Attention, notre site pourrait mal s'afficher ou mal fonctionner sur votre navigateur.
Nous vous recommandons de le mettre à jour si vous le pouvez.

Mettre à jour
Je ne peux/veux pas mettre à jour mon navigateur
BackBackMenuCloseFermerPlusPlusSearchUluleUluleChatFacebookInstagramLinkedInTwitterYouTubefacebooktwitterB CorporationBcorp

Livre-univers Mississippi

La Légende du blues et du vaudou au temps de la Prohibition

  • Down in Mississippi

    Alors que l'on atteint presque les 100% du financement, Christophe a placé un troisième titre, Down in Mississippi, dans la sound-list Mississipi. Il nous indique que cette version du titre, à la fois lyrique et mystérieuse, sert de thème à Damballa Blackwaters, le Loa serpent, maître des rivières et esprit du fleuve Mississippi, corrompu par la malédiction funèbre d'Olorun et Sakpata.

    Voici comment Christophe ouvre le chapitre consacré à ce loa :

    Le plan était assez simple : Pétro montait la garde dans la ruelle, et ses deux complices passaient par-dessus le mur pour s’introduire dans la cour, puis par la fenêtre du premier étage et dérober les bijoux du patron du restaurant. Un plan comme sur des roulettes grâce à un propriétaire négligeant, une affaire rapide et rondement menée, et dans quelques heures les trois compères seraient déjà au Texas à boire et à fumer le fruit de leur méfait. Pas un risque, pas un danger, rien.

    Jack fit la courte échelle à Bill, qui passa le premier de l’autre côté du mur. Bill lança une corde, et Jack le rejoignit rapidement. Pétro était nerveux, c’était la première fois qu’il participait à un cambriolage. Sur les nerfs, il meublait l’attente en fumant cigarette sur cigarette. On avait beau eu lui dire que tout se passerait bien, il n’était pas à l’aise. Pire, il regrettait le manque d’action. Il plongea la main dans sa poche gauche pour caresser le manche du couteau que lui avait légué son père avant de mourir. «Soit un bon fils, soit plus malin que moi», lui avait-il dit. Mais Pétro ne voyait pas pour lui autre vie que celle où il reprenait le flambeau de «Two-Shots Wild Arthur», l’un des plus grands criminels de Louisiane.

    Le grincement d’une porte le tira de ses rêves : quelqu’un était sortit derrière lui. Sans attendre, Pétro lança sa cigarette et plongea vers l’inconnu, avant de lui enfoncer à six reprises la lame de son couteau dans l’abdomen. Il avait enfin eu son moment de gloire, ses quelques secondes d’action : il venait d’empêcher un témoin d’assister à leur crime. Le sang de sa victime coulait à gros flots, et son tablier blanc vira au rouge vif. Pétro venait d’assassiner un commis de cuisine innocent, un Afro-Américain d’une cinquantaine d’années au visage fatigué, avec une stupeur malheureuse gravée à jamais dans le regard.

    Pétro sentit soudain quelque chose lui brûler les doigts. Il retira son couteau et repoussa le corps de sa victime : le sang qui lui coulait de l’abdomen avait laissé place à de gros flots noirs, semblables à du goudron bouillonnant. Le liquide sombre coulait sans cesse, dans des quantités bien plus grandes que ce que pouvait contenir le corps d’un homme. Pétro recula, paniqué, mais la sensation de brûlure lui parcourait maintenant tout le bras gauche : quoi que fut cette chose, il avait à son tour été contaminé. Lorsqu’il voulut crier, la matière noire lui recouvrait déjà une partie du visage, et aucun son ne put sortir de sa bouche. Il sentit son âme sombrer dans les abysses, pris dans un tourbillon formé par mille visages qui hurlaient, l’insultaient et appelaient à sa mort.

    «Bordel, qu’est-ce que c’est que ce merdier, Jack !»

    Bill, qui portait le sac de bijoux, venait juste de sauter du mur et d’atterrir dans la ruelle. Jack était penché au-dessus du corps du commis de cuisine.

    «Mort ?

    - Cinq coups de couteau. Radical. Je t’avais dit que ce petit était trop nerveux pour nous accompagner.

    - Oui, mais, tu le sais bien, j’avais une dette envers Arthur, et le petit avait besoin d’argent. D’ailleurs, où est-il ?»

    Ils cherchèrent dans la ruelle mais ne trouvèrent aucune trace de Pétro, pas même une trace de pas ensanglantée. C’est seulement derrière une poubelle qu’ils eurent une vision étrange : celle des vêtements du jeune assassin, baignant dans une flaque de liquide visqueux aussi noir que la nuit.

