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AHIMSÂ l'instant neige

Roman graphique de BD de 240 pages

  • Carnet de BorD n°6

    Chères contributrices et chers contributeurs,

    Voilà un an, une grosse année déjà, que je ne vous ai pas donné de nouvelles collectives. J'ai pu être en contact direct avec quelques uns mais cela ne pardonne pas le fait qu'il m'ait fallut autant de temps pour revenir vers vous. Cela a été long pour tous, vous vous posez beaucoup de questions et je vais tenter de répondre à un certain nombre d'entre-elles.

    Tout d'abord je vous prie de bien vouloir accepter mes excuses pour ce retard en espérant que mes explications et dessins vous convaincrons que je ne lâche toujours rien, qu'Ahimsâ n'a pas cessé jour après jour d'être au coeur de mon travail et que même si le chemin est long, je l'arpente avec détermination en ayant le soucis constant de mes responsabilités envers vous et aussi grande reconnaissance de vos soutiens.

    Je ne vous cacherai pas que l'année 2018 a été un peu compliquée mais je crois qu'elle n'a pas été simple pour beaucoup de monde aussi je ne m'attarderai pas sur mes soucis personnels. J'aborde les problèmes les uns après les autres en mettant tout en oeuvre pour leurs donner des solutions. Dire seulement qu'après des mois de galères avec mon ordinateur, Lionel, le président de l'association Les Dessin'Acteurs, m'a offert la semaine dernière l'une de ses journées pour m'aider à y comprendre quelque chose entre Goolook et Outgle, à faire le tri entre ce qui fait réellement gagner du temps et ce qui en fait perdre, à retrouver un dossier en quelques clics et surtout terminé de me convaincre que mes vieux outils d'artisan avaient encore quelques avantages sur la bête informatique. Je l'en remercie vivement ici !

    En d'autre terme, bienvenue à bord et bonne lecture.

    Dominique

    Maîtriser un livre

    Chaque auteur est différent et gère ses créations selon l'inspiration et les objectifs qu'il s'est donné. Je me livre avec passion à mes ouvrages mais, effectivement, décider du moment où ils sont achevés et quand il faudra lâcher son bébé dans la nature comprend une part d'incertitude.

    Ce dont je suis convaincu, c'est que, quel que soient les moyens le temps qu'un livre met à s'accomplir, et quels que soient les intervenants au cours de sa réalisation (éditeurs, collaborateurs, coloristes, correcteurs, documentalistes, imprimeur, diffuseur, libraires,...), seul l'auteur sera tenu responsable de son échec comme de sa pertinence ou de son succès. Une fois l'ouvrage paru, il sera seul à porter le regard de toutes les opinions.

    Ma responsabilité et les attentes concernant Ahimsâ sont devenues très fortes et j'en ai pleine conscience. L'histoire et surtout les thèmes qui l'investissent, ont pris des proportions que je ne soupçonnais pas en vous invitant à me soutenir. Parler des violences et de la non-violence est un champs d'investigations dont chacun peut prendre le pouls au fil de ses constats personnels ou des informations quotidiennes que les médias nous retransmettent.

    Oui, pendant une longue période de l'écriture d'Ahimsâ, j'ai fait beaucoup de rencontres, lu beaucoup de livres et regardé beaucoup de reportages, tous plus alarmants ou tragiques les uns que les autres, mais aussi souvent encourageants, sur l'état de notre monde, sur le recensement des violences comme des espoirs que peut susciter la non-violence. Touché et investi par toute l'immensité des régressions et des évolutions, je suis passé par l'étape de vouloir parvenir à embrasser toute « l'humaine condition » dans mon scénario. Le nombre de pages augmentait d'autant, chaque situation me semblant essentielle, importante et devant être abordée dans mon récit. La Syrie, les demandeurs d'asile mettant leurs vies en périls en traversant la Méditerranée, la guerre froide qui se réanime, les tensions périlleuses entre l'Inde et le Pakistan ?! Aujourd'hui j'apprends qu'il y a une fuite de radioactivité à la centrale nucléaire du Triscatin, que 8000 hectares de soja OGM ont été semé « par erreurs » ! Que les espèces animales et végétales mutent anormalement vite au grès du réchauffement climatique, que... que... que... Que nous sommes fous pour nous-mêmes et donc pour les autres. Je vous épargne la liste infinie dont nous n'arrivons plus à faire le bilan.

    Nos sociétés sont compliquées, vont de plus en plus vite. Personne, pas même le plus haut placé, ne peut prétendre aujourd'hui appréhender tous les problèmes que nous, hommes et femmes, subissons et/ou provoquons, et, au regard des générations à venir, comment solutionner désormais en urgence ? Chaque jour nous dis, nous incante, nous perd !... Tant d'événements qui me bouleversent profondément et que je devais retranscrire dans les faits et gestes de mes personnages ! Essayer d'entendre, de comprendre, de retraduire, d'apporter des éclairages nouveaux, voire d'offrir des réponses non-violentes. Je m'y suis perdu un temps et sans doute une part du retard que j'ai pris vient de mon acharnement à vouloir embrasser en un seul récit toutes les souffrances et toutes les alternatives se présentant à notre humanité.

    Il y a les auteurs qui toute leur vie traitent d'un seul sujet, qu'ils cherchent à affiner de livre en livre. A l'opposé, il y a les auteurs qui oeuvrent désespérément à réunir tous les sujets en un seul ouvrage. Les uns comme les autres savent que la vie est un mouvement incessant qui à chaque seconde développe des milliards de combinaisons insaisissable à la l'échelle de notre compréhension. Aucun livre ne peut prétendre saisir toutes les métastases d'énergies en expansion perpétuelle en nous et autour de nous.

    De ce point de vu, prétendre à l'objectivité est un aberration; c'est pour cette raison que je choisis la fiction plutôt que les essais. J'ai peut-être enfin compris, accepté, qu'un livre ne peut être qu'un « arrêt sur image » à un moment T, un instant ou une petite pause sur le chemin de tous, que d'autres poursuivront ensuite et par ailleurs. Qu'un livre raconte des moments de vies mais n'est pas la vie, seulement l'une de ses photographies. C'est sans doute ce qu'à voulu me dire Philippe dans l'extrait de son courrier à la rubrique ci-après : la perfection n'est pas de ce monde et, un moment, il faut accepter de ne faire les choses qu'à sa mesure !

    Tout cela pour dire que depuis un peu plus d'un an, et c'est une bonne nouvelle pour vous, j'ai enfin arrêté « ma photographie ! » après une longue expansion (non contrôlée?) de mon scénario. J'ai décidé de ne plus regarder certains reportages, de ne plus écouter certaines émissions, de ne plus scruter toutes les opinions, de ne plus explorer l'immense pile de tous les livres qui s'invitaient à moi et qui me donnaient autant de nouveaux sujets à aborder dans Ahimsâ, à n'en plus finir, même si je ne peux mettre hors de moi tout ce qui m'interpelle au quotidien , bien au contraire : je ne sais pas être uniquement un « spectateur- consommateur » des informations concernant notre monde ! Il m'est insupportable de n'être pas « acteur », assis à ma table à dessin, quand dehors le « vrai monde » nécessite l'attention et la mobilisation de chacun. Toute chose est en corrélation dans notre univers global et rien n'est étranger à nos responsabilités dans chacune de ses conséquences à tous les niveaux de nos vies.

    Ma conception d'auteur est que je ne peux être seulement un « commentateur » mais quelqu'un qui doit s'efforcer d'être légitime en essayant chaque jour de mettre en accord ses actes avec ses paroles - autant que faire se peut et quitte à devoir faire aveux d'impuissance - dès lors qu'il prétend accéder à un parole publique.

    Formulé autrement, j'ai fais le constat que faire « un arrêt sur image » est sans doute plus aisé quand on fait le choix d' une paix « bourgeoise » , comme par exemple celle qu'a choisi Emile Littré (voir mon conseil de lecture en fin de ce carnet de Bord) en préférant la répression versaillaise à la Commune pour pouvoir achever sereinement son dictionnaire (remarquable par ailleurs et l'une de mes références de travail). Je ne commenterai pas ici ses partis pris , mais cette option de vie ne pourra jamais être la mienne, ce dont j'aurai peut-être dû vous prévenir quand je vous ai proposé mes routes de traverses.

    Un livre peut être conçu à la sauce libérale pour être un « produit », formaté pour répondre aux attentes « des consommateurs », bien dans les clous pour que « le service après-vente » ait déjà en amont toutes les réponses aux réactions éventuelles des « clients ».

    Telle n'est pas l'aventure d'Ahimsâ à laquelle je vous ai convié. Mon tort, et je vous prie de m'en excuser, est d'avoir réalisé tout cela, et bien d'autres choses, chemin faisant et en vous prenant à témoin. L'option à laquelle je me suis résolu aujourd'hui, et « couac » qu'il m'en coûte, est donc de mettre, un temps, en retrait ma vie sociale et collective, le temps qu'il faudra pour terminer Ahimsâ, en toute priorité !

    Alors, suis-je en train de vous dire que je suis devenu raisonnable ? Je ne peux vous le garantir absolument mais j'ai une histoire à vous rendre et j'ai enfin accepté que celle-ci soit ce qu'elle sera en l'état, là où j'en étais, qu'elle serait ce qu'elle devait être à un moment de notre histoire , sans prétention à être universelle et intemporelle ou de parvenir à satisfaire toutes mes attentes ou les vôtres, avec ma sensibilité, accompagnée de votre indulgence et bienveillance.

    Au lancement du projet, je vous avais livré la définition de ce qu'était «l' instant neige » telle que je l'avais imaginé : un « instant » inattendu qui saisit tout le monde par surprise et de fait nous « projette » tous au même moment dans une situation inédite et surprenante, ouvrant ainsi un espace-temps où de nouvelles perspectives peuvent devenir possibles au-delà des intérêts particuliers et qui ressembleront, ni bien ni mal, bouleversantes parfois, à ce que chacun de nous en fera, ou pas.

    L'histoire du livre , et « dans le livre », procède de « l'instant neige », d'événements qui me surprennent et vous surprennent, qui comme pour les personnages de l'histoire nous place chacun selon des angles inédits, nous invitant à reconsidérer nos points de vus et nos appartenances. Une voie pour ouvrir les possibilités de la non-violence?! C 'est ce que j'essaye de faire. Et j'ai le sentiment que nous sommes bien servis tout au long de ce projet, même si je ne sais s'il s'agit de ce que je peux vous offrir de pire ou de meilleur ?!

    Suis-je responsable : assurément, dans tous les sens du terme ! Un scénariste distille ses informations, ses effets, ses rebondissement, au fil des chapitres et cela jusqu'au « Happy end ». Ahimsâ est une aventure à la fois en temps réel et sur le papier. Sans doute je ne pourrai pas vous épargner quelques nouvelles surprises (« Après tout, 1 livre ne fait-il pas cinq cent grammes ?! »), de nouveaux sursauts, des « Instants neige » improbables. En retour, et c'est « de bonne paix », je peux moi-même être surpris par ce que je provoque, par ce que je suscite en vous. Mais, sans surprises, sans poésie, sans humour, tout ceci aurait-il un sens ?...

    Courriers

    Suite au courrier postal individuel que je vous ai envoyé il y a un an, j'ai eu une soixantaine de retour à l'envoyeur pour cause probable de changement d'adresse (si vous avez reçu le courrier mail mais pas postal et que vous avez changé d'adresse, merci à vous de nous les communiquer). Par ailleurs nous avons quelques contributeurs dont nous n'avons toujours que les pseudonymes mais ni adresse postale, mails ou numéro de téléphone pour les contacter. Si vous avez connaissance de personnes en attente, n'hésitez pas à nous les signaler afin que nous puissions réactualiser notre fichier.

