passer des choses : je peux me mettre à jouer compulsivement aux jeux de chance et gagner une somme avantageuse, je peux voir venir une « personne fortunée qui, par souci de favoriser le développement des lettres, des arts et des sciences, aide ceux qui les cultivent en leur procurant des moyens financiers ou des travaux », personne que l'on appelle aussi un mécène. En attendant, la maison et moi, on compte sur vous. Quand on croit très fort en quelque chose, l'espoir est là, non ?

    Avant 2006, l’édition n’avait jamais fait partie de mon univers. Je connaissais les livres, mais jamais je n’avais pensé à tout ce qui se cachait derrière, tous ces acteurs, la fameuse chaîne du livre. Avant 2006, je n’imaginais pas que je deviendrais un de ses maillons. Petits maillons d’abord quand Anne-Marie Métailié me choisit comme assistant.
    La période Metailié fut une courte mais riche expérience. J’essaie de ne me souvenir que des bons moments, comme, par exemple, les échanges que j'entretenais avec certains auteurs latino-américains, mes matinées avec Bernard Giraudeau, quand je me rendais chez lui pour l’aider à se débrouiller avec la mise en page de ses textes, ou bien la copie de ses photos sur CD, le temps s’écoulaint au rythme de sa théière à thé vert. Bernard fut toujours agréable avec moi, il alla même jusqu'à prendre ma défense quand Anne-Marie...
    Anne-Marie et moi, c’est une relation qui commença très bien et qui se termina au bord des Prud’hommes. Je l’entends encore sa petite phrase, la dernière qu’elle m’adressa, amère, c’était son dernier coup, elle ne gagnerait pas, mais la trace resterait longtemps. Cette dernière phrase, je m’en souviens très bien. Nous étions dans son bureau dans l’immeuble au fond de la cour. La loi, au vu de la situation, ne serait pas de son côté, alors elle finit par accepter la négociation.                    « Christophe, vous êtes jeune, vous devriez penser à ce que vous voulez faire, vous n’êtes pas fait pour l’édition. » Je vous laisse imaginer mon état après ça, j’avais réussi à ne pas me faire renvoyer de manière sale, en ayant droit aux allocations chômage et en négociant une petite somme (heureusement, Macron n’avait pas encore fait des siennes), mais me sortir ça, c'était m’assener un coup qui allait me mettre K.O. Ce fut le cas, pendant quelques semaines.

    Mais tout cela c’est du passé. Cette phrase, je savais au fond de moi qu'elle était hors sujet, j’allais la transformer en deux-cents chevaux moteur. Anne-Marie, je ne peux que la remercier, car c’est grâce à elle que je suis devenu un maillon un tout petit peu plus important de la chaîne du livre, en lançant début 2011 ma propre maison d’édition.
    « Christophe vous n’êtes pas fait pour l’édition ». 

    Même si la maison reste très fragile encore aujourd’hui, je crois savoir que certains la connaissent et respectent ce qu’elle propose, que ce soit Harmonia Mundi, son diffuseur, ou bien les libraires, les lecteurs.


    Un peu plus tard, une autre éditrice, Anne Carrière, pour qui je fus lecteur pendant quatre ans, m’encouragea à persévérer. Puis ce fut le tour de Colette Lambrichs des éditions de La Différence, que je connus, puisque les éditions de La Différence s’occupèrent de notre diffusion pendant près de deux ans, elle me dit un jour en me regardant tendrement « Christophe, vous êtes un vrai éditeur ». Cette dernière phrase ce fut l'antidote.

    Il y eut aussi cette libraire du centre de Paris. À l’époque je me lançais à peine dans le papier et je n’avais pas de diffuseur distributeur, je pris donc mon courage à deux mains et commençai à démarcher les librairies pour les convaincre de prendre quelques-uns de nos titres en dépôt. Ce n’était pas facile, imaginez. Donc, cette libraire demanda à l’un de ses assistants « allez prendre un livre sur la table » et l’assistant lui tendit un livre des éditions Sabine Wespieser. Là, la libraire me regarda droit dans les yeux, je pouvais voir ses pattes d’oie qui souriaient narquoises, ouvrit la bouche : « vous savez, l’édition c’est un métier » tout en soupesant d'un air dédaigneux, l'observant dans les détails, mon livre et m’invitant d’un petit signe maxillaire à jeter un œil sur sa main gauche qui tenait le livre des éditions SW. Elle me signifiait que mes livres étaient de mauvaise facture en comparaison à d’autres livres. Mais comment oser comparer l'incomparable ? Les livres d’un petit éditeur sans le sou, venant juste de se lancer, sans aide de graphiste, rien, imprimant à deux cents exemplaires et les livres d’une éditrice en place, reconnue avec des moyens ? Elle avait osé, et même si son attitude avait été minable, moi j’avais reçu une claque qui me marqua pendant plusieurs semaines.

