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Bains-Douches - Le Bien Commun

Un documentaire de Thomas Dumont et Alice Lemoine

À propos du projet

Depuis 1964, les bains-douches de Fives offrent la possibilité d’un bain ou d’une douche. Aujourd’hui le lieu accueille surtout des personnes dans la précarité, sans domicile ou gens du voyage. Quelques personnes, plus marginales, fréquentent le lieu par habitude.

Ce bâtiment chaud et moite des années 60 offre le temps de la protection, du réconfort, un moment de repos et de soin de soi. C’est la réalité de populations fragilisées, souvent en souffrance économique, qui se dit.

C’est un film d’observation du moindre geste, un film qui cherche les mouvements de l’intime, du repos trouvé, du temps rendu enfin libre. C’est un film portrait, des personnes qui fréquentent les bains, du bâtiment, des surfaces vitrées, des jeux de lumières et puis de l'eau, de son bruit, de son effet sur le corps, l'eau liquide ou en vapeur qui s'échappe d'au-dessus des cabines.

_ LES PLANS RIGIDES ET LE CORPS MOUVANT

Le sentiment pour nous aux bains-douches est double : celui du refuge du monde en marge et celui d’un lieu hors du temps, désuet et suspendu, lieu des figures et de l’humanité.

Nous cherchons, des images du lieu, des corps qui y passent, indices altérés des présences humaines derrière les verres-dépolis de l'entrée. Nous cherchons cette distance qui nous permet de voir la personne se dévêtir, se rechausser, parler avec les usagers du lieu et les accompagnateurs.

Le film tend à la construction d'un espace-temps singulier. Il s'agira de donner à voir cet aspect flottant, vaporeux, intemporel qui se dégage de ces lieux. Dans un autre mouvement, nous voulons montrer l'ancrage dans une réalité économique et sociale précise qui se donne à voir dans les vêtements des personnes, leurs attitudes, façon de parler,... Pour cela, il est basé sur des plans fixes. Ceux-ci s'appuieront souvent sur les lignes du bâtiment, ces arcades, ces lignes de fuite, le rythme des portes qui se succèdent.

La rigidité du bâtiment c'est aussi celle de l’institution qu’il incarne. La violence de notre système économique qui créé des marges et y confine les êtres. Là où le cadre se dissocie de la société c’est qu’il rend à l’homme ce qu’il  amène de sens, de mouvement, de particulier, d’unique et de vie. Le cadre semble rigide mais est mis en mouvement par ce qui le parcourt. C’est la façon de marcher de cet homme, le port de cette femme qui discute avec son amie, cet homme qui s’en va vers sa cabine de douche, le balai du garçon d’entretien qui fait notre attention à la présence de l’Etre.

Production : Dick Laurent / Pictanovo

À quoi va servir le financement ?

Vos dons nous permettront de mener à bien la post-production de ce projet : traduction des séquences en bulgare, roumain et arabe, montage image et son, mixage et étalonnage. Nous pourrons ainsi louer les lieux adéquates et du matériel de qualité pour une post-production professionnelle.

Votre participation couvrira également les frais inhérents à la réalisation d'un film (frais administratifs, impression de DVD, envois en festivals, défraiements de l'équipe technique (repas et essence) et salaires des techniciens professionnels et des traducteurs.

Aujourd'hui, nous avons déjà tourné les images du film durant trois semaines en début d'année 2013, il nous reste la post-production à entreprendre, nous sommes fragile à ce niveau, il nous manque environ 1600 € pour terminer ce projet décemment alors un grand merci de votre participation et au plaisir de vous rencontrer lors d'une projection de notre film.

À propos du porteur de projet

Pour nous, faire un film c’est entre autre filmer le devenir personnage d’une personne, passer de l’individu à la figure. Comment la personne devient-elle un mythe ? Voilà les traces que veut suivre ce film. Réussir à ébranler le spectateur autour d’un geste devenu aussi intime qu’universel, filmer un visage qui nous dirait le particulier de ce moment et l’universel de l’attitude

Nous construisons  pour le spectateur une place de témoin instruit et solidaire, solidaire du sort qui est fait à l’être humain. Tenter  de donner à voir par l’intelligible et le sensible ce que l’homme endure et crée.