    Un certain nombres de rencontres personnelles ainsi qu'une bonne quarantaine de lettres manuscrites m'ont fait part de vos réactions, pour la grande majorité très amicales, compréhensives et encourageantes. J'y ai été très sensible et je vous remercie vivement pour vos soutiens multiples et pour l'étendue de votre patience.

    Concernant les mécontentements, je n'ai reçu directement qu'une seule lettre s'avérant très critique (à laquelle je peux relier quelques « signaux » indirects traduisant l'impatience ou l'agacement d'autres contributeurs ) : je retranscris ci-après certains passages de cette lettre, ainsi que quelques extraits d' autres courriers lorsqu'ils abordent des points précis qui m'invitent à vous partager des réponses globales.

    D'une manière générale, les changements, délais et reports « que je vous impose» suscitent de nombreuses interrogations légitimes et je vais tenter d'y répondre le plus simplement possible. Sans doute y aurait-il eu plus de réactions de votre part s'il vous avait été proposé des échanges via Internet. Mais voilà,  je ne suis pas très doué avec les ordinateurs, je n'appartiens à aucun réseau social et je n'ai pas de téléphone portable. Je n'ai aucune aisance à naviguer sur le web et, pour moi, retranscrire et commenter mon travail par écrit devient vite laborieux, frustrant et chronophage.

    Vous l'aurez compris, mon mode d'expression est l'image plutôt que l'écrit, et encore moins via internet. Le moment venu, j'espère que nous pourrons vous proposer, lorsque cela sera possible à organiser, des rencontres débats-dédicaces en petites assemblées locales pour revenir ensemble sur l'histoire de la création d'Ahimsâ et surtout pour vous remettre enfin en main propre votre exemplaire du livre.

    Bruno, de Bordeaux, m'écrit :

    «  (…) Je ne doute pas de votre honnêteté, de votre sincérité, de votre engagement et de votre enthousiasme pour ce projet. Je veux simplement vous témoigner de mon sentiment à la lecture de votre texte : la colère ! J'ai souscrit à votre demande de financement participatif en toute confiance, sans vous connaître, sans faire de recherche sur votre association, tout simplement parce qu 'une connaissance m'a adressé le lien. Je suis devenu contributeur parce que le projet m'intéresse et que les conditions me convenaient. Le fait de participer financièrement me faisait accepter le contrat proposé. Oui, bien sûr, l'histoire est jalonnée de commandes à des artistes qui n'y ont parfois jamais répondu ou souvent tardivement au détriment ou pas de leurs producteurs ou commanditaires qui connaissent les risques encourus. Aujourd'hui, vous imposez aux 698 contributeurs dont je fais parti une décision tout à fait arbitraire, liée bien sûr à toute création, mais sans nous demander si nous sommes d'accord pour vous suivre. Le contrat de départ n'est plus respecté et vous prenez de nouveaux engagements qui dépassent largement les conditions annoncées. La BD devait être achevée fin 2017. Cela fera bientôt 3 ans que vous avez récupéré les sommes attendues et vous envisagez un nouveau délai probable de 2 ans pour la livraison du 1er tome en 2020 ?!?!... Et pour le 2nd? Quelle échéance proposez-vous ? Il était prévu un livre de 240 pages. La création vous entraîne vers un chiffre de 500 pages ?!?!... Ai-je envie de recevoir un bouquin de 500 pages ? Non ! Ai-je envie de patienter jusqu'en 2020 pour une première étape ? Non ! Je me sens devoir subir les aléas d'une création, certes que je peux comprendre, mais qu'il aurait fallu annoncer au moment de votre souscription. Je trouve que tout cela est traité avec beaucoup de légèreté sans prendre en compte nos avis à nous, vos associés ! Pour moi, à ce jour, le contrat n'est pas respecté et le fait de m'imposer de nouvelles conditions me contrarie profondément. De plus, cela décrédibilise tout financement participatif dès l'instant où il est alors possible que les engagements annoncés ne soient pas tenus. Au vu de tous ces éléments et afin d'être cohérent avec ce que je ressens, je vous demande donc le remboursement de ma contribution de 40 euros, me retirant de ce nouveau projet.
    Croyez bien que je suis profondément désolé d'en arriver là ! (…)

    Puis, dans un second courrier :

    «  (…) L'aboutissement de votre création pour 2020 s'inscrit donc dans un futur trop éloigné que je ne peux envisager et dont je suis obligé de me désolidariser. (…) Bien cordialement à vous Dominique avec tous mes vœux de réussite. »

    Ces extraits de la lettre de Bruno sont un peu longs, mais je me devais , avec son autorisation, de vous en retranscrire la majeure partie. J'ai téléphoné à Bruno et notre échange fut très cordial. Reste que son constat rejoint mon propre inconfort et malaise concernant la situation que j'ai créée. Si j'assume les incertitudes inhérentes à tout travail de création et le temps que je vous prends, j'ai certainement, au moment du financement participatif, sous-estimé l'aventure que cela représentait et depuis manqué certaines étapes de communication avec vous. La lettre de Bruno me donne l'occasion de réagir et de vous faire entrer plus intimement dans les coulisses de mon travail.

    Par le passé il m'est déjà arrivé d'être en retard sur des livres et de faire perdre quelques cheveux à mes éditeurs successifs (Sous le pseudonyme de Lidwine, la création du DERNIER LOUP D'OZ (Ed Delcourt) s'est étalonnée sur sept ans et demi, sur trois ans et demi pour  L'AMI JAVIN - tome 5 de La quête de l'oiseau du temps (Ed Dargaud), ou encore un peu plus de deux ans pour FAUCHEURS VOLONTAIRES D'OGM (Ed Les Dessin'Acteurs) !

    Mais je suis allé au bout de ces livres et ils existent. A une seule occasion je n'ai pas pu terminer un livre mais j'ai cependant honoré ( avec quelques délais) la close du contrat stipulant que l'auteur doit rembourser à l'éditeur la totalité des avances financières faites au cas ou l'ouvrage n'arriverait jamais à son terme. De même nous n'avons pas fait impasse à la demande de remboursement de Bruno qui a été réalisé. Maintenant, c'était la seule demande en ce sens et si nombre d'entre-vous décidait de mettre un terme à notre collaboration, moi, tout comme l'association, ne serions actuellement pas en mesure de vous reverser votre participation, cela mettrait en péril la suite des choses. Pour autant, si ni moi ni l'Association les Dessin'Acteurse ne disposons de solution de remboursement « massif » dans l'immédiat, il ne sera jamais question que je me dérobe à mes engagements s'il advenait que je ne parvienne pas à terminer Ahimsâ. Chaque chose viendra en son temps : soit la parution d'Ahimsâ, soit une solution de dédommagement, c'est mon engagement auprès de vous.

    Quelques personnes m'ont demandé comment je m'en sortais financièrement avec ce temps et ce travail démultiplié, me suggérant de faire un nouveau financement participatif: je m'y suis refusé et pour pouvoir poursuivre mon travail sur Ahimsâ, j'ai procédé à un emprunt personnel et mis en vente certains de mes anciens dessins originaux. Je ne l'aurai pas fait si je n'étais pas convaincu de mon travail et il n'est pas question pour moi d'abandonner tout celui déjà accompli. Je vis sobrement et dispose seulement de moyens simples pour poursuivre Ahimsâ, tout en refusant tout autre travail (je fais allusion à ceux rémunérateurs) afin de m'y consacrer à temps plein.

    Enfant, je me souviens avoir été très impressionné par une image sublimée dans un livre d'histoire scolaire tel qu'ils existaient encore à l'époque : Savant français, potier, émailleur et écrivain, Bernard PALISSY, brûlait ses meubles et même le plancher de sa maison afin d'aller jusqu'au bout de la cuisson parfaite de son invention, la céramique. Il passa même des mois entiers à surveiller sans cesse ses fours afin d'obtenir les finitions qu'il voulait obtenir. Sans doute suis-je aussi têtu que lui et convaincu par les investigations et l'histoire que je vous ai promis.

    Du coeur à l'ouvrage, je crois que j'en mets, au moins autant que du temps, de l'énergie et tous mes moyens. De la conviction et de la passion aussi. Cela sera-t-il suffisant et donnera-t-il une bonne histoire? Je n'en sait rien. Comme j'en faisais mention dans le carnet de BorD précédent, j'ai réalisé tardivement qu'habituellement vous découvrez les livres, les films ou les CD seulement une fois qu'ils sont terminés. Vos choix se font habituellement à ce moment là, dans la diversité de ce qui vous est proposé et sans avoir eu à les attendre. Pour ce projet, je vous ai embarqué dans une aventure en amont de la parution, invité à partager toutes les phases d'une création, avec ses développements « instant neige » et vous m'avez fait confiance. Vous comme moi n'en avons-nous peut-être pas mesuré toutes les implications... qui sont autant de surprises bonnes ou moins agréables. Je n'ignore pas le risque que plus le temps passe plus chacun développe sa propre vision du livre et les espoirs qu'il en attend. Chacun imagine et rêve SON Ahimsâ en espérant que le résultat sera à la hauteur ! Je ne peux pas prétendre qu'Ahimsâ répondra à l'envolée de toutes vos attentes et imaginations individuelles, mais par contre je compte sur vous pour me signaler le jour où il me faudra inscrire sur ma carte de visite (bien que je n'en ai jamais eu) quel genre d'apprenti démiurge (platonicien?) j'aurais été !

    Courriers suite

    Je trouvais important de vous retransmettre en priorité le message de Bruno et d'y répondre. Je veux partager également avec vous les « quelques extraits » suivants des lettres magnifiques reçues des uns et des autres, certaines personnes que je connais, d'autres auxquelles j'ai téléphoné ou répondu personnellement par voie postale, la plupart avec lesquelles je n'ai pas encore eu ce plaisir. Ces lettres, vos lettres manuscrites, me touchent, me bouleversent, m'accompagnent, me soutiennent à chaque instant. Pardon, pardon, de ne pouvoir vous répondre à chacun individuellement et vous dire combien l'amitié que vous m'apportez m'aide à aller au bout de notre aventure et comment elle nourrit l'histoire en cours. Viendra le moment où nous nous rencontrerons, où nous poserons ensemble le, les, livres Ahimsâ comme les premières pierres d'un édifice de partage, et où nous poursuivrons nos espérances et de nos combats.

    BRIGITTE : « Est-ce que votre partenaire de création, maintenant retiré de l'aventure, s'exprimera lui-aussi ? Ce serait bien. Ma demande souhaite éviter toute intrusion dans une histoire qui ne me regarde pas et qui doit être douloureuse. Mais comme vous traitez de la résolution des conflits et que là, le conflit entre vous était personnel... ? Reste-t-il des points obscurs, des problèmes de pouvoir ? »

    Note : Je ne ressens pas (mais ça n'engage que moi ) qu'il se soit agi d'une question de pouvoir entre Etienne et moi. Sans doute l'ampleur de ce projet n'a pas aidé, mais je crois surtout que nos visions d'Ahimsâ ont divergé avec le temps qui passait et que sur un aussi long parcours nos chemins de vie respectifs ont pris des orientations différentes. Quant au choix que ce soit moi qui poursuive l'histoire, cela tient au fait qu'il s'agit d'une BD et que par conséquent le dessinateur est par définition le maître d'oeuvre de la mise en scène finale et de sa définition graphique. Bien sûr cela se fait en concertation entre deux collaborateurs mais le graphiste influence nécessairement l'histoire en fonction de sa sensibilité et ses capacités artistiques.

