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Le Bato A Film

Une expédition maritime et cinématographique autour du continent sud-américain

Dernier jour !

 ¡ Buenos dias !

Chers BatoAFilmeurs,

Notre campagne Ulule se termine aujourd'hui à 23h59! Nous avons récolté plus de 11 500 euros et il ne nous manque qu'un saut de puce pour atteindre notre objectif de 12 300 ! On y croit !! 

Un grand MERCI à vous tous, nous sommes maintenant un équipage de 162 mousses aventuriers et cinéphiles !!!

(Oui bon Géraldine travaille aujourd'hui, un peu de clémence avec la directrice de campagne qui fait ce qu'elle peut niveau dessin! XP)

Mais notre barque n'est jamais pleine, il y a toujours de la place pour les copains et les copains des copains! :-) Alors n'hésitez pas à donner un dernier coup de pouce à la campagne et à partager le projet pour qu'on soit toujours plus nombreux à suivre cette expédition hors norme!

Nous sommes océan, nous sommes cinéma, mais nous sommes aussi livres et poésie. Alors pour vous remercier de votre engagement à nos côtés, nous avons aujourd'hui un petit cadeau bien spécial.

Depuis des mois, l'équipe créative du Bato A Film se réunit fréquemment pour écrire ensemble les scénarios qui vont servir de point de départ aux courts métrages. Ces soirées sont pleines d'histoires, d'effervescence, de bonnes et de moins bonnes idées, de discussions et de débats, de rires, de doutes... On rêve un continent et tente de l'écrire. De l'une de ces soirées est né un petit conte, inspiré de nos recherches sur La Rochelle, notre première ville.

Voici ce conte, qui n'avait été lu que par l'équipe jusqu'ici. Bonne lecture et MERCI encore de votre soutien!

Le Mendiant du vieux Port

Il y a bien longtemps, un riche marchand vivait paisiblement dans une ville en bord de mer. Chaque matin, il mettait ses petites lunettes au bout de son nez, et ouvrait son grand livre de comptes pour faire l'inventaire de son or. Ses navires partaient au large remplis de graines, de tissus et de vins, et revenaient chargés de pierres précieuses et d'écus. Des siècles que sa famille prospérait grâce au commerce. Il n'avait jamais manqué de rien, et jamais rien ne lui manquerait.

Il vivait seul dans une maison de pierre, posée en haut d’une falaise. Il l'avait faite construire si près du vide qu'il lui fallait s'accrocher à la poignée lorsqu'il sortait, s'aplatir contre le mur, et glisser le long de la paroi jusqu'à ce que ses pieds atteignent le sol. Il l'avait voulue aussi proche de la mer que possible, de sorte à ce que toujours il puisse ouvrir sa fenêtre, se mettre sur la pointe des pieds et, d'aussi loin que son regard pouvait porter, apercevoir ses navires qui revenaient au port.

Un jour, il ouvrit une lettre qui réjouit son coeur. Un inconnu lui offrait un prix indécent pour une livraison absurde: cinq cales remplies à ras bord de pâte à papier. Le papier était certes la spécialité de sa ville mais, loin d’être une denrée rare, on pouvait s’en procurer partout. Le marchand décida de ne pas poser plus de questions et d'accepter immédiatement la commande. Il ne fallait pas que quelqu'un vienne lui faire perdre cette affaire inespérée. Vite, il fit préparer les cinq navires qu'il possédait, acheta à bas prix toute la pâte à papier demandée et la fit transporter dans les cales. Dès le lendemain, les bateaux larguèrent les amarres. Le marchand les regarda s'éloigner depuis sa fenêtre, les talons en l'air, un fin sourire entre les oreilles.

Quelques semaines passèrent, il commença à guetter le retour des navires. A chaque fois qu'il passait devant la mer, il y jetait son regard dans l'espoir de voir apparaitre un mât, une voile. Il était impatient de tenir l'or dans ses mains. Sentir les écus glisser entre ses doigts. Entendre le son des pierres bercées au creux des paumes... Il attendit.

Un mois passa, puis un autre. Le marchand avait beau se résonner en se disant que mille aléas avaient pu retarder ses capitaines, il ne pouvait empêcher l'inquiétude de s'emparer de son coeur. Bientôt, les commerçants avec qui il faisait d'habitude affaire lui demandèrent de payer ce qu'il leur devait. Voyant qu'il n'avait plus de bateaux pour exporter leurs biens, ils se tournèrent vers d'autres. Il tenta de gagner du temps, promit que bientôt ses navires allaient apparaitre près de la côte et déverser sur la ville un flot d'or. Mais ses dettes ne cessaient de croitre et l'horizon restait vide.

