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À la Nuit où j'ai Tremblé

Texte de Magali Mougel Mise en scène de Nicolas Orlando Cie du Kali d'Or

À propos du projet

    Nous jouerons les 29 et 30 novembre et le 2 décembre 2013 à 20h à Lilas en scène dans le cadre de la manifestation culturelle Mon voisin est un artiste

    Le spectacle sera reprit les 3 et 4 mars 2014 au Théâtre de la Cîté Internationale dans le cadre du Festival JT14

Nous nous sommes donc réunis autour de la question amoureuse…


    De cette première étape de travail est né un point de départ pour chacun des
membres de notre groupe – auteure, scénographe, acteurs, costumières…–
qui nous permettra de créer un objet artistique axé autour d’un processus de
travail qui nous est propre et que nous partageons désormais les uns avec les
autres… De l’improvisation à la variation c’est un langage commun que nous
avons construit pas à pas.


    De jour en jour s’est dessiné le parti pris d’un théâtre visuel et explosif qui s’apparente
à une parole narratrice. Au sein de ce travail en chantier la création
d’image a induit l’écriture même si certaines propositions de l’auteur pouvaient
nous amener à inverser le processus: l’écriture nourrissait également les
images à certaines occasions.


   À force de propositions et autres règles du jeu, Il nous est vite apparut que le
point de départ de l’imaginaire collectif se constituait à partir d’un imaginaire
individuel. Cela mis bout à bout, d’échanges en temps de jeu, tous ces moments
nous ont permis de comprendre l’esthétique et les modalités de notre spectacle
en devenir.


Nicolas Orlando - Metteur en scène

À quoi va servir le financement ?

Nous avons atteint notre objectif de 2000 €

A quoi va servir l'argent récolté en plus?


Décor : 2000€
"La scénographie du spectacle sera évolutive en terme de lieu et d'espace"

Costumes/Maquillages/Coiffures : 1250€
"Un travail proche de chacun sera effectué sur les dix acteurs"

Transport : 750€
"Une auteure Strasbourgeoise, une actrice Lyonnaise et un acteur Anglais"

Communication : 500€
"Des affiches, des flyers, des badges"

Consommable: 250€
"Un festin va se dérouler sur scène"

Imprévus: 250€
"La seule chose que l'on ne peut pas prévoir"



    Je pense qu’en créeant un espace en fonction d’une situation il est important de définir quelque chose qui nous est commun à tous, spectateurs, acteurs... participant à l’expérience de théâtre.


    Parler de notre société et de ce à quoi nous aspirons, mais par des références spatiales.
    Nous sommes dans un monde sur-dimensionnées (la sensation d’une oeuvre de Cannaletto par exemple).


    Nos créations (espaces de vies, urbains, etc...), notre rythme de vie, tout est en décalage avec nos apirations premières, notre rapport à la nature. Si nos sociétés occidentales sont malades aujourd’hui de mille maux, c’est aussi en partie pour ça, parce que la productivité nie nos besoins fondamentaux..


    Il est donc crucial de développer un axe esthétique en étant conscient de tout ce que les dimensions, les lumières, les ombres, les sons ont d’extra-ordinaires, ce qui nous permettra une fantaisie tirée de ce qui nous estle plus commun, de cequi nous parait être le plus immuable et ancrer dans notre réalité. Car aujourd’hui ce ne sont plus les dieux qui nous reunissent mais bien la sensation d’un ciel blanc et paisible, d’une mer calme ou agitée du vent qui s’engouffre quelque part, d’un soleil étonnant... comme une poésie du quotidien, de tous les instants

À propos du porteur de projet

La Cie Kali d'Or

    Dès sa création en 2007, le Kali d’Or explore plusieurs formes théâtrales – de la mise en scène de texte contemporain à la performance, en passant par la lecture – et dé- veloppe un pôle cinématographique.
    Dans un souci de création permanente, la compagnie aborde des thèmes et des écritures inscrits dans le présent pour replacer  l’individu dans la réalité de la contradiction du monde d’aujourd’hui. C’est pourquoi, notre approche du tra- vail et notre rapport au public nous amènent, non pas à l’élaboration de nouvelles formes, mais à l’exploration d’une nouvelle façon de faire entendre le théâtre.

    Notre besoin artistique de placer l’individu face à lui-même oriente notre démarche vers un théâtre de proximité; touchant à la fois un large public, ainsi que des struc- tures éducatives et sociales, pour que la découverte du théâtre devienne un moyen de se rencontrer, de ren- contrer les autres et de comprendre aujourd’hui pour mieux envisager demain.


    L’identité de la Compagnie du Kali d’Or se fonde sur la nécessité d’un travail collectif. Elle existe de part ce que nous sommes, de part nos idées, nos confrontations, nos rêves, nos parcours. C’est cette complémentarité et ces envies divergentes qui fédèrent la compagnie autour de nos projets respectifs et communs.


    Nous sommes conscients que le théâtre n’aura de sens que s’il est perçu par chacun comme un moyen de se retrouver, de se raconter et de raconter le monde.