    Lorsque j'ai proposé à Etienne de participer à ce projet, j'avais dans mon bagage 35 ans de pratiques et de collaborations à une centaine de livres et de journaux personnels ou collectifs là où il s'agissait d'une première pour Etienne dans un univers que j'étais heureux de lui faire découvrir. J'apportais mon expérience d'auteur au projet et Etienne celle d'activiste, plus étendue que la mienne, de la non-violence active. Je lui suis reconnaissant d'avoir été de ceux qui m'ont fait sortir de mon atelier pour aller physiquement découvrir « le terrain » , l'action engagée, avec des vrais gens et pas seulement des personnages imaginés.

    CHRISTINE ET JEAN-MARC : « Ah, bien sûr, deux ans de retard,mais... deux tomes en fin de compte ! On ne va pas te faire violence... et c'est super de continuer l'aventure, nous n'en serons que plus contents à la sortie de l'ouvrage ! »

    B : « Merci pour les nouvelles que tu partages avec tous ceux qui te soutiennent. On voit que ton enthousiasme est toujours là. Bravo pour l'action Roundup. La seule question que je me pose, c'est comment tu peux y arriver financièrement vu que le projet courait seulement jusqu'en 2017 ? courage à toi, à ta famille et à l'équipe ! »

    CHRISTIANE ET RICHARD : « Nous venons de recevoir le carnet de bord N°5 . On attendra la sortie du premier album. De notre côté, nous continuons à participer à la veille militante, vieillissante et pour le moment de plus en plus réduite (Les roms, les sans-papiers et surtout les kurdes syriens – pas très non-violents, quand on est bombardé par l'aviation, les chars et les mitrailleuses turques, c'est pas facile de lever les bras en l'air et de crier « Peace and Love camarades » aux assaillants !) »

    CLAUDE : « Quoi qu'il advienne, votre projet est utile et généreux et je ne regretterai jamais de l'avoir soutenu. Je lui souhaite cependant le bel aboutissement que vous envisagez. Amitiés. »

    PHILIPPE : « Je réponds tardivement à votre carnet de bord N°5. Mon point de vue est le suivant : vous voulez trop bien faire, mais en ce monde il n'y à rien de parfait, et vous visez trop gros ! Qui achètera, en dehors de quelques bibliothèques 2 pavés de 250 pages ! A vous de voir, vous êtes le maître à bord, bon courage et bien cordialement. »

    Note : Le roman graphique , mondialement connu, « MAUS », de Art SPIEGELMAN, prix Pulitzer 1992, fait 400 pages (...Et je crois qu'il l'a réalisé sur une période de 18 ans). « QUARTIER LOINTAIN » de TANIGUCHI est en 2 tomes de 200 pages chacun. Les romans graphique de 250 et plus de pages sont de plus en plus courants, à des prix équivalents à ceux des romans classiques en première édition. Le nombre de pages d'un livre n'en fait pas nécessairement son prix : celui-ci peut être très modulable en fonction de son éditeur, de son tirage, de sa qualité de papier, s'il est en couleur ou en noir et blanc, s'il est sous couverture souple ou cartonnée, etc. Les bibliothèques permettent justement que tout ouvrage soit accessible à tous. Et puis que serait un dictionnaire réduit aux seules définitions d'une lettre sur deux ? (Voir la dernière rubrique de ce carnet de BorD : je suggère la lecture d'un petit livre abordable de 100 pages.... qui raconte l'histoire d'un pavé de 1372 pages!)

    FRANCOISE : « Embarqués que nous sommes dans cette aventure créative (et collective), nous ne pouvons que lâcher toute exigence, impatience, ou autre lien restrictif. Nous avons choisi la CONFIANCE, et même si le désir de voir, de lire, de partager cet objet est bien toujours là, le projet est en nous au chaud, quelque part avec de l'amitié. Pour avoir écrit un livre, je sais les aléas imprévisibles mais incontournables, et l'exigence avec lesquels l'écriture nous tient. Mon petit message est juste destiné à mettre ma petite part d'énergie dans le panier créatif qui, ajoutée aux autres, pourrait participer à nourrir, éclairer, aérer... »

    FAUSTINE : « Bon courage pour ton projet. Et bravo pour ta motivation et persévérance. »

    ANNIE : « Un grand merci pour l'envoi de votre carnet de bord qui nous fait sentir pleinement membres d'une même famille, avec chacun ses occupations, ses soucis et ses satisfactions. Etre frères et sœurs c'est savoir écouter, comprendre, aider, soutenir, encourager quand un autre membre de la fraternité connaît par exemple, une grossesse difficile, un accouchement plus long que prévu... Aussi je veux ici vous témoigner ma confiance totale, vous adresser mes encouragements et vous remercier de mettre tant de cœur à l'ouvrage ! Je ne doute pas que le bébé sera magnifique et éclairant pour tous ceux qui l'approcheront. Bonne chance ! Bien fraternellement. »

    BRUNO :  « Au vu de la violence qui se propage à si grande vitesse actuellement, je suis sûr que votre livre aura un bel écho auprès de tous ceux et celles qui la refusent. »

    CHRISTINE ET PAULO : « Nous sommes de tout cœur avec toi. Tu tiens la barre du grand voilier « Ahilsmâ » et la traversée des océans sera longue et parfois peut-être mouvementée mais nous sommes certains que tu mèneras ce beau bateau à bon port. Les vents porteurs t'aideront à mener à terme ce grand et beau projet. De notre lointaine contré nous soufflons sur les voiles d'Ahimsâ. »

    CEDRIC : « Un proverbe dit : « Rien n'est tard, si la vie se prolonge ». Alors merci pour votre engagement. Nous sommes en vie, vivant, et le temps n'existe pas vraiment quand il est au présent. »

    BAPTISTE : « Je t'écris pour te donner tous mes encouragements dans ce projet. Je comprends tout à fait (et je suis ravi) que tu aies eu du mal à limiter ce livre à 200 pages et qu'il faut évidemment plus de temps que prévu pour en faire 500. Je ne comprends pas, en revanche, la décision d'abandon d'Etienne, mais je n'ai aucune info pour ça, je ne peux que l'accepter simplement. »

    Note : Etienne et moi nous sommes revus, à son initiative, en septembre dernier. Avec son accord, vous pouvez lui écrire si vous le désirez à l'adresse postale de Cathy Picard, Croissant Loctudy 29340 Riec sur Belon qui fera suivre. Il m'a demandé de préciser qu'il se réserve de répondre ou pas.

    ELISA : « Bonjour à vous ! Pas de soucis, « Ahimsâ » vit l'instant neige en ce moment même, il se présentera à nous quand il le pourra et voudra. Pas de pression avec les dates, le temps, seul le présent compte et conte. Merci d'être. »

    JEAN-CLAUDE : « Gandhi a passé toute sa vie contre la violence, alors deux ans de plus pour l'arrivée du premier tome, ce n'est pas grand chose surtout si le résultat espéré est là. Donc patience, courage et ténacité ! »

    NAJET : «  A VIGILANCE 34, nous avons bien reçu ta lettre, merci. Elle est pleine d'émotion. Ca nous change des accusés de réception dont nous avons l'habitude dans la boite. Un accusé de réception, c'est froid et ça n'augure rien de bon.Alors que ta lettre nous annonce que rien ne s'arrête pour Ahimsâ. Et si tu dépasses 2020 tu battras le record TATI qui mettait 5 ans pour ses films.. »

    Note : Pour prendre une référence cinématographique, un film peut être scrupuleusement tourné selon le script établi en amont mais en cours de tournage des acteurs ou des scènes peuvent s'improviser et prendre des dimensions nouvelles. Le metteur en scène se retrouve alors avec des dizaines d'heures de rushs, parmi lesquelles il va devoir faire des choix afin de les réduire à un format « raisonnable ». Ses choix de coupe et de montage donneront le ton, le rythme et la longueur finale du film. L'identité de l'histoire, ratée ou réussie, ne se lira qu'à ce moment là. Certifier à l'avance le volume et l'ampleur d'une création est périlleux car cela peut sans cesse être remis en doute et en question.

    Ma démarche pour Ahimsâ est « heuristique », ce qui est inhabituel en BD (je fais le malin avec ce mot que je connais seulement depuis quelques semaines. Je vous laisse le plaisir de découvrir par vous-mêmes sa définition dans un dictionnaire !). C'est souvent un arrache-coeur de devoir sacrifier des idées, voire des séquences entières, dans le but et l'espoir subjectif de parvenir à un récit plus concis, plus fluide, homogène et clair. Je crois pouvoir vous dire qu'Ahimsâ a trouvé son point d'équilibre (car j'exige désormais de certains de mes personnages qu'ils ne se livrent plus à certaines improvisations, excellentes par ailleurs, mais qui m'entraîneraient vers de nouvelles tentations!).

    AGNES : «  Merci pour ce courrier postal que je préfère au courrier Internet, oh combien ! Prends ton temps, qu'Ahimsâ soit conçu dans la sérénité d'un « instant neige ». A Nath-Hague, nous sommes attentifs aux efforts que tu fais maintenant seul mais heureusement avec Les Dessin'Acteurs. Au fond de notre Hague, nous avons cette année encore organisé un jeûne du 6 au 9 août.Nous avons maintenant une brochure sur la recherche de sens pour essayer de ramener le Satyagraha (la force du vrai) de Gandhi dans nos pratiques non-violentes.Nous nous donnerons encore des nouvelles d'ici la sortie d'Ahimsâ, ne serait-ce que lors de ces jeûnes. De tout cœur, « regaillardis» par tes belles initiatives ! »

    LISE ET PIERRE : « Ahimsâ est la seconde contribution à laquelle nous participons et c'est une grande satisfaction d'avoir fait ce choix. Les multiples rebondissements qui transforment votre projet en véritable aventure, où chaque avancée génère une nouvelle découverte, ouvrent à chaque instant qui passe le champs des possibles. Et si les mésaventures prennent pour vous, à certains moments, une tonalité douloureuse, sachez que pour nous qui participons (mais de loin) à cette expédition, l'épreuve n'est pas trop pénible ! Au contraire, vous êtes nos éclaireurs qui débroussaillez le chemin incertain et nous découvrons ensuite confortablement installés dans nos intérieurs douillets. Et plus la route est longue et accidentée, plus le voyage est beau et le plaisir grand, car le temps se dilate. Ce projet devient le nôtre et si vous vous sentez frustré de ne pas en justifier tous les détails, pas d'inquiétude, nous imaginons la vie autour de l'aventure Ahimsâ, les moments de partage, de lutte, de doute, de découragement, de joie et d'exaltation... Alors, surtout ne lâchez rien, ne changez rien, prenez le temps qu'il vous faut pour nous surprendre et nous emmener avec vous sur le chemin de nos espérances pour la non-violence. Avec toute notre confiance et notre reconnaissance amicales ».