    Intrigués par ce récit, nous sommes allés farfouiller dans les archives de Christophe. Nous y avons trouvé cette note qui apporte un éclairage bien étrange à ce texte. 

    Damballa, père des eaux, a été le seul Loa à remarquer l’arrivée des eaux sombres aux États-Unis. Il avait vu une tâche s’étendre dans son royaume, des milliers d’âmes aveuglées par la vengeance qui allaient devenir maléfiques tôt ou tard. Pour éviter cela, il a choisi d’y plonger lui-même et de se laisser infecter, au prix de sa vie de Loa, mais dans le but d’utiliser toute sa puissance pour tenter d’apaiser les âmes des malheureux perdus dans les eaux sombres. La fusion du liquide noir et de Damballa a donné naissance à une nouvelle entité : les Blackwaters. Si le corps de Damballa a été ramené dans le monde des esprits et a été posé sur un autel flottant, les Blackwaters continuent d’apparaître dans les rivières, dans les lacs et parfois dans les veines des mortels, tantôt pour protéger des innocents, tantôt pour semer la mort et la désolation sans distinction.

  • Marinette put a spell on you

    La voilà : Christophe a ouvert la sound-list Mississipi et y a placé 2 titres. Pour continuer à faire augmenter le nombre de titres, rendez-vous sur notre page Facebook et partagez la publication Mississipi ! Comme nous étions curieux de ces premiers choix, et que nous étions sûrs que ça allait aussi votre cas, on vous a concocté une rapide petite interview de Christophe à propos de ces morceaux.

    Les XII singes : Qu'allons nous donc écouter en lisant Mississippi ? Et surtout pourquoi ?

    Christophe : D'abord The Boll Weevil de Nico Backton. Les paroles sont reprises d'un chant traditionnel du delta du Mississippi. C'est le générique officiel du livre. Nico Backton est un bluesman que j'ai rencontré lors de la nuit du blues de Mouscron, en Belgique, où il accompagnait Marc Lelangue. Il était très amusé de devenir ainsi le parrain de Mississippi.

    XII : Et ton deuxième choix ?

    C. : I put a spell on you, dont la version originale de Screamin Jay Hawkins est ici reprise par Nina Simone. Pour l'anecdote, la représentation de Marinette dans Mississippi rend hommage à Nina Simone et s'inspire de ses traits.

    XII : Marinette ?

    C. : la seule mortelle qui s’est élevée au rang de Loa après avoir bu le liquide noir du ceiba maudit de Haïti. Elle est l’avatar de la vengeance pour les faibles et de la souffrance pour les forts, surnommée « la Révoltée » ou « la Défiante ». Elle est honorée pour avoir permis, en tant que mambo, la première révolte de Bois-Caïman qui amena des années plus tard la Révolution haïtienne. Elle est autant vénérée que crainte. Elle n’est pas considérée comme un Loa maléfique, mais ses chevauchées sont particulièrement cruelles et violentes, au point qu’elle n’est souvent appelée qu’en dernier recours. C’est la sainte patronne des victimes, des désespérés et des rebelles.

  • En route pour Mississipi... en musique !

    Rayon de soleil sur Mississippi : plus de 50% de l'objectif est atteint. Et l'objectif social est ouvert. Déjà 2 morceaux pour la sound-list. On attend avec curiosité les premiers choix de  Christophe, l'auteur du livre...

    Pour continuer à faire augmenter le nombre de titres, rendez-vous sur notre page Facebook et partagez la publication Mississipi pour augmenter le nombre de titres !

    Et puisqu'on parle musique, voici un texte de Christophe sur les fameux Robert et Tommy Johnson, les Marassa Jumeaux.

    L’air du juke joint était irrespirable. La nuit avait oublié d’amener la fraîcheur avec elle, et l’orage à venir rendait l’atmosphère plus lourde que jamais. Dehors, le vent soulevait la poussière, et l’on aurait dit que le Diable lui-même semblait envelopper le bar clandestin dans sa cape de sable. J’y buvais ma mauvaise gnole dans l’espoir d’écouter un peu de musique, mais le seul musicien présent, Tommy Johnson, n’avait pas l’air décidé à jouer de sa fameuse guitare. Il se contentait de contempler sa bouteille à moitié vide, et gravait une énième croix à la pointe de son couteau dans le vieux bois du comptoir. On disait qu’il avait vendu son âme, et je voulais bien le croire : dans ses yeux, il n’y avait plus la moindre étincelle. Jusqu’à ce que quelqu’un ouvrit la porte… C’était un jeune afro-américain à l’air faussement juvénile, au visage candide, la guitare sur le dos. Lorsqu’il pénétra dans la pièce, l’atmosphère changea, et une bourrasque glacée s’engouffra à son tour, donnant la chair de poule aux ivrognes assis là. C’était l’autre Johnson dont on parlait sur la route, Robert Leroy. Comme son homonyme, il avait soit-disant vendu son âme au diable à un carrefour pour apprendre la musique. Mais contrairement à lui, il l’aurait dupé : quand le démon a réclamé son dû, il lui répondit qu’il avait déjà mis toute son âme dans sa musique et qu’il n’y avait plus rien à prendre en lui.