Les bains-douches ferment les uns après les autres. On se demande quels sont celles et ceux qui y viennent aujourd’hui ? De quoi sont-ils les témoins ? Ceux qui arpentent les couloirs des bains, comme les coulisses imaginaires de nos sociétés médiatiques, déclassés du grand spectacle du toujours plus vite, toujours plus voir, toujours plus lumineux. Le temps ouvrier de l’apparition des bains-douches n’est surement plus. Mais il a laissé la place à de nouvelles formes de précarité et d’exclusion. Le film entend dresser le portrait de cette mutation, de ces personnes,  hommes et femmes devenus figures et miroir d’un monde violent. 

http://thomasdumont.wordpress.com/

(Vous pouvez voir plus haut un teaser de présentation de notre film. Nous avons tourné ces images le temps d'un après-midi en octobre 2011)

FAQ

  • Qui comment vient-on aux Bains-Douches?

    USAGES ET USAGERS DES BAINS-DOUCHES

    L’essentiel des personnes qui viennent aux Bains ne disposent pas chez elles de l'équipement nécessaire pour se laver. Cela est  vrai des populations roms nomades que nous avons pu y croiser pour qui c’est souvent la seule douche de la semaine. Ils viennent en nombre, remplissent leur camion pour faire le moins d’allers et retours possibles. A l’entrée, ils demandent des gobelets en plastique  aux employés. En réalité ils partagent une bouteille de shampoing douche, chacun un peu dans le gobelet. Quelques fois ils ramènent ceux d’entre eux qui ne veulent vraiment pas se doucher. Marie nous raconte ceux qui restent parfois dans les cabines, habillés, sur la chaise et ressortent sans s’être mouillés.

    Il y a les personnes sans abri qui laissent leurs sacs dans un coin et viennent toujours à jour fixe. Et celles plus largement vivant dans la précarité.

     Il y a des femmes maghrébines qui viennent en groupe. Elles ne font couler l’eau du bain que pour la vapeur d’eau chaude. Elles se mettent à plusieurs dans une cabine de bain. Marie laisse faire ce qui est interdit dans le règlement. Elles ont du savon noir, passe le temps là comme elle pourrait le faire dans un hammam.

    Certains hommes viennent seuls sans que l’on puisse supposer leur monde et leur histoire.

    D’autres encore viennent pour passer un moment de convivialité, de tranquillité, pour échapper à l'isolement, seul ou parfois en famille.

    Les bains-douches continuent aujourd'hui de remplir ce rôle de santé publique pour lesquelles ils ont été créés. Ce sont aussi des trajectoires de vies troubles qui s’y croisent, histoires en marge pour un lieu en marge.

    Dernière mise à jour : il y a 6 ans, 2 mois

  • A quoi ressemble le lieu?

    « LE LIEU PERSONNALISE »

    En dépit de sa vétusté, le lieu doit son côté accueillant aux personnes qui y travaillent, trois salariés à temps plein. N. et « Mémé » sont employés à nettoyer les cabines de douche à grande eau entre chaque personne, du sol jusqu’au plafond. Ce sont eux deux aussi qui ouvrent et ferment les cabines pour chaque client. Les clients n’ont pas la clé de leur cabine. C’est un principe de sécurité et de contrôle. N. et « Mémé » ferme la porte derrière chaque personne qui entre dans une cabine. Aucune ne peut sortir avant que N. ou « Mémé » ne soit venus leur ouvrir à l’aide de la clinche. Ce système évite que les personnes ne s’enferment. C’est utile en cas de malaise par exemple. Cela leur permet aussi de contrôler que les clients laissent la cabine dans un état correct, sans détritus au sol. Certains usagers défèquent aussi dans la cabine.