    JEAN-LOUIS : « Je viens de recevoir le carnet de BorD N°5. Il est vrai que ma première réaction fut de me dire : ZUT ! Car j'avais très envie de me plonger dans ton livre, de découvrir l'histoire, de décortiquer tes dessins, de prendre du plaisir en fait ! Mais je comprends aussi que tu aies envie de fignoler ton projet, de prendre le temps nécessaire pour le modeler comme tu le souhaites. Je ne peux pas te cacher malgré tout qu'une petite peur est également montée en moi (…). Mais tout cela n'empêche pas que je soutiens totalement ton projet. Si tu crois qu'il vaut mieux attendre un peu plus, alors personnellement j'attendrai un peu plus. Après tout, mon plaisir de lecture ne sera que plus grand ! J'ai aussi envie que tu sois pleinement satisfait du livre que tu es en train de faire, que tu n'aies aucun regret, alors prend tout le temps que tu crois nécessaire à son élaboration. Pas trop non plus, pense que notre petite humanité aurait bien besoin d'un petit rappel de l'Ahimsâ ».

    Note : Comme je vous l'ai signalé plus haut, j'ai donc stoppé l'hémorragie du scénario. Les seules « expansions » survenues depuis un an sont d'une part le thème des fakes news et du complotisme (déjà présent antérieurement mais réaménagé  en plus court) et d'autre part le développement de deux personnages secondaires qui se sont invités comme personnages principaux en prenant pas à pas une importances que je n'avais pas prémédité (cela ne se traduit pas nécessairement par un nombre supplémentaire de pages mais plutôt par une intensité de leur présence au récit). Par contre, sans prétention visionnaire, je n'ai rien eu à changer à propos de la colère des Gilets jaunes car les objets de leurs révoltes ( et même les ronds points!) étaient déjà présentes depuis trois ans dans le scénario.

    MARYVONNE : « … Nous ne t'en voulons pas On préfère la qualité, le sérieux... absolument Nécessaires ! Vouloir tout tout de suite Imposer un délai Oublier convictions et création La beauté de la création de l'artiste Et en plus Nier la conscience et le travail d'autrui Ce serait contre mon idéologie  Eh oui ! »

    BRIGITTE : « … Te dire que je soutiens à fond, à fond, le projet Ahimsâ l'instant neige, que je soutiens le temps qu'il faut lui donner car notre monde amène tous les jours des rebondissements et le projet de départ se gonfle et se gonfle. Comme tu dis « ne rien lâcher, ne rien lâcher ». Bravo pour ta créativité, ta fidélité à ce que tu es . Merci d'exister. Et toute mon amitié ».

    GENEVIEVE : « Oui, oui, je renouvelle ma confiance pour l'incubation d'Ahimsâ l'instant neige. Je me doute que ce voyage n'est pas de tout repos... mais néanmoins fort riche et profond. Bien sûr, deux ans de plus à attendre, ça me semble long et cela réveille mon impatience mais je sais aussi que tout ce temps est bien précieux pour entrer dans les profondeurs. Et puis aussi l'actualité qui sollicite notre engagement ici et là pour protéger la vie dans tous les domaines... longs apprentis-sages pour vivre ensemble . Pas à pas et main dans les mains sur le chemin.»

    Note : Dans son courrier, Bruno, m'adresse les reproches de vous avoir mis devant des faits accomplis et de ne pas vous avoir consulté pour décider d'augmenter la pagination et de passer d'un seul ouvrage annoncé à plusieurs, de jongler à mon gré avec les délais promis. Depuis le lancement du financement participatif j'ai essayé de faire de mon mieux pour rester accessible par des rencontres directes, par mail, par téléphone ou par courriers postaux auxquelles j'ai souvent répondu personnellement.

    Une consultation s'est ainsi faite indirectement : une dame m'a demandé si la violence faite aux animaux serait évoqué dans l'histoire. Une autre, de même, concernant la violence faite aux enfants. Un contributeur du sud de la France m'a adressé une longue missive pour me demander de faire un livre plus court, de seulement trente pages, afin qu'il soit vite disponible et surtout pour que le livre ait un coût minime le rendant abordable au pouvoir d'achat les plus faibles.

    Mon travail consiste-t-il à vouloir satisfaire tout le monde, à répondre à toutes les requêtes en intégrant dans mon histoire tous les sujets qui importent à chacun ? Bien que je sois attentif à toutes les remarques et suggestions, cela me semble tout simplement impossible... ou alors en mettant tout dans un ordinateur pour qu'il ponde la feuille de route du livre idéal, nécessairement consensuel, mais nivelé par le bas et à l'opposé de ce que je vous ai proposé.

    J'assume les choix m'ayant amené à découper Ahimsâ en plusieurs parties et donc en plusieurs livres. Ce sera l'objet principal de mon prochain carnet de BorD. Je vous expliquerais alors plus longuement et en détail ma démarche et mon propos concernant les violences et la non-violence, ainsi que les approches qui m'ont progressivement amené à ne plus pouvoir me contenter d'être uniquement «  un raconteur d'histoires  » mais de devenir également un peu anthropologue, un peu sociologue, un peu philosophe, un peu scientifique, et même un peu archéologue (par contre, journaliste, je n'y parviens pas). Tant de compétences auxquelles je n'étais pas préparé et que j'ai dû développer sans assistants, sans formation, avec peu de moyens, mais avec la conviction que c'était indispensable pour mener à bien mon entreprise telle que je vous en avais partagé l'ambition.

    A propos du temps qui passe…

    … Une citation, un petit dessin et un petit livre que je vous invite à lire :

    Et quiconque me demandera encore

    s’il est une justice en ce monde,

    qu’il se contente de cette réponse :

    pour l’instant non,

    tout du moins pas jusqu’à ce vendredi.

    Alfred DÖBLIN

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Illustration... que je réactualise tous les ans !

     

     

    Voici un court ouvrage qui fait découvrir quelques coulisses de la création d'un livre et qui contient de nombreuses pépites tout à fait saisissantes. Tout d'abord le style littéraire qui est d'une rare richesse grammaticale et syntaxique. Cette écriture élégante et ciselée qui dit toute une époque mais qui ne pourrait plus s'exprimer de nos jours sans paraître d'un temps révolu, certains diraient suranné.

    Le thème ensuite qui ne pouvait que me toucher personnellement en tant qu'auteur, pour ce qu'il dit des « hauts et débats » qui animent l'esprit d'un passionné lorsqu'il mène la quête absolue et pleine de rebondissements d'aller jusqu'au bout d'une entreprise hors normes.

    Me hasarder dans des  « Toute ressemblance avec des personnages ou des événements existants, etc... » , du genre « L'auteur avait estimé qu'il lui faudrait six années pour terminer son livre mais cela lui en prit finalement quatorze ! », serait périlleux et je ne m'y risquerai pas.

    « COMMENT J'AI FAIT MON DICTIONNAIRE » est un livre petit format de 92 pages, au prix abordable de 6,50 euros, paru en 2010 dans « La petite collection des éditions de Sonneur »

    … Et voilà pour aujourd'hui !

    Ce CARNET DE BorD était un gros pavé, sans doute pour me faire pardonner ce long temps sans vous donner de nouvelles, un pavé à l'image de ce que vous découvrirez lorsque sortira AHIMSÂ, un pavé dans tous les sens du terme, même le plus imagé, comme je crois travailler à vous en préparer le surprise !

    J'espère à l'avenir réussir à vous informer plus régulièrement et, en attendant, je vos adresse mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année et je vous dis à très bientôt.

    Dominique

    Nous voulons des coquelicots

    Tous les premiers vendredis de chaque mois, depuis octobre 2018, partout en France, nous sommes de plus en plus nombreux à nous retrouver devant nos mairies pour dire « STOP AUX PESTICIDES, nous voulons des coquelicots ! »

    Depuis trois ans, j'ai progressivement cessé toutes autres activités pour rester concentré sur AHIMSÂ... mais je fais encore exception une heure par mois, de 18h à 19h, pour créer quelques visuels et m'associer à ce mouvement citoyen. 

     

     

    Actualité OGM

    Deux de mes personnages AHIMSÂ, Brigitte et Marc, sont un couple d'activistes non-violents impliqués dans diverses luttes et particulièrement dans celle contre les OGM. Je vous partage ce dessin que j'ai réalisé il y a dix ans d'après la fameuse toile de DELACROIX et qui a servi l'histoire déjà longue des Faucheurs Volontaires d'OGM pour de multiples usages et sous divers supports (affiches, tracts, étiquettes de vin et de bière Bio, verres en plastique recyclables, banderoles ).

    L'occasion m'en est donnée car en janvier dernier la justice a rendu un verdict historique : pour la première fois un tribunal n'a pas fait appel d'une décision de relaxe de Faucheurs inculpés pour avoir neutralisé des parcelles de soja transgénique ! Il s'agit d'une belle victoire qui encourage à l'engagement, comme l'a exprimé à sa manière Thierry d'Anjou à la sortie d'un procès : « Si à 50 ans tu n'as pas une relaxe, tu as raté ta vie ! »

    Mes petites abeilles

    … Elles existent désormais en posters et en tee-shirts, pour le moment réservées à la vente par les associations engagées dans la défense des abeilles et la lutte pour leur sauvegarde.

    Styles graphiques

    Je pratique de nombreux styles graphiques très différents les uns des autres, cherchant constamment à obtenir celui dont la forme illustrera au mieux le fond de mon propos. Pour AHIMSÂ, cela a pris un long temps à trouver et mes tentatives sont passées par de nombreuses étapes plus ou moins heureuses. Je « tiens » désormais ce style mais il restera secret jusqu'au bout afin que la surprise reste entière à sa parution.

    Par contre cela ne m'empêche pas de vous montrer quelques essais que je n'ai finalement pas retenus. Ici, il s'agit de mes recherches en couleur informatique. J'ai du abandonner cette option car je ne maîtrise pas suffisamment ces nouvelles technologies, et qu'elles me prenaient plus de temps en tâtonnements qu'elles ne m'en faisaient gagner. AHIMSÂ sera donc finalement colorié « à l'ancienne », c'est à dire en couleurs directes à l'encre.

    Discret malaise entre artistes

    Ces dernières semaines, les Gilets Jaunes en appellent aux soutiens de nombreuses voix publiques et spécifiquement celles des artistes. Effectivement, et étrangement, la grande majorité des créateurs, écrivains, acteurs, musiciens, peintres, sont restés dans l'expectative et très silencieux, moi y compris, pendant toutes les premières semaines du mouvement, se demandant comme beaucoup ce qu'il se passait, qui était qui, et peut-être même comment le vent allait tourner ?

    Beaucoup de personnalités des Arts ou de la Culture, qui par ailleurs s'affichent comme « engagés » dans leurs différentes prises de parole, étaient aux abonnés absents, poursuivant néanmoins, pour les plus médiatisés (ce qui est loin d'être le cas d'une grande majorité de ceux qui pratiquent une activité artistique), la tournée de promotion de leurs nouveautés afin de les « vendre » aux classes moyennes et populaires, qui sont les publics qui majoritairement leur permettent de vivre... et d'avoir le privilège d'accéder à cette même parole publique.

    Mais enfin quelques voix s'éclaircissent et plus particulièrement celles de créateurs investis depuis longtemps dans l'éducation populaire. Je pense par exemple à Franck LEPAGE, co-inventeur du Pavé et des conférences gesticulées, qui « nous » invite à écouter la parole de ceux qui souvent pour le première fois la prennent. « ON » exige que les femmes et les hommes qui pendant des décennies n'ont eu « ni voix ni voies » au chapitre s'expriment « mieux », qu'ils sachent spontanément construire leurs discours, qu'ils s'organisent en quelques semaines en parti politique, c'est à dire qu'ils adoptent les « codes » de ceux qui en ont confisqué l'exclusivité depuis si longtemps !

