BackBackMenuCloseFermerPlusPlusSearchUluleUluleUluleChatFacebookInstagramLinkedInTwitterYouTubefacebooktwitterB Corporation

Les Saisons de l'étrange

La première saison en six épisodes d'une nouvelle aventure de l'imaginaire

  • 100% !

    Bonjour lectrices et lecteurs chéris,

    Excusez le cliquetis fébrile et les jacassements incessants de mes squelettes domestiques, la nouvelle les a surpris durant la nuit, et leur bonheur post-mortem ne tarit pas : nous avons atteint le premier objectif de ce financement participatif.

    Moi, Maître de l’étrange, plutôt avare de compliments, en exhume certains enterrés depuis des millénaires : vous allez en recevoir une pelletée. Voyez, je me lève de mon fauteuil, je pose cette pipe noircie par l’âge et réajuste ma redingote pour vous applaudir des deux mains. 

    Je vous remercie. Grâce à vous, les inénarrables histoires de mes fidèles compagnons (et sujets d’expérience) verront le jour. Nous aurons le plaisir incommensurable de les regarder souffr... œuvrer pour le bien de tous.

    Oh, oui, je vous remercie. Mais notre quête n’est point finie, il reste un long chemin à parcourir et de nombreux trésors incroyables à dévoiler : l’artbook du génial Ascaride, les nouvelles inédites qui vous révéleront les futurs héros de la deuxième saison, ou encore ce codex mythique qui regrouperait sous une même (sublime) couverture les périls rencontrés à chaque aventure. 

    Je compte sur vous et votre gentillesse naturelle d’être humain pour emporter notre collaboration vers les cieux les plus hauts... ou les abysses les plus profonds (tout est une question de point de vue).

    En attendant, je vous remercie encore.

  • Un engrenage d'acier.

    Mes mignons,

    Le compteur tique frénétiquement dans l'obscurité silencieuse de ma demeure. J'entends le râle des gargouilles face à ce déluge impromptu de générosité numérique, je ne puis rien leur promettre pour les calmer si ce n'est quelques visiteurs en offrande. 


    À l'heure où je vous écris ces lignes à l'aide de ma fidèle plume écarlate, nous avons atteint les 80%, le champagne exquis qui bulle dans mon crâne moustachu est à la hauteur de mon contentement. Il me semble que crier victoire est tout à fait acceptable, ma clameur changera un peu des hurlements de douleur à l'étage inférieur, où les importuns souffrent le martyre sur des créations de mon cru.

    Ah, en parlant de géniales inventions, cela me rappelle un vieil ami, le professeur Lapron. Le pauvre se heurta à un problème fumant : Joyeuse, la fameuse épée de Charlemagne, l'objet de son étude, lui avait été dérobée. Une sacrée aventure, dont les rouages mortels ont bien failli broyer un certain Gabriel Dacié...

    Le Maître de l'étrange

    Les Compagnons de Roland (François Peneaud) :

    (…) Dans les rues désertes du centre de la capitale résonnaient les pas inquiets des quelques passants assez courageux pour ne pas s’être terrés chez eux ou avoir fui vers la campagne. Un homme d’une cinquantaine d’années tira sa femme par la main, pressant le pas vers leur immeuble. Un instant avant d’entrouvrir la lourde porte, l’homme leva la tête vers le ciel, dominé par la plate-forme géante qui terrorisait la ville, et se signa avant de s’engouffrer dans l’entrée. Le vrombissement des quatre engins maintenant dans les airs l’impossible aéronef couvrait le bruit des véhicules de secours qui traversaient le quartier. Les canons de l’armée, postés autour de la cathédrale, restaient silencieux, mais les artificiers continuaient à essayer de viser l’escadrille d’une demi-douzaine d’avions aux couleurs de Rascon, qui décollaient et atterrissaient sur la Baleine. Au grand dam des soldats et de la population, ordre avait été donné de ne pas provoquer l’irascible Rascon et sa batterie de canons géants.

