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Einar Schleef rencontre Henry Fourès

un livre et un CD

À propos du projet

LE PROJET

Gertrud, un livre et un CD... Deux artistes, réunis pour cette parution d'un texte inédit en français, que nous vous proposons de découvrir accompagné d'une création-rêverie musicale inspirée par la composition même de l'écrit.

 

Commençons par l'auteur, Einar Schleef, artiste de génie, totalement méconnu en France, créateur culte en Allemagne.

  Einar Schleef était, en tant que poète et homme de théâtre, la personne la plus exceptionnelle que j’ai connue. Il n’y a eu que deux génies en Allemagne après la guerre, à l’Ouest, Fassbinder, à l’Est, Schleef

Elfriede Jelinek (Prix Nobel de Littérature)

 Einar Schleef appartient aux quelques êtres humains qu’il m’arrive d’envier. Son talent lui vient du règne des mères, qui est règne des nécessités. Ses travaux dans les divers domaines de l’art font toujours sauter le cadre. La première qualité de sa littérature est la renaissance du conteur dans l’esprit de la langue – qui est d’abord le parler, un affront contre la « littérature », contre l’écriture. Il sait avec Kafka que l’art est une affaire du peuple. Parmi les morts, c’est Kleist qui lui est le plus proche – un poète sans peuple.

Heiner Müller

Einar Schleef, auteur couronné par plusieurs prix littéraires, dramaturge, metteur en scène exceptionnel, scénographe et peintre remarquable, photographe... Un géant dans la majorité des domaines qu'il a abordés. Disparu en 2001 à 57 ans, ce géant – qui avait déjà traversé un mur, avec tous les déchirements que cela suppose – n'a pas eu le temps de passer la frontière du Rhin pour venir nous présenter ses œuvres monumentales.

Après avoir publié le recueil de nouvelles Désordre, le Ver à Soie se propose d'éditer une œuvre singulière de cet éternel exilé : Gertrud. Lorsque le jeune metteur en scène Einar Schleef quitte la RDA et passe à l'Ouest, il se retrouve sans travail. Bien que déjà célèbre à Berlin-Est, les théâtres de l'Allemagne fédérale ne l'attendaient pas. Durant cette période de « vaches maigres », d'une part il peint, d'autre part il écrit un roman fleuve sur sa mère – près de 1000 pages – intitulé Gertrud, du prénom de celle-ci. Cet énorme écrit épique lui vaut sa première renommée d'auteur. Plus tard, il en fait une adaptation théâtrale d'une quarantaine de pages : Gertrud, sous titrée Une Fête des morts – monologue pour choeur de femmes.

Ecrite dans une langue très personnelle, inspirée par le patois de sa petite ville natale qu'il se réapproprie et réinvente, cette œuvre parcourt une vie de femme, jeune championne de course à pied sous la République de Weimar, qui traverse le nazisme, la guerre, le communisme, jusqu'à la chute du mur. Une femme qui se rappelle, par bribes, ce trajet chaotique qui se déroule tout au long de l'Histoire du 20e siècle.

Dans cette adaptation théâtrale de Gertrud, Schleef reprend les motifs de sa chronique sur la petite ville de Sangerhausen, sur la vie de province en RDA, vue à travers les yeux de sa mère Gertrud, en quête de sens, envers et contre tout : « Eglise, livre, camarade du parti, personne ne peut dire pourquoi nous vivons. En moi, je suis quelqu’un d’autre, c’est cet autre que j’interroge. »

Abandonnée par ses fils, tous deux partis à l'Ouest, et par un mari qui meurt trop tôt, Gertrud, seule et vieillissante, se trouve face à une réalité, face à des besoins et des désirs qu'elle a du mal à saisir. Cette tragédie de sa mère, Schleef la comprime, la rend urgente, vitale – et universelle – par une description minutieuse d’où jaillissent une vie, une ville et ses habitants. Des images immédiates, à la fois obsessionnelles et changeantes défilent devant nous au rythme même des pensées de Gertrud qui rumine, qui s'obstine et se révolte – car cette femme ne plie pas : avant tout, il faut « rester debout ».