    Certains feignant même de se demander pudiquement « où sont les jeunes et les habitants des quartiers », sans lesquels tout d'un coup leurs paroles ne seraient pas représentatives ou complètes ! Comment s'étonner alors que les Gilets Jaunes refusent de soustraire du fond et de la forme des débats les codes qu'ils sont en train d'inventer (souvent avec une formidable imagination valant bien celle « des professionnels »), pour eux-mêmes et pour la majorité qui ne veut plus être silencieuse ? Franck nous invite à écouter et à entendre !

    Je pense également à David AYALA, auteur, comédien et metteur en scène, qui interpelle avec virulence les « artistes people » à propos de la « violence culturelle » dont ils sont trop souvent les messagers de classe au gré de leurs errements et égocentrismes artistiques. La grande majorité des artistes n'oublie pas leurs origines mais certains sont parfois eux aussi victimes de la course à la reconnaissance et au succès pouvant les mener vers des lignes d'arrivées « hors sol » et indécentes.

    La « violence culturelle » est l'une des douze formes de violence que je traite au travers des douze personnages principaux d'AHIMS : Sam et Jean-Philippe sont tous les deux très « créatifs », chacun à sa manière, mais leurs visions de « l'Art » et de la « Culture » sembleront, un temps, définitivement irréconciliables !...

    Alternatives non-violentes

    Depuis 7 numéros, je réalise quatre à cinq dessins dans chaque nouvelle parution du trimestriel ALTERNATIVES NON-VIOLENTE. Cette revue était partenaire du financement participatif d'AHIMSÂ et, pour moi, collaborer à ce travail prolonge la connaissance et l'actualisation de la réflexion qui charpente mon roman graphique. Voici quelques uns d'entre eux présentés hors contexte et dont je vous invite à découvrir les textes qu'ils illustrent en vous abonnant à ce journal nécessaire.

    Glyphosate suite

    Il y a des actions citoyennes qui sont plutôt beaucoup moins « violentes » que d'autres... surtout lorsqu'elles concernent chacun d'entre nous, qu'elles consistent à faire ce que nous faisons tous tous les jours, qu'elles sont une bonne occasion de rencontrer des personne sympas, d'échanger nos motivations respectives et, pour le coup, qui peuvent faire l'objet de franches bonnes rigolades ! Pisser est, « à priori », à la portée de tout le monde et c'est justement ce que proposent « LES PISSEURS INVOLONTAIRES DE GLYPHOSATE ».

    En quelques semaines, de nombreux collectifs se sont formés dans le pays et déjà plusieurs milliers de personnes se sont organisés pour faire un prélèvement de leur urine en présence d'un huissier certifié qui ensuite envoie les échantillons à un laboratoire allemand indépendant. Le constat est sans appel : 100% des Pisseurs a dans son pipi un taux de glyphosate de 10 à 30 fois supérieur aux normes établies !

    Il y a un peu plus d'un an, à l'occasion du procès de sept d'entre-nous pour mise « hors de service » de bidons de Round-up dans plusieurs magasins bretons, j'avais proposé que nous inscrivions chacun notre taux de glyphosate sur nos tee-shirts : cela n'a pas manqué de fortement impressionner Madame la juge !

     

    Depuis, le collectif ariégeois a réalisé à partir de cette idée une formidable vidéo pour lancer le campagne nationale des Pisseurs. Vous pouvez la découvrir en cliquant sur le lien ci-après et ainsi découvrir la procédure à suivre si vous avec vous aussi un grosssse envie  www.campagneglyphosate.com

    Le 20 novembre dernier, plusieurs dizaines de « Pisseurs » ont simultanément porté plainte contre l'Etat pour empoisonnement auprès des tribunaux de leur département. A suivre !...

  • CARNET DE BorD N°5 – Janvier 2018

    Chères contributrices et chers contributeurs,

    Cette nouvelle lettre, nous avons eu à cœur de vous la faire parvenir par voie postale car plusieurs d’entre vous nous ont signalé ne pas recevoir nos informations via Internet. De même, vous avez été plusieurs à trouver les précédents mails trop espacés et/ou trop longs à lire, nous suggérant des messages plus succins et plus réguliers.

    Plus généralement vous vous demandez, et c’est tout à fait légitime, à quelle date « AHIMSÂ l’instant neige » sortira enfin, ceci d’autant plus que nous avions dans un premier temps annoncé sa parution avant la fin de l’année 2017.

    Dans le Carnet de BorD N°4 de juillet dernier, nous vous informions de changements importants survenus et il est donc nécessaire de les signaler à nouveau afin que vous ayez tous les éléments d’appréciation sur l’évolution de notre projet ... 

    La suite dans le courrier postal que vous devriez recevoir très prochainement (si ce n'est pas déjà fait !)

  • Carnet de BorD n°4 - Juin 2017

    Une fois n’est pas coutume c’est le président des Dessin’Acteurs qui prend la plume (électronique) pour ce 4e opus du Carnet de BorD. Car si vous avez fais connaissance avec nos 2 “capitaines” nous n’avons pas beaucoup parlé de l’association qui porte le projet « Ahimsa l'instant neige ». Notre petite association est actuellement pilotée par un bureau de 3 personnes, Dominique la trésorière, Etienne, le secrétaire et moi même, Lionel, président depuis quelques années et bien entendu nous pouvons compter sur quelques bénévoles, comme dans toutes associations.

    En tant que président j’ai pu, à l’époque, découvrir la création de A à Z d’un album comme « Faucheurs Volontaires » que certains d’entre vous ont reçu comme contribution. Pour cet ouvrage paru en 2010, le fil conducteur était de montrer un panorama des actions et de la vie des faucheurs volontaires, un album conçu comme pouvant servir de passeport pour comprendre pourquoi eux ils ont choisi de dire non ! Cela aura été une longue aventure où nous (association) avons pris des risques : financiers en empruntant de l’argent, mais aussi créatifs en proposant à un collectif d’auteurs de dessiner, d’illustrer ou d’écrire sur ce sujet. Mais nous sommes fiers du résultat !  

    Alors quand nos 2 “capitaines” sont venus nous présenter ce nouveau projet « Ahimsa l'instant neige » nous avons décidé de le soutenir. Nous savions que cela serait compliqué, long, éprouvant même, mais au final nous sommes convaincu que le résultat sera, là aussi, à la hauteur de nos espérances.

    Mais la vie sur un navire n’est pas simple, nous nous en doutions ... et après quelques semaines sans trop de nouvelles de nos 2 comparses, nous avons appris que des divergences faisaient jour dans le projet. Cela aura été l’occasion de faire le point et de signaler que vous, les contributeurs de ce projet, aviez besoin de savoir vers où voguait le “navire” Ahimsa. En effet le dernier carnet de BorD remonte à Décembre 2016 ce qui fait beaucoup … et en même temps peu dans la vie de la création d’ouvrage.

    Toujours est-il que le “navire” aura dû traverser une zone de fortes tempêtes qui aura mené nos 2 “capitaines” à nous signaler que le projet n’allait plus se faire à deux … Ils vous expliquent cela dans cette première partie du Carnet de BorD.

    La parole à Etienne pour commencer :

    Chers contributeurs, chères contributrices, bonjour à toutes et tous,

    Aujourd'hui est un jour particulier car je vous annonce mon départ du projet « Ahimsa l'instant neige » et laisse Dominique seul à la barre éditoriale. Soyez rassuré : cette décision mûrie et maintenant sereine n'engage pas son avenir, il y aura bien un roman graphique de bande dessinée sur le thème de la non-violence comme vous l'avez plébiscité en soutenant financièrement cette aventure.

    J'en suis d'ailleurs encore personnellement très touché et j'ai beaucoup de gratitude pour cet élan collectif qui a permit de mettre sur les rails sa réalisation. Nonobstant notre approche du thème central qui s'est révélée petit à petit différente, et des problématiques humaines entre nous qui se sont déclarées pour l'heure insolubles, j'ai donc décidé de me retirer.

    L'histoire poursuit dorénavant son chemin sous les crayons de Dominique comme vous pouvez le constater régulièrement dans les carnets de bords. Je souhaite à « Ahimsa l'instant neige » un bel avenir.

    A vous toutes et tous je vous remercie de votre compréhension et, une nouvelle fois, de votre soutien.

    Etienne

    Etienne n’était pas que l’un de ces 2 “capitaines” à la barre du navire, il était aussi secrétaire de l’association. Et sa décision concernant le projet « Ahimsa l'instant neige » se sera accompagné de sa décision de démissionner de ce poste. Merci à lui d’avoir accompagné la vie des Dessin’Acteurs depuis « Faucheurs Volontaires », d’avoir apporté son énergie, ses envies, ses idées, ses compétences pour que le projet de notre association puisse se poursuivre. Bonne route pour ton nouveau projet de vie et à très bientôt !

    Comme l’indique Etienne, Dom’ est maintenant seul … mais pour l’avoir rencontré et discuté avec lui il y a quelques jours, je peux vous assurer que le projet « Ahimsa l'instant neige » se poursuit (avec un peu de retard sur ce que nous avions prévu) mais qu’il se transforme aussi en quelque chose de beaucoup plus grand que ce que nous avions imaginé au départ (enfin moi je m’en doutais un peu connaissant plutôt bien l’ami Dom’, mais chut faut pas lui dire …).

    Nous lui laissons la plume pour la suite de ce Carnet de BorD n°4 !

    Voilà déjà cinq ans que le projet « AHIMSÂ l’instant neige » a débuté et un peu plus de deux ans que vous en êtes contributeur.

    Les trois premières années, avec des moyens limités par rapport à l’étendue du sujet, le travail d’Etienne et le mien fût celui de l’introspection et des recherches, celui des rencontres et des voyages, celui des nombreuses pistes et hypothèses, l’exploration de la non-violence dans ses aspects les plus connus mais aussi les plus surprenants, certains doutes ou certitudes venant bousculer nos propres convictions.

    En matière de création les choses sont toujours incertaines quand il s’agit d’imagination et de recherches, de gestations et de maturations, de mise au point d’une œuvre originale qui au final devra être compréhensible et abordable par tous.

    Plus encore lorsqu’il s’agit d’une création inédite comme c’est le cas pour AHIMSÂ l’instant neige, car il s’agit de mettre à jour un thème et une approche narrative jamais traités et réalisés en bande dessiné! Les délais projetés en souffrent et nous pouvons seulement vous assurer de l’obstination et de la constance de notre travail pour ne pas dévier de l’ambition promise.

    2 tômes pour « Ahimsa l'instant neige » !

    De fait, raconter une histoire chorale avec une douzaine de personnages principaux qui ont chacun leur parcours de vie, qui se croisent, se rencontrent pour enfin faire vivre ensemble la non-violence, demandait de prendre le temps, donc des pages supplémentaires, pour installer le cheminement de chaque trajectoire individuelle et collective. Faire l’impasse sur leurs destinées pour aller directement aux aspects les plus spectaculaires du livre en laissant de côté leurs vies intimes et privées n’aurait pas permis de les connaître vraiment et de comprendre toutes les sources de leurs évolutions respectives.

    C’est ce que permet la coupure du récit en deux tomes : offrir « deux temps » à chaque personnage. Le premier plus personnel, le second plus collectif, l’un et l’autre étant devenu indissociables. L’histoire a imposé son rythme et sa distance, les personnages se sont étoffés et ont demandé à s’installer sur la longueur! L’histoire s’est considérablement enrichie de par les thèmes qu’elle porte et notre collaboration entre Etienne et moi a permis cela.