    La nuit venait de tomber, plus noire que d’habitude. La lune nouvelle n’apportait aucune lumière, et seuls les projecteurs militaires illuminaient la ville, privée d’éclairage public pour ne pas fournir une cible trop facile. Des soldats entre deux tours de garde, assis sur le bord de Seine le regard plongé dans les eaux noires, se passaient à tour de rôle une cigarette. Un bruit ronflant interrompit leur rêverie, un avion se rapprochait. Il leur fallut encore quelques instants pour distinguer l’origine du grondement : un petit appareil aux formes inhabituelles, tous feux éteints, frôlait la surface du fleuve, provoquant des vagues qui s’écrasaient avec force contre les rives. Arrivé quelques dizaines de mètre avant la cathédrale, l’engin prit son envol, traversant un instant les feux de l’un des projecteurs de l’armée. Les soldats ébahis n’eurent que le temps de distinguer les silhouettes des deux passagers assis l’un derrière l’autre, la tête protégée par une capuche de cuir, la carlingue entièrement peinte en noir, la grande hélice horizontale au-dessus du corps de l’avion et les étranges tubes de métal dépassant de chaque côté de la petite hélice avant.

    Les projecteurs ne cherchèrent pas à suivre l’autogyre, concentrant leurs feux sous la Baleine, que survola alors l’aéroplane, presque invisible dans la nuit sans lune. Le pilote se pencha sur le côté pour s’assurer que leur présence n’avait pas été repérée depuis la plate-forme et se retourna vers son co-pilote.

    « Tout va bien, De Grange. Je continue à tourner au-dessus de la Baleine, vous pouvez commencer à actionner la dynamo.

    – Bien reçu. » (…)

    ***

  • 50% du butin déjà récolté !

    Bonjour lectrices et lecteurs égarés,

    Laissez-moi vous souhaiter la bienvenue en mon humble et terrifiante demeure, et vous offrir un rafraichissement qui ne vous laissera pas... indifférents (mais plutôt tremblotants). 

    Non, ne touchez pas au squelette, il ne mord plus (faute de dents), mais ses fémurs demeurent bien aiguisés. 

    En tant que maître et principal intéressé par cette collecte, il est de mon devoir de vous remercier : la moitié du butin a déjà été récoltée, la mimic se régale de vos donations en ce moment même, et c'est avec une délectation certaine que je caresse mon fouet à auteurs. Il servira donc.

    Une fine équipe que je vous ai concoctée pour cette première saison, jugez-donc : une chasseuse de Vampire, un menhir mélomane, quelques détectives de l'occulte et autres victimes de circonstances dramatiques. 

    Mais aujourd'hui, je vous présente une des expériences les plus inédites de mon laboratoire : un détective hybride. Quelques lambeaux de la casquette de Holmes, mêlés à des poils de moustache de Maigret et couverts de paillettes rouge-soviétiques. 

    Vive l'Empire, commme disait César !

    Le Maître de l'étrange

    Mémoires d'un détective à vapeur (Bodichiev)

    Viat & Olav Koulikov

    (…) C’est sa curiosité pour la toute nouvelle Station Europa qui avait conduit Bodichiev à accepter cette affaire, plutôt que l’intérêt intrinsèque de celle-ci – franchement réduit, selon toute apparence.

    Un maussade matin d’automne, un petit homme brun de cheveux et pâle de peau était venu trouver Bodichiev à son bureau. Avant même qu’il ne se présente, Bodichiev avait reconnu Fyodor Mikhailevitch Krapivin, le directeur de Station Europa. Cela ne relevait pas de l’exploit de déduction criminelle : le visage du petit homme s’étalait dans tous les journaux et magazines de l’Empire, depuis des mois. Il ne se passait guère de jour sans qu’une station de radio ou de télévision l’interroge.

    « Je vais être clair, avait déclaré Krapivin à peine assis dans un fauteuil face à Bodichiev. Je n’aime pas la publicité. »

    Bodichiev n’avait pas esquissé le moindre sourire.

    « Il faut donc que vous me promettiez de garder le silence le plus absolu sur toute cette affaire.

    – Les détectives ont pour habitude de ne jamais rien divulguer de ce que leur confient leurs clients. Mais vous ne m’avez encore rien dit de cette affaire qui vous amène, je ne sais donc rien, pas même si je vais accepter cette enquête. »

    Fyodor Mikhailevitch Krapivin remâcha cette évidence sans piper mot durant un moment. Puis il lâcha enfin : « Quelqu’un vole mes planètes. » (…)

    ***