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La Laverie, au service occulte de sa majesté

La série culte geeko-lovecraftienne de Charles Stross, en romans et jeu de rôle

Charles Stross, mal aimé en terre de France ?

Bonjour à toutes et à tous.

Waterloo, morne plaine. Nous traversons maintenant la phase creuse de la campagne, le moment où après avoir fait le plein de notre réseau, il devient nécessaire de travailler d'arrache-pied en coulisses pour faire circuler l'info au-delà. C'est un gros travail de "vendeur d'aspirateur", pied à pied. Mais j'ai l'habitude.Et c'est peu de dire qu'on a du matos (comme disaient les jeunes). Pour lever la tête du guidon, je vous propose de faire le point sur la réception de Charles Stross en France, un peu problématique…

Les deux plus grandes séries de l'auteur, La Laverie et Les Princes marchands, ont subi le même sort. Ironie du sort, la seule série publiée jusqu'au bout, l'Eschaton, a été elle "annulée" par l'auteur lui même qui la considère "cassée". De mémoire seul un roman Accelérando, a été publié il y a quelque temps, mais plus par un "gros" éditeur, et quelques nouvelles, dont Palimpseste. C'est a peu près tout.

Pourquoi ce désamour pour un auteur phare de la nouvelle génération britannique, aux cotés de Baxter et des autres, qui outre les prix alignés, fait un réel apport au genre, tant sur le fond que sur la forme ?

Première piste : si vous regardez les évaluations de La Laverie (et pire encore, des autres) sur amazon.fr vous verrez une série importante de "c'est trop nul, passez votre chemin" et autres "et dire qu'on les paye pour faire ca", qui contrastent avec les commentaires élogieux d'autres lecteurs (et des critiques, sur le premier tome de la Laverie). Comme je l'écris dans l'intro de la page ulule, Stross est "trop geek pour le grand publeek". Distribuer La Laverie en poche, pour le plus grand nombre, c'est s'exposer à ce type de réactions. Trop de références pointues (Lovecraft, l'informatique...), trop d'intertextualité, de distance avec la narration à papa pour dépasser une certaine audience capable de lire entre les lignes, de jouer avec lui.

C'est vrai pour certaines de ses séries. Mais je pense qu'il y a quelque chose de plus profond. 

J'en veux pour preuve que son autre grande série, Les Princes marchands, est elle très classique dans le fond et la forme. Ça ressemble même a une série télé, avec ses cliffhangers, ses rebondissements, et ses surenchères constantes.

Pour ceux qui ne connaissent pas, une parenthèse : il s'agit de l'histoire d'une jeune femme qui découvre qu'elle fait en réalité partie d'une famille venue d'un monde parallèle et uchronique. Pour faire bref, un peuple scandinave peuple les États-unis, dans un monde resté au niveau médiéval. Mais sa "famille", qui peut voyager entre les mondes, a développé un lucratif buisness, en se faisant les porte-valises des trafiquants de drogues américains, à travers leur monde, et échappant donc à tout contrôle. Immensement riches dans leur monde comme dans le nôtre, ils deviennent un état dans l'état... Un pitch simple, dont il développe implacablement les implications et fait monter les enchères à travers des factions et des intrigues à cheval sur 2 mondes (puis 4, là où la série s'arrête en VF, sur un suspense terriblement frustant). J'en reparlerai.

Bref, les Princes marchands, niveau narration, c'est du classique, du solide. Et pourtant la série a été écornée, cette fois par les critiques. Stross perd ainsi sur les deux tableaux, alternativement. Comment expliquer ces (mauvaises) critiques sur ce qui est certes, un divertissement, mais un divertissement "intelligent" à l'américaine, préfacé, s'il vous plait, par Robert Stiglitz, prix nobel d'économie ?

Justement, "l'économie, stupid".

En france, c'est peu de dire que c'est un thème peu courrant en SF. Plus généralement, je pense que la vision du monde de Charles Stross fait problème par ici, du moins dans certains cercles. Pas tant sur le plan de la singularité technologique, mais sur sa vision "anarcho-libertaire", ou tout au moins étiquetée comme telle en France. Dans ses romans, il moque souvent (ou montre les limites) des organisations hiérarchiques (et la Laverie en fait partie), de l'état, et penche du coté de ce qu'il appela l'Adhocratie. D'un autre coté, quand Myriam débarque dans l'autre monde "médiéval", elle ne voit que pauvreté materielle et misère sociale. Rien n'est à sauver. 

Là où Ursula Le Guin verrait toutes les ambiguités d'une culture, l'aliénation de ses membres aussi bien que la beauté et la fragilité de ses croyances, lui a une approche matérialiste : la misère matérielle, c'est la misère sociale et morale. Point barre.

J'ai bien du mal à trancher. Ce sont deux visions du monde solides. Et Stross a parfaitement conscience de l'aliénation et de l'exploitation. Il est très loin d'être un "ultra libéral", bien au contraire.

Mais une chose est sûre, les critiques, en france, ont tranché, même si pas forcément consciemment. Ce ne sera pas la première fois. Poul Anderson a subi pendant très longtemps le même sort. A tel point que son "Épée brisée", parue en même temps que le Seigneur des Anneaux, et qui fonde toute une branche alternative de la Fantasy, n'est parue en VF qu'il y a quelques années, aux éditions du Bélial !

La dicussion est ouverte. Et continuez de faire passer l'info sur les réseaux, pendant cette traversée.

Maitre Sinh