    A plus d’un titre, la part de chemin à deux auteurs, puis chacun de son côté, a fait ressembler nos itinéraires dans la vraie vie à ceux de personnages dans l’histoire d’AHIMSÂ : les routes sont faites pour se suivre, parfois s‘écarter pour mieux se recroiser ou se rejoindre plus loin. L’important est qu’elles ne s’opposent pas mais se complètent.

    Ainsi je poursuis donc AHIMSÂ l’instant neige, plus résolu que jamais.

    Dom

    Story-board

    Comment passe-t-on des 250 pages annoncées à un peu plus de 500, d’un seul album à deux tomes ? 500 pages, c’est l’équivalent de 11 albums BD cartonnés classiques ou l’équivalent de deux à trois romans graphiques. Soit une histoire qui s’installe sur une longue distance, multipliant d’autant le temps et les moyens de travail nécessaire. Pour illustrer l’ambition d’AHIMSÂ l’instant neige, le plus simple est de vous livrer l’exemple de la création d’une séquence.

    Il y a au moins cinq étapes pour la réalisation d’une histoire en bande dessinée. D’abord celle abstraire et théorique des envies et des idées. Puis vient l’étape consistant à les rendre incarnées en les nourrissant d’explorations, de recherches et documentations diverses. Ensuite ce sera l’écriture d’un script plus ou moins détaillé pour construire la logique d’une histoire et établir les choix qui lui sont propres. S’en suit un story-board plus fourni qui met en place les personnages, l’ambiance, le rythme, les cadrages, le peaufinage des dialogues. En quelque sorte tout ce qui donnera « le style ». Enfin seulement peuvent exister les pages définitives « au propre ». Toutes ces étapes se nourrissent mutuellement, s’interpellent et enrichissent l’histoire en apportant des nouvelles idées, des améliorations, des bouleversements, des renoncements ou des avancées. Elles sont toutes importantes pour ciseler ce que deviendra le récit en définitive.

    Il n’est pas facile de présenter toutes ces étapes car la plupart du temps elles sont un langage interne, c'est-à-dire qu’elles ne sont pas élaborées pour être montrées. Parce qu’elles sont le plus souvent « techniques » et pas toujours compréhensibles ou montrables en dehors du contexte général du récit. Il y a aussi que les révéler à l’avance tue la surprise alors qu’il s’agit d’aspects de l’histoire qu’on réserve pour la lecture du livre à découvrir.

    Malgré tout, voici une courte séquence de cinq pages de story-board qui peut être partagée parce qu’elle s’articule autour d’une unité d’action, à savoir un jeu de société, et qu’elle peut en partie se lire indépendamment du reste de l’histoire :

    Dans le premier script, juste avant la phase du story-board, il y avait seulement écrit « Brigitte est chez elle et reçoit un appel téléphonique important. » En texte, c’est court, ça va à l’essentiel, ça ne prend qu’une seule ligne. Traduit en pagination BD, cela n’aurait dû faire que cinq ou six cases, soit une demi-page dessinée. Mais voilà : dans la phrase il y a « est chez elle ».

    Brigitte est présente dans toute l’histoire en tant que militante non-violente, très engagée dans les luttes contre le nucléaire ou les OGM. La plupart du temps nous la voyions sur le terrain et dans le cadre d’actions collective, le plus souvent spectaculaires. Mais, un moment, il devint important que nous fassions connaissance avec elle également dans le cadre de sa vie privée afin de comprendre l’origine de son histoire et de ses engagements : chez elle, en couple, avec sa famille, à son travail ou dans ses diverses occupations. Dès lors sont apparus sa fille, son petit fils et sa petite fille. Cette dernière ayant certains comportements d’autisme, l’occasion de présenter également l’investissement de Brigitte auprès des enfants répondait à plusieurs thèmes et exigences déjà existants à d’autres endroits de l‘histoire. L’idée d’une tablée autour d’un jeu s’est progressivement imposée comme un prétexte idéal pour réunir sa famille.

    Seulement voilà, dans « jeu de société », il y a aussi le mot « société ». Explorer les divers sens que recouvraient cet intitulé - « être en société », « faire société », « la famille comme société en minuscule » - donnait des perspectives nouvelles à cette séquence.

    Dès lors, quel jeu de société choisir pour incarner une métaphore sociétale? Il aurait été plus simple de choisir un jeu déjà existant et connu de tous (et cela aurait pris moins de temps et de travail) : « Le mille bornes » : un jeu de bagnoles polluantes? Bof ! « Le Monopoly » : une compétition sur l’argent spéculatif, sans conflits mais où chacun roule pour sa grosse pomme ? (savez-vous qu’à ce jour il a été imprimé dans le monde plus de billets factices pour le jeu du Monopoly que d’authentiques billets par la banque centrale des Etats-Unis ?).

    Les jeux de société disent effectivement beaucoup sur nos sociétés et ce dernier comme beaucoup d’autres ne pouvaient pas coller avec Brigitte et ses velléités pédagogiques.

    Dès lors il était trop tentant d’inventer spécialement pour la BD un jeu inédit et original, qui suscite curiosité et réflexions pour les joueurs comme pour les lecteurs. Un jeu qui ne serait pas parfait lui non plus mais qui serait à l’image de la période que traverse Brigitte. Ainsi est né le jeu « DAHU ». Encore fallait-il concevoir ce jeu, qu’il soit crédible et tienne la route, qu’on ait envie d’y jouer!

    Ainsi, se sont mis en place, petit à petit, pour une séquence qui ne devait originellement être qu’un simple raccord, des développements et des enjeux latéraux (rapport mère-fille, éducation, couple lesbien, enfant « différent», tensions latentes dues à la fatigue au quotidien,…) qui ont peu à peu grossi la petite phrase du début pour devenir une séquence à part entière avec de multiples développements et corrélations entre elle et d’autres passages du livre. Ainsi ce qui devait ne prendre qu’une demi-page du livre prend désormais quatre à cinq pages de plus. Voilà comment une petite phrase du scénario devient plusieurs jours de travail supplémentaires !

    Beaucoup de films ou de romans très connus et appréciés ont ainsi pris beaucoup plus de volume et de temps que prévu, parfois des années, et explosé délais et budget avant d’aboutir. Mais le plus souvent nous l’ignorons car nous, public, nous les avons découvert seulement une fois terminés, comme tombant à l’instant du ciel : il n’y a pas eu d’attente, seulement la surprise du résultat présenté.

    Avec AHIMSÂ nous sommes dans la situation particulière où nous vous avons invités à suivre en amont le cheminement d’une création. En découvrant les coulisses de ce travail, vous découvrez les gestations et implications que sont les cheminements, parfois les errements et les incertitudes, d’une histoire qui s’installe, d’une histoire lorsqu’elle prend corps et organise sa logique et ses impératifs narratifs; l’histoire invente ses thèmes et ses passerelles pour s’en retrouver enrichie et renforcée. Ficeler tout cela jusqu’à son point d’équilibre est incertain jusqu’au bout et le résultat, subjectif, a l’obligation de satisfaire à toutes les attentes qu’elle a suscité.

    C’est ce long travail de création qui est en cours, toujours en cours, avec patience, résolution et pertinence, il faut espérer.

    Personnages

    Thomas et Côme sont deux des personnages principaux d’AHIMSÂ l’instant neige. Ils ont l’un et l’autre à peu près le même âge. Le premier est un jeune paysan bio qui fait pousser ses céréales et ses légumes sur un lieu de vie collectif où il vit dans une yourte avec sa compagne et leurs trois enfants. Le second est éducateur spécialisé auprès d’enfants autistes mais, baladin solitaire, il prend tous les sept ans une année sabbatique pour aller au hasard sur les routes à la rencontre des autres, de leurs vies et de leurs histoires. Tous deux ont en commun d’être clown amateur : le premier en tant que militant activiste, le second en intervenant comme clown dans les services hospitaliers. Tous deux se rencontrent en début d’histoire… autour d’un nez rouge !

    Très vite, leur amitié nouvelle les poussera à imaginer un spectacle en duo. Très vite également ils découvriront que derrière leurs nez rouges respectifs se cachent de raisons très différentes de prendre le masque de clown : faire rire les autres pour exprimer ses propres colères ou se grimer pour laisser couler pudiquement ses larmes !

    Les mots qui disent la non-violence

    Joyeux printemps

    Merci Dom’ ! Ce nouveau Carnet de BorD aura permis, je pense, de prendre conscience de ce que sera Ahimsa, l’instant neige. Et nous entrons un peu plus dans cet univers si particuliers qui est le vôtre, artistes !

    Je profite d’avoir la plume pour vous indiquer que vous pouvez nous contacter par email ([email protected]). Nous vous apporterons les réponses aux questions que vous vous posez …  mais soyez indulgents pour les délais de réponses car nous sommes bénévoles !

    Lionel

  • Carnet de BorD n°3 - Décembre 2016

    A l’origine, tendre sa main paume ouverte vers quelqu’un pour lui donner le bonjour avait comme sens de montrer à l’autre que l’on n’avait pas de couteau dans la main et donc que l’on avait, sinon des intentions bienveillantes, en tout cas celle de vouloir faire une trêve ou mettre momentanément de côté toute intention hostile. « A l’origine » n’est sans doute pas le terme exact puisque « avant » il y avait sans doute des pratiques moins sociales, voir plus rudes, que chacun peut aisément imaginer. Toujours est-il que cela sous entend que les hommes ont, avec le temps, fait quelques progrès de civilité ou, en tout cas, sont parvenus à établir un code désormais reconnu de tous. Chacun peut avec son libre arbitre proposer à son prochain l’espoir que le pire n’est jamais écrit d’avance et que le meilleur est ou sera possible.

    Aujourd’hui le geste peut être devenu une politesse machinale ayant parfois perdu toute signification de fond. Dès lors, peut-on le considérer comme une intention « non-violente » ? Il y a quelques semaines, un sportif olympique refusait de serrer la main de son adversaire au terme de l’épreuve qui venait de les opposer. Pour des raisons politiques et religieuses semble-t-il. Cela nous a donné l’envie de poser la question de savoir si refuser de donner une poignée de main à une personne qui vous a fait du tort ou qui a eu un comportement détestable envers vous, voir pire, était une attitude violente ou non-violente.

    On peut juger légitime d’affirmer un sentiment envers quelqu’un en lui refusant sa main tendue tout comme on peut estimer devoir dépasser ses ressentiments et l’accorder tout de même. Dans la position inverse, on peut souffrir terriblement de s’être vu refuser la main qu’on tendait, tout comme on peut avoir apprécié de se l’être vu tendue et ainsi s’être vu accordé un retour de confiance faisant évoluer une situation bloquée!

    Peut-être avez-vous fait l’expérience heureuse ou amère de ces quatre situations – donner ou refuser une poignée de main, s’en voir accorder ou refuser une - et nous serions ravi que vous nous fassiez la narration de vos vécus personnels afin de nous puissions nous en inspirer dans le cadre de notre roman BD de fiction « AHIMSÂ l’instant neige »… notamment si l’un de ces cas de figure vous a semblé débloquer un conflit ou offrir la possibilité d’une évolution par rapport à la situation qui présidait « avant ». En d’autres termes, si le fait d’avoir opté pour tel ou tel parti pris aura changé quelque chose ou aura laissé la situation figée ? Nous vous remercions par avance pour vos envois.

    Bonne lecture de ce nouveau CARNET DE BorD et « bise » pour tous en ces fêtes de fin d’année!  

    FARINE

    En cette période de Noël, nos pensées vont aux habitants d’Alep et aux victimes des attentats de Berlin. Les violences n’ont pas de trêve et il est parfois difficile de garder le cap de ses convictions non violentes là où certaines âmes cèdent aux replis primaires ou aux harangues belliqueuses.