Bientôt, il fut obliger de vendre sa maison, et tout ce qu'il possédait. Jusqu'à l'encre de son livre de compte. Il perdit tout, et devint mendiant dans les rues du port.

Jamais son regard ne quittait la mer. Son visage restait tourné vers l'horizon avec la force d'un espoir terrible et vain. Son corps était frappé de soleil, sa peau meurtrie par la brume et le sel. Ses yeux devinrent liquides à force de se mirer dans l'eau. Son regard sombra dans la tristesse. Il restait là, plus habillé de rien, le coeur voué à l'espoir que la mer lui ramènerait un jour ce qu'elle lui avait arraché sans prévenir.

Et alors qu'il se figeait dans une rancoeur de sable, il ne sentit pas la ville qui bougeait derrière lui. Les maisonnées de pierre furent détruites, des immeubles s'élevèrent. Les chemins de terre furent coulés dans un béton gris et implacable. Les arbres moururent de solitude et trains, bus, camions, toute la frénésie du monde prit place dans ce petit bout de terrain bordé d'eau. Le monde implosait dans un nuage noirâtre et aigre.

Les pêcheurs disparurent, les commerçants aussi. Un ordre de banquiers et d'employés de bureaux prit place et plus personne ne se rappelait qui était ce vieux mendiant immobile face à la mer.

Barbe blanche, yeux océan, le marchand était prisonnier de son étonnement face à sa propre perte. N'acceptant pas le présent, il avait échappé au futur. Il vivait dans un déni qui l'avait englobé comme un cocon. Si quelqu'un avait osé le frôler des doigts, il serait parti en poussière comme ses anciens rêves. Mais tout le monde, toujours, le contournait, baissait les yeux, et passait son chemin.

Jusqu'à ce qu'un matin, on vit au large cinq petits points noirs se profiler sur l'eau. Les habitants s'arrêtaient entre deux pas de course, levaient un sourcil. Lentement, les formes se firent plus précises et on vit bientôt cinq majestueux voiliers entrer dans le port. Personne ne savait d'où venait de tels vaisseaux, tout de bois et de voiles blanches, sculptés à l'avant et guidés par une roue majestueuse. Plus mystérieux encore, lorsqu'ils arrivèrent au quai, ils s'arrêtèrent sans que personne ne vint mettre les amarres ni affaler les voiles. Il n’y avait ni capitaine ni équipage. Les bateaux avaient l'air d'attendre, simplement.

On ne savait que faire, la foule réunie sur le port n’osant trop s’approcher de ces étranges apparitions. Alors, le vieux mendiant plia ses doigts, redressa son dos et, pour la première fois depuis des siècles, détourna son regard de l'horizon. Il regarda les navires et les reconnut. Il s'approcha lentement et chaque pas était un élan de vie, un cri de joie face à ce rêve enfin accompli. Il se mit à courir et enlaça la proue du premier navire qu'il atteignit, comme une mère étreint un enfant qu'elle aime, comme un homme s'accroche à ce qu'il reste de sa vie.

En un instant, les cales des cinq bateaux s'ouvrir. De leurs ventres béants des milliers de feuilles de papier s'envolèrent. Pages de chansons, pages de romans, récits d’aventure et contes, anecdotes drôles et tristes, lettres d'amour et poèmes. Elles couvrirent les rues et les murs de la ville. Ecrites dans toutes les langues, les légendes du monde se répandirent dans les airs et les ruelles. Le gris s’effaça pour un blanc d’encre.

On se mit à lire. On se mit à parler. Les habitants se souvinrent d’anciens rêves, de vieilles histoires entendues et oubliées, reléguées à l’impensable. Les esprits s’envolèrent à nouveau vers d’autres possibles.

La ville fut reconstruite au plus près de la mer, fenêtres sur l’horizon. On n’oublia plus d’où venaient les rêves. Cinq navires restaient à quai, le dessin d’un corps gravé dans la poupe de l’un d’eux. Et longtemps, on se souvint de ce mendiant qui était resté des siècles à attendre cinq vaisseaux chargés d'histoires...

Charlotte Billard, historiographe du B.A.F.

A découvrir également, le livre de Gérard Janichon, Damien autour du monde, qui est le livre de chevet de notre capitaine et un récit maritime exceptionnel!