    Alors c’est quoi un vrai éditeur ? C’est quelqu’un qui trouve de bons textes, qui repère des auteurs prometteurs, mais ces textes même s’ils sont bons, ces auteurs, prometteurs, ils se peut que vous ne les lisiez jamais, car vous ne les trouverez jamais sur table (c’était très courant de ne pas trouver nos livres en rayon à une époque, depuis cela a un peu changé, notamment avec la sortie de notre super-héros L’Homme de miel, le 24 août. Je crois que nous en sommes à 35 coups de cœur libraire, c’est la première fois que nous vendons autant d’exemplaires d’un titre en si peu de temps.


    Notre gros problème a toujours été notre manque d’argent. Quand l’argent entre, il repart aussitôt pour assurer la prochaine publication, ce modèle est assez représentatif de ce que vivent beaucoup de micro-structures comme la nôtre. Et quand on manque d’argent tout est beaucoup plus long, beaucoup plus ardu, alors il faut redoubler d’efforts, mais notre succès ne dépend pas uniquement de notre bonne volonté, il est le résultat de l’addition de trois volontés : celle de l’éditeur, celle du diffuseur et celle du libraire. Le lecteur saura qu’un livre existe si ces trois acteurs s’accordent au mieux pour que ce dernier soit visible.

    Malgré tout, la passion est là et elle nous permet d’oublier un peu, nous essayons de trouver des auteurs à la voix singulière, de faire de beaux livres (que dirait la libraire du centre de Paris aujourd’hui ?) et de les partager avec vous. On aimerait simplement pouvoir vous approcher un peu plus, vous retrouver dans les rayons des librairies, sur leurs tables, et quand nous n’y sommes pas, nous faire appeler, commander, nous faire lire lire et lire.

    Tout cela pour vous dire que nous avons lancé une collecte sur le site Ulule. Si l’objectif est atteint, nous retrouverons sûrement un peu le sourire et la motivation, en baisse ces derniers temps, parce que là, maintenant, vous ne savez pas dans quel état on se trouve. Hier soir, par exemple, la tête occupée, l’esprit baignant dans une purée d’angoisse, j’ai laissé le clavier tout neuf que je venais d’acheter de toute urgence pour notre tour de contrôle, l’ordinateur, le cerveau de la maison, son pauvre teclado (clavier) venait d’expirer. Eh bien, ce clavier, je l’ai laissé sur le rebord d’une caisse dans un supermarché de la rue Montorgueil, heureusement j’ai pu le récupérer au bout d’un vingtaine de minutes, le temps que je me rende compte, place des Victoires (!), que je n’avais qu’un sac dans la main gauche et une bouteille d’eau dans la main droite. J’ai aussi envoyé un sms destiné à mon ami à quelqu’un d’autre par mégarde, qui disait « puedes calentar agua para un té ? » (tu peux mettre de l’eau à chauffer pour un thé ?) parce que j’en avais gros sur le cœur sur le chemin du retour, avec mon sac de courses, mon teclado coincé sous le bras gauche et ma bouteille d’eau dans la main droite, que j’avais un peu froid, que j’étais fatigué de mes angoisses en boucle dans ma tête. Aujourd’hui nous sommes inquiets la maison et moi, mais nous continuons de croire en quelque chose d’exceptionnel qui peut arriver, tant que la petite lumière est là, il faut continuer, n’est-ce pas ?

    Nous avons lancé une collecte sur le site de financement participatif Ulule, avec un objectif de 9000 euros. En fait, nous avons calculé que nous avons besoin de près de 8000 euros (il convient de prendre en compte les 8 % retenus par Ulule) pour assurer la production des deux prochains livres qui s’intitulent Le Camion et Le Pays d’où l’on ne revient jamais, deux premiers romans français, l’un sur un groupe d’amis qui a un camion et qui aimerait partir loin avec, ils sont jeunes, la vingtaine, ils sont épris de liberté, ils sont ambitieux, ils pensent que le monde est à eux, que l’avenir va leur sourire, sans peut-être réellement songer à ce que vieillir suppose, en vieillissant on perd, par exemple, ses amis de vue, ceux-là même avec qui on faisait de grands projets, ses rêves aussi, parce que les règles du jeu sont tellement abrutissantes qu’on finit par oublier que le monde c’est bien plus que cela, l'autre, un magnifique texte sur le souvenir, chaque fois que je relis la première page, je ne peux m’empêcher de me dire waouh que c’est beau beau beau, et quand j’en ai l’occasion je le dis à Julien, son auteur, je lui dis j’ai relu le début de ton texte et c’est beau beau beau. Julien et Neige, Neige c’est l’auteur du premier texte, ils doivent être un peu inquiets aujourd’hui, et moi j’aimerais les rassurer et leur dire que nous soulèverons des montagnes ensemble.

    On aimerait avoir l’opportunité de continuer à vous proposer des choses, fortes, vraies, sincères, des choses audacieuses, des choses justes et belles, qui deviennent des livres format 13 cm de large, 19 cm de haut, sur papier extra-Blanc Olin, pour que le bleu ressorte toujours plus et que le texte à l’intérieur vous épuise la cornée de trop de beauté. 

    Vous l’avez compris, on a seulement besoin d’un litre ou deux d’essence pour que le camion arrive un peu plus loin, dans ce pays d’où l’on ne revient jamais : celui du rêve, du souvenir, de l’enfance.

    CL