    AHIMSÂ l’instant neige naviguera dans ces eaux périlleuses et traitera par la fiction de nos doutes, de nos espoirs et surtout de l’utopie réaliste et concrète que propose la non violence.

    A cette fin, le graphisme de notre bande dessinée sera traité dans un style réaliste et concret, parfois sec et sombre - comment faire autrement - mais aussi lumineux et généreux, nous l’espérons!

    Cependant, l’un de nos personnages sera tout à fait atypique dans le fil de notre récit : il s’agit de Farine et c’est elle que nous avons choisi de vous présenter pour ce CARNET DE BorD des fêtes.

    Sorte de petit prince au féminin, elle est « une esquisse ayant pris vie », qui s’invitera en contrepoint dans la réalité de certains de nos personnages et apportera sa candeur et sa poésie là où les mots ne sauront pas toujours dire l’indicible. Pas question de vous en révéler plus dès à présent - qui elle est, où elle vie, et quel sera son cheminement dans l’histoire - mais nous avons pensé que sa silhouette fragile et paisible serait douce à nos états d’âmes présents.

    Farine est née il y a déjà quelques année sous le crayon de Dom et, avec la complicité du scénariste Gégé, a vécu pendant un an de petites histoires dans les pages du journal « Moi je lis » de éditions MILAN jeunesse. Depuis, elle réapparut spontanément au cours d’une séance d’écriture d’AHIMSÂ et a pris une place singulière au fil des pages de notre histoire. En attendant de découvrir ses aventures à la parution d’AHIMSÂ, nous espérons que vous lui ferez bon accueil avec les quelques strips suivants parut initialement en 2008.

    Jeûne ou grève de la faim ?

    AHIMSÂ l’instant neige ne peut aborder la non-violence active sans aborder la question de « la grève de la faim », qui est l’un des « outils » parfois choisi par des personnes engagées afin de mener leur lutte. Pour la première fois sans doute dans une BD, au travers de l’un de ses personnages, les lecteurs pourront vivre ce que représente le fait de faire un jeûne ou une grève de la faim : la prise de décision, le ressenti physique et psychologique, la préparation individuelle et collective, l’impact public (« Moi, je ne pourrai jamais sauter un repas ! » est la phrase que la majorité des jeûneurs entendent en premier), les stratégies politiques et sociales que cela implique, les conséquences et réactions que cela provoque !

    Du 6 au 9 août dernier, pour la commémoration des catastrophes d’Hiroshima et Nagasaki, cinq jeûneurs ont manifesté leur opposition aux armes atomiques à la presqu’Ile de Crozon dans le Finistère, à quelques kilomètres de la base de sous-marins atomiques français, en cessant de s’alimenter pour exiger un désarmement unilatéral. Bonne occasion pour nous de vivre les choses et les événements « de l’intérieur » afin de les restituer ensuite dans l’une des séquences du livre !

    Les jeûneurs ont rejoint « La marche pour la Paix » le 8 août. Où l’on réalise avec surprise que l’on peut être pour la paix… mais pas contre les armes de dissuasion nucléaire !

    Minute de silence à la mémoire des victimes des bombes atomiques devant le monument aux morts de Brest.

    Visite de trois motards de la gendarmerie nationale. Le commandant nous explique aimablement « Ici, à Crozon, une bonne partie de la population vit du nucléaire et il se peut que certains se montrent agressifs ou violents avec vous : ne cédez pas à la provocation et ne leur répondez pas ! » Merci qui, pour les bons conseils ?

    Discussion passionnante avec Jean, qui a travaillé 8 ans dans l’industrie nucléaire et sait parfaitement expliquer pourquoi il en a démissionné.

    Détente et repos pour les jeûneurs.

    Rupture de jeûne, après quatre jours uniquement à l’eau, avec une merveilleuse soupe de légumes préparée tous ensemble.

    « Mourir pour des idées, d’accord mais de mort lente ! »

    Il y a des thèmes particulièrement délicats à aborder. Par exemple celui de la notion de sacrifice. Le terme est à la fois banalisé (se sacrifier pour ses enfants, pour son travail), édifiant (se sacrifier sa vie pour la patrie) ou sacralisé (le sacrifice du Christ). Pour les uns, le sacrifice est légitimé s’ils y voient de l’héroïsme, pour d’autres s’ils y trouvent un martyr.

    La non-violence active pose nécessairement la question du don de sa vie pour défendre un idéal ou une cause. Dans les combats non-violents, elle a cette particularité d’être un choix intime qui peut s’incarner là où par ailleurs l’action collective est essentielle. Nous commençons seulement à aborder la question car le sujet semble tabou et plusieurs fois nous avons du la retarder tant les discussions que nous tentions de mener étaient difficiles. A suivre…

    Dom a retrouvé dans ses archives l’un de ses dessins (vieux de 36 ans) réalisé lorsqu’il avait seulement 21 ans. Certains thèmes semblent avoir la vie dure car déjà celui du sacrifice était présent… tout comme son goût (incurable) pour les jeux de mots puisqu’il l’avait intitulé « Martyr, c’est mourir un peu ! ».

    Sur le pont

    Nous étions invités à Lorient aux journées d’été d’EUROPE ECOLOGIE LES VERTS avec le stand des Dessin’Acteurs : très bonne ambiance et quelques nouveaux contributeurs AHIMS ! Pour l’occasion, plusieurs tirages de tee-shirts ont été réalisés : le barman du Palais des congrès a fièrement arboré celui de notre livre durant les trois jours !

    A l’invitation du PEUPLE DES DUNES (collectif contre l’extraction de sable en baie de Lannion) nous avons tenu le stand de l’association et l’exposition « Tout va de traviole ! » … au milieu des sables ! L’occasion pour Hélène de partager son enthousiasme et son sourire avec les nombreux participants à cette rencontre Convergences des luttes.

    Agenda

    Etienne et Dom étaient, avec des dizaines de milliers d’autres, à Notre Dame Des landes le 8 octobre dernier pour manifester mais aussi faire des repérages photos et des prises de vues pour une séquence d’AHIMSÂ. Chacun était invité à venir avec un bâton personnalisé et à le planter sur un talus de cent mètres de long : une magnifique œuvre collective que les autorités oseront-elles détruire ?

    Le lendemain, dimanche 9, ils étaient à le foire bio de Guichen (35) sur le stand de l’association LES DESSIN’ACTEURS qui était tenu par Dohina et Nathanaël. Pour l’occasion, nous proposions pour la première fois des tee-shirts « AHIMSÂ l’instant neige » !

    Tribunal Monsanto de La Haye

    Du 14 au 16 octobre 2016 s’est déroulé l’INTERNATINAL MONSANTO TRIBUNAL dans la ville de La Haye aux Pays-Bas : ce vrai-faux procès de Monsanto (l’agent orange, les ogms,…) a été filmé par Marie-Monique ROBIN. Dom a réalisé plusieurs dessins pour cette occasion.

    Le 17 janvier 2017 aura lieu au Mémorial de la Shoah de Paris l’inauguration d’une grande exposition « La Shoah dans la bande dessinée ». Plus de deux cents planches de BD originales seront présentées au public dont une histoire de sept pages, « Le gâteau de Robert », réalisée il y a huit ans par Serge LETENDRE au scénario et DOM aux dessins (Lidwine à l’époque).

    « Les fils de l’Homme » d’Alfonso CUARÔN, film anglo-américain

    Film inclassable et à la fois totalement, absolument, au plus proche de chacun de nous, pour le pire ou le meilleur, c’est selon !

    Parler d’un film suppose de raconter son histoire, d’évoquer le jeu de ses acteurs, de commenter les intentions de sa réalisation! Ici, un seul mot (enfin, neuf !): à voir et revoir, dans toute l’urgence de l’actualité (pourtant le film date « déjà » de 2005)!

    Dire seulement l’incroyable et éblouissante virtuosité de la mise en scène (on se demande comment certaines séquences ont pu être tournées, notamment un long plan séquence dans le dernier tiers du film) et la terrible justesse de situations!...

    Mais foin de phrases exclamatives : ne serait-ce que pour la beauté unique de « l’instant neige » : la femme descendant l’escalier d’un immeuble avec son bébé en pleurs dans les bras, et l’ambivalence que suggère ce passage (les pleurs du bébé n’arrêteront pas le combat mais sauveront la mère et l’enfant), vous ne pouvez passer à côté de la puissance narrative de cette histoire (!).

  • Carnet de BorD n°2 - Juin 2016

    Vous avez été nombreux à nous avoir donné des retours enthousiastes concernant notre premier CARNET DE BorD en mars dernier et cela nous encourage à poursuivre ce lien avec vous.

    Nous vous avions promis un envoi tous les deux mois et là, ça va faire deux mois et demi que nous ne vous avions pas donné de nouvelles. Rhaaa, les délais, les délais !

    Nous tâcherons donc de mieux tenir nos échéances afin d’alimenter ce précieux rendez-vous ensemble tous les deux mois et demi, ce qui fera le troisième CARNET DE BorD pour la rentrée de septembre.  

    Mais d’ici là nous avons un problème à régler avec vous : qu’est-ce que nous devons vous montrer ou pas? Il va y avoir encore un long temps à attendre d’ici la parution du livre et votre intérêt vis-à-vis de notre travail ira sans doute croissant. Cela est bien normal mais pour autant… devons nous vous révéler à l’avance toutes nos réflexions sur la non-violence, tous les développements du scénario et toutes les surprises des dessins que seule la lecture d’AHIMS–le livre à sa sortie devrait vous faire découvrir ?

    Devons-nous prendre le risque de dévoiler « à l’avance » nos intentions narratives, nos rebondissements ou nos inventions graphiques émaillant la mise en scène ? Rien ? Tout ou une partie seulement ?

    Devons-nous peu ou prou vous décrire et détailler nos personnages au risque qu’ils ne vous surprennent plus à la lecture du roman graphique ?

    Quels passages choisir : des séquences entières ? Quelques pages de-ci de-là ? Choisir de partager avec vous uniquement quelques détails qui ne dévoilent pas trop « notre cuisine », qui ne lève pas trop le voile sur ce qui vous attend ? …tout en attisant votre légitime curiosité !

    Ceci encore : vos imaginations galopantes faisant bon train, n’allez-vous pas imaginer vos propres visions AHIMSÂ au risque qu’elles soient différentes de la notre et qu’il y ait des déceptions ?

    Allez, pour cette fois, nous vous montrons ci-après quelques petits passages extraits du story-board et nous verrons bien d’ici la prochaine lettre ! Vous ne manquerez pas de nous le dire.

    Bonne lecture et à bientôt !

    Story-board

    Comme nous vous l’expliquions dans la précédente lettre, le story-board n’est qu’une étape avant le passage au dessin définitif. Il est généralement sommaire et dessiné rapidement, les couleurs ne sont que des repaires indicatifs, les visages sont encore approximatifs, l’important à ce stade étant de caller tout ce qui concerne la pagination, le nombre de cases par page, les angles de vues ou les dialogues.

    L’aspect graphique sera travaillé et fouillé plus tard. Pour le moment, on étalonne, on multiplie les possibilités de mise en scène, on voit ce qui fonctionne ou pas, on retranche, on découpe, on suit de nouvelles pistes, on explore les meilleures options visuelles… Au total, la lecture doit être claire, fluide et prenante avant de passer à la planche à dessin.