Offerte au montage de qui la met en scène, écrite dans ce langage particulier qui fait sa force – direct, abrupt et brut, inscrit dans un rythme obsédant –, cette oeuvre théâtrale se veut « matériau » vivant à jouer et à s’épanouir à travers la polyphonie d’un chœur de femmes d’âges divers, comme (res)surgies d’un temps enseveli…

Un choeur de femmes

En tant que metteur en scène, Einar Schleef s’est fait connaître par un travail théâtral toujours envisagé de façon chorale, fortement influencé par les formes rigoureuses du jeu antique.

Le Ver à Soie, en association avec la  Compagnie in extremis, a donc voulu offrir au lecteur un choeur de femmes, avec une œuvre créée tout spécialement pour cette édition par Henry Fourès, compositeur contemporain familier des aventures singulières :

Directeur artistique du studio de création La Muse en Circuit de 1991 à 1993, Henry Fourès travaille régulièrement en Allemagne – notamment à Potsdam, à Berlin, à Cologne ou encore à Francfort – où il est invité auprès de divers ensembles symphoniques et de radios. De 1996 à 2008, il est président du laboratoire de musique et d'informatique de Marseille.

L'éclectisme de sa production de compositeur et d'interprète l'amène à collaborer avec des créateurs d'esthétiques et d'horizons très divers (musiciens, acteurs, chorégraphes, plasticiens, réalisateurs). Il est actif dans de nombreux domaines, réalisant des films pour la télévision et composant des musiques pour l'image, la danse et la scène. Il est aussi l'auteur de nombreuses créations radiophoniques, notamment pour France Culture et de Hörspiele pour la radio allemande. Il écrit des œuvres symphoniques, de musique de chambre, des pièces électroniques, mixtes, des œuvres vocales. Par ailleurs, il conçoit et réalise des installations interactives et d'importantes manifestations événementielles.

Parmi ses dernières créations : Cumbalum Mundi (2015), pour six percussionistes jouant des sets de gamelan balinais, Correspondances (Hörspiel représenté), composé pour le festival Musica de Strasbourg en 2013, Le Bal (commande et création au festival Musica 2015) et la création expérimentale Dels dos principis (septuor avec jongleur), une commande de l'IRCAM – Centre Pompidou, présentée également au festival Musica de Strasbourg en 2015, actuellement en tournée. Y pour 13 intrumentistes créée au festival de Marseille 2016.

Laissons la parole à Henry Fourès

Exact contemporain de Rainer Werner Fassbinder, Einar Schleef porte comme lui la fracture d’un pays qui a nourri et peut être exalté leur personnalité hors norme ; le premier à l’Ouest et le second à l’Est – même s'il est passé dans « le camp d’en face » où il a produit ses œuvres théâtrales majeures – tous deux semblent, avec le recul du temps, avoir affronté un destin étrangement similaire.

Leurs oeuvres, inclassables, constituent autant de références de l’art où s’exprime leur extraordinaire imaginaire, accompagné d’une maitrise consommée de leur métier et de leur vision artistique aussi singulière que pertinente, dans leur regard porté sur leurs contemporains.

Ils font partie de ces créateurs qui marquent leur temps mais qui, en météores, ne peuvent être revendiqués comme modèles par la génération suivante.

Acteur, peintre, photographe, dramaturge, écrivain, auteur de théâtre, mélomane cultivé épris de l’oeuvre de Jean Sébastien Bach, Einar Schleef mêle dans ses œuvres l’ensemble de ces sensibilités dont sa langue porte les signes.

Gertrud est un texte d’une extraordinaire complexité par sa forme même, sa « composition » aux thématiques croisées, la densité de sa langue qui mêle à la langue allemande littéraire des éléments d’idiomes régionaux en une syntaxe dont il déploie l’arborescence avec un art consommé de la variation.