    M.,  veille à l’entretien du bâtiment et à l’accueil du public. Elle est le plus souvent à la caisse. C’est elle qui a la responsabilité administrative du bâtiment. Elle fait le lien avec la hiérarchie. Elle connaît l’essentiel des personnes qui viennent aux bains et acceuille les nouvelles personnes, expliquant notamment à celles qui viennent pour la première fois, les limites de l’arrangement « hammam ».

    A Noël, M. et Mémé décorent de quelques guirlandes. Idem à Halloween. Les chats de M. marchent librement dans les bains. Le plus souvent tout de même ils s’affalent sur les radiateurs. Les plantes qui agrémentent le hall viennent elles aussi de chez Marie.

    M., N. et Mémé assurent une fonction de cohésion sociale qui dépasse largement leurs attributions et c’est souvent qu’ils jouent les médiateurs sociaux ou les assistants sociales. Ils ont à faire face au racisme latent envers les roms, aux personnes ivres ou agressives, à l’état général d’un bâtiment qui n’en finit pas de se dégrader. La situation et leur sensibilité leur réclament de tempérer ces situations conflictuelles et de trouver des solutions à ce qui fait endémiquement problème.

    Dernière mise à jour : il y a 6 ans, 2 mois

  • Quel est le sens politique de notre démarche?

    LA MAIN DE L’ETRE ET LA DETENTE DU CORPS SOCIAL

    Les bains-douches de Fives doivent leur nom au baron Dupuytren. Chirurgien à l'Hôtel-Dieu de Paris, il décrivit pour la première fois en 1831 cette maladie qui porte désormais son nom. Fibrose rétractile palmaire de la main, elle entraîne une rétractation progressive et irréductible des doigts. Le corps se replie inexorablement sur lui-même. Le corps est un symbole ; sa tension, un autre.

    Ce corps pour nous est aussi social, celui qui témoigne et porte la trace de notre condition. Dans les bains, il se détend, à l’abri, rendu à ses sensations, au chaud, à l'eau qui coule et ruisselle. Les bains comme lieu de l’intime dans lequel on se refait une image. C’est le moment du relâchement, le temps de la douche, le temps à soi, le geste ancien de l’homme qui se détend. Assis sur les bancs à regarder les hommes et les femmes entrer. Assis sur les bancs à regarder ces hommes et ces femmes sortir, le visage reposé. Le film se joue là dans un avant et un après.

    Et les gestes deviennent archétypes et les personnes, figures. Devant la glace, après la douche, la main sur le visage dur, le peigne dans les cheveux redevenus souple. La lumière derrière, autour. Et enfin le monde rendu lointain pour un instant, corps et visages passagers de l’oubli. Oubliés du monde ils oublient un temps le dehors. Le temps du bain et le corps devient non-productif, temps du relâchement et de l’être à soi. Et le temps dès lors flotte ; plus d’empressement, plus d’injonctions, plus rien.

    La fréquentation des bains n’est pas un choix. Elle apporte cependant un confort introuvable ailleurs pour la plupart de celles et ceux qui viennent là. Pas de douche chez soi parce que pas forcément de chez soi ou un chez soi trop vétuste. Et puis qui dit mal-logement dit précarité, économie de la débrouille voire de la subsistance, lutte du quotidien pour être, manger, dormir. Alors les bains comme lieu du refuge et de la protection face à  la violence de notre système économique.

    Le film trouve ici son sens politique et nous avons le besoin de parler et de montrer ce qui se passe dans la marge, auprès des personnes les plus fragiles de notre société, toujours poser la caméra dans les endroits du monde où ces injustices sont les plus visibles et où se donnent à voir la résistance et l’humanité de l’Etre. C’est là l’engagement de cinéaste et humain, auprès de celles et ceux qui souffrent, que l’on ne regarde pas, qui nous sont étrangers et stigmatisés.

    L’homme dans son errance, dans son déchirement et son combat pour être là où lui sont refusés les moyens de la dignité et de la subsistance.

    Dernière mise à jour : il y a 6 ans, 11 mois