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La Lame et le Sang

Une trilogie de fantasy dans le Japon médiéval par Julien Schneider

Présentation des personnages: Takeshi

« Alors c’est toi ? dit-elle. C’est pour toi que les esprits me laissent à peine dormir ?»

Illustration Radja Sauperamaniane

Takeshi est un guerrier élancé aux cheveux sombres. Il fut, tout comme son condisciple Akira, l’élève de Toshirô, un mystérieux guerrier enseignant un style sans nom. Héritier du katana maudit de son maitre, il semble contenir ses pulsions avec succès. S’il se montre cynique de prime abord, parfois sa sensibilité naturelle le rattrape. Il porte en lui de profondes cicatrices et préfèrerait une vie sereine à celle de guerrier courant après les contrats les plus sanglants pour apaiser son arme.

***

Il faisait encore nuit noire quand Takeshi arriva dans le village. Quelques lanternes brillaient çà et là devant les échoppes pourtant fermées de la rue principale et les norens voletaient devant les maisons de bois. Le guerrier s’arrêta devant le seul izakaya des lieux. Il renifla ses vêtements. Ces derniers sentaient le feu de bois. Malgré l’étrange capacité de son katana à absorber le sang de ses victimes, il arrivait que son kimono s’imprègne de l’odeur. Une odeur qui vous pique sous la langue, près de la gorge et qui semble assécher votre bouche. Les brigands qu’il avait éradiqués plus tôt avaient eu le bon goût de mourir proprement et de ne pas souiller ses vêtements.

Takeshi écarta le drap avec grâce et souplesse, un geste naturel qui témoignait encore de sa jeunesse passée à imiter les danseuses des rues. Un vieillard l’accueillit avec un sourire sincère alors qu’il venait à peine de poser son sac et de se déchausser. Personne d’autre ne fit attention à lui, ce qui lui convenait très bien.

Seigneur, une table pour vous ? Un verre de saké ?

Plusieurs. Mais d’abord un bain. Tu as ça dans ton établissement ?

Oh oui seigneur ! Vous tombez bien. Des hommes sont arrivés bien tard avec leurs chariots. L’un d’entre eux voulait un bain. L’eau est chaude et le feu n’est pas encore mort. Je vais le relancer, dit-il en claquant des doigts pour qu’un serveur s’en charge.

Cela m’ira très bien.

Takeshi regarda autour de lui. Il aperçut les traditionnels yakuzas qui surveillaient les clients, mais fit mine de ne pas s’y attarder. Il choisit la table qui lui permettait de voir toute la salle sans tourner le dos à aucune porte ni à personne. Il se tourna vers le vieil homme.

Je vais faire vite. Garde-moi cette place, prépare moi une chambre et envoie-moi quelqu’un pour me savonner le dos.

L’aubergiste acquiesça sans quitter son sourire

Au 1er étage, du côté de la rue principale. Mon serveur va y monter votre sac.

Il guida alors le guerrier jusqu’à la salle d’eau. Takeshi se débarrassa de cette corvée aussi vite que possible, se frottant les cheveux pendant que le serveur savonnait son dos. Ce fut tout juste s'il se trempa dans le baquet une fois propre. Se retrouver nu et sans arme à son flanc le mettait toujours mal à l’aise, surtout avec quelqu’un derrière lui, mais il savait qu’il n’aurait peut-être pas l’occasion de se laver correctement avant quelques temps. Même si son kimono allait sentir encore quelques jours, il saurait que, lui, serait propre.

Après s’être lavé, il retourna dans la salle principale et s’installa à sa place. Une cruche de saké tiède l’attendait et il se servit en sentant les regards des mafieux de la salle passer sur lui. Ceux-ci ne s’appesantirent pas sur le guerrier de passage.

Les joueurs de dés faisaient trop de bruit, l’odeur était ignoble et la saleté sans nom. Si Takeshi avait l’habitude de ce genre d’ambiance et il eut rapidement la désagréable sensation que son bain n’avait servi à rien. Il devait admettre qu’il ne sentait plus la fumée, cependant il n’arrivait pas à se départir de cette sensation de gêne. Était-ce les regards mauvais des yakuzas ? Les cris des joueurs ? Non, ce qui le dérangeait vraiment, c’était la qualité du saké. Il était trouble et avait un arrière-goût de terre. Il ne savait même pas que c’était possible ! Il préférait encore le laisser refroidir en espérant qu’il serait buvable de cette manière, mais il commençait vraiment à douter de pouvoir se saouler convenablement ce soir.

Les cris redoublèrent du côté des joueurs. La taverne était donc si pauvre pour laisser les jeux de hasard à la vue de tous ? C’était peu probable, après tout c’était la seule de la région et elle pouvait se passer de respectabilité. Un parieur venait de perdre gros et s’était levé pour invectiver le lanceur de dés qui était entouré de ses deux sbires. Le perdant s’énervait au fur et à mesure de sa diatribe et le rouge lui montait au visage. Les trois hommes, torses nus et tatoués, étaient restés assis, le visage grave et le regard dur. Ils avaient l’habitude de ce genre de situation et leur impassibilité  suffisait à Takeshi pour comprendre qu’ils étaient dangereux. Même s’ils laissaient l’homme partir sans encombre ce soir, ce dernier aurait droit à une visite dans les jours à venir.

Un second joueur intervint, lança quelques mots à l’homme qui finit par se rasseoir. Alors qu’il commençait à se calmer, il comprit qu'il avait été grossier et s’excusa à demi-mots tout en prenant soin de ne pas croiser le regard des mafieux.

Le sabre s’était un peu éveillé avec la tension de la dispute, pour se rendormir presque aussitôt et Takeshi ressentit sa frustration. Le guerrier était toujours surpris de la capacité de son arme à saisir les situations qui s’offraient à lui. Les massacres commis plus tôt dans la forêt étaient légitimes. Il n’y avait aucune raison de ne pas lui donner le sang qu’il exigeait. Ici, ce n’était pas le cas…

***

Nous ne sommes maintenant plus très loin des 50%. C'est grâce à vous que nous pourrons publier cette trilogie de roman. Alors n'hésitez pas à parler de "La Lame et le Sang" partout autour de vous.

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