La traduction finie, l'idée d'accompagner son édition par une création chorale et musicale s'est imposée à Crista Mittelsteiner, directrice de la collection Les Germanophonies. Avec Marie-Luce Bonfanti, sa cotraductrice, elles ont pris – pour cette création, commandée à Henry Fourès – une option ambitieuse et ludique : le « bilinguisme ». Toutes deux y tenaient beaucoup, sachant pour l'avoir déjà expérimenté, à quel point la langue originale pouvait s'entrecroiser rythmiquement avec leur traduction française, l'une faisant « chanter » les sonorités de l'autre.

Qui dit « double langue » dit aussi double de temps. Vint alors le temps de la structure dramaturgique, qui s'opère d'abord avec des ciseaux... En accord avec Crista Mittelsteiner, Marie-Luce Bonfanti a fait un premier travail dramaturgique, choisissant dans le texte dense et intense de Schleef les thématiques et les éléments de textes qui apparaissaient comme les plus propices à une création musicale. Ensuite, à partir de ce « matériau », Élisabeth Gutjahr a « orchestré » ces extraits et conçu des partitions pour six voix de femmes, mêlant en un contrepoint subtil la langue allemande originale à la langue française de la traduction.

Enfin, après une résidence de travail où se sont effectués les enregistrements des six actrices dans différents espaces acoustiques, il a fallu composer.

La composition musicale – et sa réalisation – telle que l'a conçue Henry Fourès

La réalisation doit beaucoup à l’esthétique du Hörspiel mais pas seulement.

Il m’a rapidement semblé que le chœur parlé à six voix tel que l’a structuré Élisabeth Gutjahr, par l’expression même de sa musicalité, appelait l’écriture de fragments instrumentaux, à la fois pour établir un nécessaire principe de continuité et pour en structurer la forme.
Dans cette pièce, clarinette, saxophone, orgue de barbarie, orgue, percussions, guitares électrique constituent alors autant d’éléments d’une orchestration qui intègre à l’ensemble des six voix des sons urbains, des espaces acoustiques naturels, des rythmiques de machines, en autant d’espaces acoustiques d’un quotidien possible.

Ainsi ai-je tenté, par le principe choisi de la variation continue, une traduction organique qui ne commente pas, n’illustre pas le texte mais, un peu comme un concerto grosso, intègre le Concertino des six voix dans un ensemble où peut se lire la rumeur du monde, le Cymbalum Mundi, Ripieno de l’ineffable imaginaire d’un auteur comme Einar Schleef.

 

L'EQUIPE ARTISTIQUE


De gauche à droite : le "choeur de femmes" autor de Henry Fourès : Nadine Baier, Agnès Belkadi, Françoise Lepoix, Virginie Symaniec, Crista Mittelsteiner, Marie-Luce Bonfanti.

Et, cette fois-ci, avec Elisabeth Gutjahr, dramaturge en son centre.

A quoi va servir le financement ?

Comme vous l'avez vu,  après avoir effectué un premier travail d'élagage, choisissant un florilège d'extraits, ce matériau a été confié à Elisabeth Gutjahr, dramaturge musicologue allemande, pour qu'elle établisse des partitions vocales, compte tenu des thèmes gardés et des tessitures de six comédiennes, dont deux bilingues, que nous avions réunies. Ensuite, nous avons travaillé en résidence à la Cité de la Voix  à Vézelay, sous la direction d'Elisabeth Gutjahr et de Henry Fourès, afin de fournir à ce dernier matières pour sa création musicale. Enfin, le Centre National de Création Musicale, GMEM  de Marseille, s’est associé à ce projet en accueillant Henry Fourès, qui réalisera cette oeuvre dans ses studios.

Voilà donc la finalité de ce projet d'édition pour lequel nous sollicitons votre soutien :  une création discographique signée par Henry Fourès produite en support CD qui accompagnera le texte de  Gertrud - Une Fête des morts, monologue pour choeur de femmes, dans la traduction de Marie-Luce Bonfanti et de Crista Mittelsteiner qui sera publié dans la collection Les Germanophonies du Ver à Soie en novembre 2016.

Le Ver à Soie et la Cie in extremis prennent en charge 73 % du budget global. Dans ces 73% entrent une part des aides et soutiens déjà obtenus, dont voici la description :

Le Ver à Soie bénéficie d'un soutien du CNL pour la fabrication du livre-CD.