    Il avança dans la pièce sans rien dire. Il prit un tabouret et alla à l’opposé de la pièce. Tommy semblait avoir regagné sa conscience : il venait de planter profondément la lame de son couteau dans le comptoir devant lui, visiblement mécontent. Robert s’installa sans réagir, comme à son habitude : toujours face au mur, pour ne pas voir le public, pour jouer face à lui-même. Il posa ses doigts sur le manche de sa guitare et commença à jouer les premières notes de Me and the Devil Blues. Il fut interrompu au solo : Tommy venait de finir le contenu de sa bouteille, avant de la lancer près de la tête du guitariste. Robert soupira. Il se pencha pour en ramasser le goulot cassé, l’enfila sur son annulaire gauche et commença à en jouer, en le faisant glisser sur les cordes de sa guitare. Tommy se leva, prit son instrument à son tour : c’est de la lame de son couteau qu’il se servit pour jouer de la même façon. Enfin, du Blues ! Le lieu prenait finalement vie. Et pour la première fois, nous avions la chance de rencontrer les deux fameux Johnson, les bluesmen homonymes à l’âme damnée. A chaque note qui s’enchaînait, l’autre répondait de plus belle. Ils jouaient comme deux beaux diables, et chacun agitait des mains qu’on aurait cru qu’ils en avaient quatre. Le bruit du verre et de l’acier sur les cordes métalliques, les talons qui claquaient contre le sol, les mains qui tapaient contre le bois de la caisse de leurs instruments : très vite, on se serait cru dans une procession tribale où les guitares chantaient un gospel strident et où les claquements de main remplaçaient les tambourins. Ceux qui s’étaient regardés de travers faisaient maintenant tourner le monde au rythme de leurs notes, et les ombres elles-mêmes semblaient danser autour d’eux. Bientôt, plus personne ne buvait, ne parlait, ni même ne respirait.

    A la fin du morceau, toutes les flammes s’éteignirent. Tommy s’alluma un cigare, Robert, une cigarette, puis ils reprirent en coeur. Lucioles et vers luisants entraient par la fenêtre et éclairaient le bar d’une lueur spectrale : on avait maintenant l’impression de voir tout l’univers à la place du toit de ce juke joint miteux. Les notes s’enchainaient, les coeurs battaient vite : le temps de la chanson, on crut quitter le monde. Leur chant, en anglais, devint très vite créole. Puis bientôt plus personne ne comprit ce qui sortait de leur bouche. On sentait, simplement. Murs, sols et plafonds étaient maintenant les chemins d’un carrefour situé entre deux mondes. Au nord, on vit les âmes de tous les trépassés s’avancer un par un vers une grille gardée par deux colosses au visage squelettique. A l’ouest, une flamme bleue brûlait et s’élevait comme le plus haut building de la ville de Jackson. A l’est, un fleuve brumeux aux eaux noires et paisibles abritait des esprits qui nous observaient, curieux et malicieux. Et au sud, derrière nous, on sentit la chaleur des fournaises infernales, et le rire du Malin qui y brûlait le coeur de ceux que lui ramenaient ses molosses d’outre-tombe. Au milieu du carrefour, il n’y avait plus ni Tommy, ni Robert, mais un être divin, à deux têtes, deux corps, quatre jambes et quatre bras. Il ne jouait plus sur sa guitare en bois, mais tenait une sphère aux reflets bleu et vert, une planète miniature qui, au passage de leurs doigts, connaissait cataclysmes, ouragans et tempêtes, mais aussi l’apparition de la vie, de la peine et de la joie.

    Quand je clignais des yeux, j’étais là, à genoux, des larmes plein les yeux : il ne restait que moi au milieu de nulle part. Ils avaient tous disparu : le juke joint, Robert et Tommy Johnson, le barman, mes compères. J’étais au centre d’un carrefour au sol vitrifié avec, de part et d’autre, deux traînées enflammées qui disparaissaient dans l’obscurité. Derrière moi, au loin, j’entendis le cri de trois molosses. Quelque chose en moi me disait qu’il fallait que je parte vite. Que je choisisse une direction. Que je choisisse Robert ou Tommy pour partir de ce carrefour. Je sortais une pièce : pile pour l’est, face pour l’ouest. C’était le début de mon Mystère...