    Ce travail avance bien et est d’autant plus important que notre sujet traite de toute la richesse et de toute la complexité de notre monde (les violences et la non-violence n’étant le plus souvent que les parties visibles de cette richesse et de cette complexité) et qu’à son image notre récit se doit de les traduire et de les rendre de manières les plus accessibles possibles au travers de personnages et de situations multiples et plurielles : pour dire simplement les choses, le fond est compliqué mais la forme doit être évidente à la lecture.

    C’est sans doute pour cela que le story-board est souvent la part la plus stimulante et la plus dynamique de la création d’une BD et que nous prenons un réel plaisir à voir se déployer notre histoire : on y voit peu à peu vivre et parler les personnages, ILS EXISTENT ENFIN ET ON SE MET A LES AIMER !

    Voici, partiellement, quelques uns de nos nombreux personnages, en espérant que vous les aimerez vous aussi :

    Marie est une petite femme discrète qui approche la soixantaine. Elle est secrétaire de direction dans une petite entreprise locale, conseillère municipale et investie dans toutes les associations de sa ville. Elle vit seule et son problème est d’être transparente aux yeux de tous : on se sert de sa bonne volonté mais on n’écoute jamais vraiment ce qu’elle a à dire.

    Cette séquence, qui la montre victime d’une méprise, est un bon exemple de l’utilité d’un story-board avant de passer à la réalisation finale et définitive des pages : notre intention est de montrer qu’elle se voit redevenir la petite fille (qu’elle est restée ?) chaque fois qu’elle se retrouve dans une situation où le ton monte et qu’elle est en prise avec de la violence verbale. Instantanément, ça la tétanise et elle ne peut plus ouvrir la bouche. Nous aurons donc plusieurs séquences où elle apparaît « gamine » dans une situation « d’aujourd’hui » afin de bien faire comprendre ce retour en enfance dont certains souvenirs la traumatisent toujours cinquante ans plus tard.

    Peut-être ici, au stade de brouillon, est-ce représenté trop rapidement et manque-il quelques cases intermédiaires (notamment entre les cases 1 et 2 de la deuxième page) afin qu’on comprenne bien ce que ressent Marie ?????

    Il y a aussi que Mr Berger semble un peu trop caricatural alors qu’il est plutôt sympa et apprécié dans son quartier : il est juste en colère le temps de cette séquence, comme ça peut arriver à tout le monde. Dans les pages au propre, le style graphique sera moins exagéré et la nature avenante du boucher devra être évidente dans ce passage comme dans les autres où nous le suivrons.

    … C’était la séquence « Les milles questions que doivent se poser les scénaristes » à chaque case, à chaque bulle, à chaque découpage : comment exprimer le plus clairement et le plus lisiblement possible les intentions que l’on veut rendre. Habituellement, le lecteur n’a pas connaissance de ces coulisses, mais il ressent si une histoire fonctionne ou pas et donc s’il est « dans » l’histoire ou s’il passe à côté.

    Les arbres sont l’un des liens qui rassembleront tous les personnages du livre au fur et à mesure du récit. Côme, comme tous les autres, est associé à un arbre en particulier : ici, il s’agit de l’instant où il découvre le sien, un Hêtre. 

    Chemin de vie. Eloïne fait la route depuis deux ans. Elle va de festival en festival, de ZAD en ZAD, au fil des jours, partout où elle peut éprouver ses extrêmes, parfois avec violence.

    Pour autant elle n’est pas tout à fait une « punkette à chien » ou une « zadiste » : les tags qu’elle laisse sur les bords des routes de France dessineront la carte de son l’itinéraire et traceront le parcours de sa quête, une errance qui l’amènera à se découvrir elle-même au travers des autres. Les lecteurs d’AHIMSÂ apprendront peut-être à ne pas (trop) la juger puis à l’aimer au-delà de ses apparences…

    Marc est un invétéré amateur de jeux de mots et son entourage ne manque pas de lui faire remarquer qu’ils ne sont pas toujours de bon goût, parfois gratuits et souvent au ras des pâquerettes (niveau qu’il aime bien par ailleurs, étant militant écologiste). Mais c’est plus fort que lui et, même si son plaisir n’est pas toujours partagé, il n’en loupe jamais un.

    Vous n’y échapperez pas dans AHIMSÂ,… jusqu’à son dernier calembour, qui sera peut-être l’un de ses meilleurs ?!

    Notre financement participatif se poursuit…

    Grâce à vous nous pouvons sereinement travailler depuis un peu plus d’un an et nous vous en sommes infiniment reconnaissants. Le succès du financement participatif ULULE nous permet d’être autonome et indépendant le temps de la création de l’histoire et c’est un confort précieux que nous vous devons.

    Pour autant la somme que nous avons atteint ne pourra pas couvrir à elle seule la totalité des moyens qui nous seront nécessaires afin de jouir de cette liberté singulière et originale jusqu’au moment attendu de l’édition.

    C’est pourquoi nous poursuivons nos offres de souscriptions sur le site de l’association LES DESSIN’ACTEURS : n’hésitez pas à en parler autour de vous car nous avions édité le livret et les cartes postales en quantités suffisantes et il en reste encore quelques centaines d’exemplaires à faire découvrir.

    Il s’agit d’argent, bien sûr, mais aussi et surtout de partager notre aventure éditoriale avec le plus grand nombre de personnes tout comme, avec vous, de préparer le plus largement possible l’accueil public qui pourra être fait au livre lorsque celui-ci paraîtra… Et tout cela sans l’aide d’aucun sponsor ni d’aucune multinationale, vous vous en doutez bien !

    Pages originales

    Afin de poursuivre notre financement autonome de la création d’AHIMSÂ, nous proposons toujours aux amateurs et collectionneurs de BD d’acheter à l’avance l’une des pages originales de notre roman graphique. Lorsque le livre sera terminé, les souscripteurs pourront choisir la page de leur choix.

    Cette acquisition pourra sembler onéreuse mais, par rapport aux prix pratiqués dans les ventes en galerie ou aux enchères, reste très abordable d’autant qu’avec la planche originale signée nous donneront également la page de story-board correspondante ainsi que sa version couleur, soit trois versions d’une même page qui offriront le plaisir d’accrocher à son mur les trois étapes de sa réalisation.

    Rappel pour tous ceux qui ont déjà choisi (ou qui choisiront encore) l’option où ils apparaîtront eux-mêmes dessinés en tant que personnage secondaire dans l’histoire, nous rappelons qu’il sera bientôt nécessaire de nos envoyer des photos de vous afin que nous puissions vous trouver une bonne place dans le récit. Une dizaine de cliché devrait suffire : vous de plein pied sous différents angles mais aussi, important, quelques gros plans de votre visage avec, si possible, des expressions diverses et variées (sérieux, souriant, en train de parler, etc).

    A envoyer à l’adresse postale des DESSIN’ACTEURS, « projet AHIMS », Kergadoret 22160 CALANHEL. Nous avons déjà reçu les photos d’Hervé et celles de Thomas.

    Merci par avance aux autres d’inscrire dès cet été à leur agenda de ne pas oublier de faire cette petite séance « d’autoportraits » (encore que l’un des acquéreurs, dont nous tairons le nom, a choisi de nous envoyer des photos de son fils afin de lui faire une surprise à la sortie du livre) et nous les faire parvenir !

    Les Bordées des DESSIN’ACTEURS

    L’association était présente à la manifestation contre la centrale nucléaire de Brennilis à l’occasion des trente ans de l’explosion de celle de Tchernobyl ainsi qu’à Paris le 14 mai pour la journée de débats, rencontres et concerts du NVday organisé par NON VOILENCE XXI.

    Le stand des Dessin’Acteurs et surtout les panneaux d’exposition d’Ahimsâ et des dessins du livre « Tout va de traviole ! » de Dom attirent beaucoup de monde et remportent un beau succès : ils sont autant d’occasions pour échanger sur notre album à venir ainsi que pour rencontrer les nouveaux contributeurs (plus de 800 à ce jour) qui nous rejoignent et décident de soutenir la poursuite notre campagne de financement participatif grâce aux flyers que nous avons édités.

    Ces deux dates furent également l’occasion d’évoquer la mise en place de l’organisation du jeûne international qui aura lieu du 6 au 9 août prochain pour l’anniversaire des soixante ans d’Hiroshima et Nagasaki.

    Dom, sauf empêchement de dernière minute, devrait rejoindre le groupe de l’Ile Longue, face à la base de sous-marins français de la Presqu’île de Crozon, et faire le jeûne de quatre jours : l’un des personnages d’AHIMSÂ faisant dans l’album un jeûne contre le nucléaire, il sera bien placé pour retranscrire ensuite dans l’histoire ce qu’est un jeûne non-violent « in situ » et en « live ».

    Date également à retenir si vous désirez nous rencontrer : L’ALTERTOUR 2016 (Tour de France en vélo des alternatives) fera le dimanche 24 juillet une étape à l’ECOCENTRE de PLEUMEUR-BODOU.

    L’association y sera présente avec stand et expositions, et bien sûr avec tout l’accueil et toute la disponibilité qui se prête à ce genre de moments partagés !

    Sur le chemin …

    Un contributeur d’AHIMSÂ, Philippe, nous a envoyé le petit mot suivant pour accompagner une photo qu’il a prise en novembre dernier aux étangs de Bassies :

    « Lors d’une randonnée dans les Pyrénées, sur le chemin du retour, nous décidons de photographier le reflet d’un sommet sur le lac… quand notre attention est captée par celui des herbes à la surface de l’eau : les lettres « BD » apparaissent distinctement dans une bulle. J’ai aussitôt pensé à vous, peut-être à cause des cartes postales sur mon bureau ou simplement pour la beauté de l’instant ? Ce message devait vous parvenir ». Réalisé sans trucages, bien sûr …

    Un film « non-violent »

    … ou comment la non-violence est inventée par une petite fille de douze ans !

    « LE SECRET DE TERABITHIA » est une création plutôt rare dans le flot des productions pour enfants et adolescents. Drame fantastique, adapté du roman « Le pont de Térabithia » de Katherine Paterson et adapté en film par Gabor CSUPO en 2007, l’histoire aborde avec finesse des sujets rarement évoqués dans les grosses machines holywoodiennes destinées à un large public.

    Le vrai « secret » de Térabithia est de donner à faire l’apprentissage de l’irréversabilité de la vie, du deuil ou du pouvoir de l’imagination. Une fraîche poésie et des effets spéciaux discrets (qui suggèrent plutôt qu’ils ne montrent) emportent enfants comme adultes sur les frontières (en l’occurrence les ponts) qui vont des dures réalités de la vie quotidienne jusqu’aux rives du merveilleux.

    L’histoire : deux jeunes adolescents, chacun rejeté par les autres pour des raisons différentes, se rencontrent et inventent ensemble un monde imaginaire, TERABITHIA, au sein duquel ils peuvent se protéger mutuellement tout en ouvrant leurs regards et leurs émotions sur le monde,… même si celui-ci peut parfois être terrible !

    A voir ou revoir car, si beaucoup de films savent nous époustoufler avec des tonnes de surenchères visuelles et des torrents de sensations préfabriquées, rarement ceux-ci savent inventer et nous surprendre avec une histoire qui a de l’esprit et du cœur comme celui-ci !

    Une image

    Et en attendant le prochain CARNET DE BorD, nous terminons celui-ci par une photo toute simple qui plairait sans doute à Marc (voir plus haut) : un jeu de mots et de calligraphie anonyme, fait pour les murs et pour donner le plaisir à chacun d’imaginer et de rêver le sens qu’il veut lui donner.