S'y ajoute une aide de la Région Ile de France pour le projet Les Germanophonies, qui englobe plusieurs traductions et publications d'auteurs germanophones.

La fabrication (impression et pressage) et la réalisation (graphisme, mise en page, relecture) du livre-CD d'un coût d'environ 5.000 Euros sont donc assurées, ainsi qu'une première part des rémunérations des artistes.

Nous avons également obtenu une aide de l'Adami sur les salaires des quatre comédiennes que nous avons pu rétribuer jusqu'à présent.

Mais, malgré ces soutiens précieux, il nous faut davantage de moyens. Pour parfaire ce projet, pour rétribuer tout le travail effectué, il nous manque un minimum de 4.800 € sur un budget de 17.800 € (hors bourse de traduction, résidence et mise à disposition du studio de mixage pour la post-production).

Nous n'avons pas encore pu rembourser les voyages des intervenants : déplacements entre la France et l'Allemagne, entre Paris et Vézelay, entre Lyon, Marseille et Paris. En calculant au minimum, c'est-à-dire en faisant l'impasse sur beaucoup de rendez-vous préparatoires, cela représente :

DEPLACEMENTS / VOYAGES (1.600 €)

rencontres de travail préparatoires .300 €

voyages train/avion/voiture de l'équipe au lieu d'enregistrement (résidence à Vézelay) .940 €

voyages et déplacements compositeur (post-production en studio à Marseille) .360 €


Manque aussi une part des rémunérations pour des prestations déjà effectuées :

REMUNERATIONS (2.400 €)

Salaires

Deux comédiennes sur six n'ont pu être rétribuées. Soit 1.600 € charges sociales comprises

Forfaits

1 directrice artistique .500 €

1 adaptatrice (coupes de texte/adaptation) .300 €

 

Et, last but not least, les

FRAIS LIES AU CROWDFUNDING (800 €)

Contreparties 12% .480 €

Commissions Ulule et Paypal 8% .320 €


Si, grâce à votre curiosité, votre enthousiasme et votre générosité, nous dépassons le seuil de 4.800 €, nous pourrons d'une part rembourser les frais de catering durant la résidence à Vézelay (900 €), jusqu'à présent avancés sur des fonds propres. Nous pourrons aussi atteindre le juste niveau des commandes passées à la dramaturge musicale Elisabeth Gutjahr et  à Henry Fourès, le compositeur.

 

Nous remercions ici tous ceux participent d'ores et déjà activement à la réalisation et au soutien du projet.

...

À propos du porteur de projet

Le Ver à Soie – Virginie Symaniec éditrice est une jeune maison d'édition. Son originalité réside autant dans le format des textes proposés – des textes courts de préférence, mais possiblement illustrés –, que dans le fait de construire un catalogue autour de l'écriture contemporaine, où les textes – quelle que soit leur langue d'origine –, ne s'appréhendent pas seulement comme de simples variations sur le voyage, mais comme les témoignages d'une quête, d'un déplacement ou d'un décentrement propres aux multiples formes de l'expérience de l'exil.

Nous ne nous posons pas la question de savoir ce qu'est l'exil, car notre but n'est pas de souscrire ou de participer à la création d'une ontologie. Nous voudrions comprendre comment il se comporte et quelles sont les multiples manières, y compris modernes, dont on en produit – qu'il s'agisse de considérer les seuils, les marges, les espaces de mixité, les situations de précarité, les groupes de population minorés, les mémoires effacées, les joies de la résilience, « l'entre » des langues, les traductions du réel, les grandes histoires de petits objets, les enseignements de la parole enfantine ou ceux des passeurs d'humanités.

Quant à la  langue française, elle ne sera qu'une possibilité, tant il s'agira de valoriser les traductions, de et vers d'autres langues, sans limitations de frontières ou d'origines. Ainsi la collection Les Germanophonies, dont fait partie Einar Schleef, qui rassemble des textes d'auteurs de langue allemande autour et sur l'exil...

FAQ

Si vous avez encore des questions, n'hésitez pas à contacter le porteur du projet.

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