Nicolas Orlando & Léo Reynaud  Créateurs de la compagnie du KAli d’Or

L'Auteure

    « Si je choisis d’écrire pour le théâtre c’est parce que j’ai cette profonde conviction que le théâtre est un des derniers lieux où nous pouvons nous interroger sur notre sort collectif en réinterrogeant sans cesse notre place dans la société lors d’un rassemblement, le temps d’une représentation. Aussi je travaille sans cesse à faire en sorte que chacun de mes textes puissent être une porte ouverte à la rencontre, aux questionnements (collectifs et individuels) et viennent réveiller les contradictions qui sommeillent en nous.
    Mon écriture s’inscrit dans une tentative d’exhumer, d’édifier et d’arpenter les ossements de mythes à char- penter.

    Ce que je choisis d’écrire est déterminé par un impératif catégorique qui me pousse à faire d’un élément, d’une chose parfois anodine un événement. C’est à partir de ce qui est laissé pour compte, de ce que l’on croit sans histoire et qu’on préférerait croire sans histoire que mon processus d’écriture s’enclenche.
    Ce que je cherche, c’est à créer du sujet, là, où a priori il ne semble pas y en avoir. Et pour cela, je tente de répondre à une injonction : « Fouille ! ». Cette injonction je me la suis fixée à la suite de la lecture d’un poème d’Henri Michaux : « Le pied a failli ! / Le bras a cassé ! / Le sang a coulé ! / Fouille, fouille, fouille, / Dans la marmite de son ventre est un grand secret ».

Magali Mougel

http://magalimougel.blogspot.fr/

L'équipe

Mise en scène: Nicolas Orlando
Scénographie et Lumière: Thibault Sinay
Créateur Sonores: Bertrand Perrot
Costumes: Anaïs Pinson
Photographe: Tristan Reynaud

Les comédien/nes:
Clémentine Allain
Katell Daunis
Arthur Fourcade
Mélanie Jaunay
Sylvain Loisse
Ophélie Marsaud
Léo Reynaud
Damien Robert
Côme Thieulin

Extraits choisis des textes de Magali Mougel

TA PEAU LA FINESSE DE TA PEAU SES CICATRICES SES VERGETURES
SES SECRETIONS QUI EN COULENT ET SE REPENDENT LA SAILLANCE
DE TES OS COLONNE VERTEBRALE ET CERVICALE LA COURBE DE TA
CROUPE LE CREUX DE TON COCCYX LE MONDE DE TON PUBIS
L’ARÊTE DE TES HAINES LA PLIURE DE TES GENOUX LA RAIDEUR DE
TES NERFS LA VIBRATION DE TES INTESTINS L’ODEUR DE TA SALIVE
LA COULEUR DE TES LEVRES LA PROFONDEUR DE TES CAVITES LES
CONSTELLATIONS DE TES GRAINS DE BEAUTE LE DESERT DE TA PILOSITE
LA PETITESSE DE TES SEINS LA GROSSEUR BOURSOUFLEE DE
TES TETONS LA FINESSE DE TES AUREOLES LA DOUCEUR DE TA
LANGUE LA FINESSE DE TES DOIGTS LA LONGUEUR DE TES ONGLES
LE CHEMIN DE TES VEINES LES GERÇURES A LA COMMISSURE DE TES
LEVRES LES LARMES SECHEES SUR TES CILS LES CREVASSES SUR TES
PIEDS LA CALLOSITE DE TES GENOUX LE RUGUEUX DE TES COUDES
LA SUEURS DE TES AISSELLES TON URINE TA FECALITE LES ECORCHURES
SUR TON TIBIA LA SENTEUR DE TON NOMBRIL DE TA VULVE



Je t’aime
Je t’aime
Je t’aime et m’aime de te voir m’aimer
Je t’aime et aime de voir que je te vois t’aimer
Je t’aime et aime de voir que je me vois t’aimer
Je t’aime et aime que tu aimes comme je t’aime
Je t’aime et aime que tu aimes comme je ne m’aime pas
Je t’aime et aime que tu m’aimes plus que je ne m’aime
Je t’aime et aime que tu m’aimes plus et mieux que ce que je suis capable d’aimer
Je te aime et aime que tu aimes que je ne sache pas m’aimer quand tu joues à ne plus m’aimer
Je t’aime et aime que tu n’aimes pas d’une autre façon de la façon dont il se doit que tu aimes
parce que c’est comme ça qu’on t’a appris à aimer
Je t’aime et aime que tu ne cherches pas plus à aimer ce que tu aimes de moi puisque c’est
comme ça qu’on m’a appris la façon dont on devait m’aimer
Je t’aime et aime que tu aimes quand je t’aime comme je t’aime car je t’aime



La colère qui le saisit, tu la connais tu fais avec.
La colère qui le saisit, elle peut survenir au moment où tu t’y attends le moins
mais tu la connais et tu fais avec.
La colère qui le saisit, tu la comprends tu sais pertinemment qu’elle ne surgit
pas de rien, qu’elle est aussi liée au fait que parfois tu fais ce qu’il ne faudrait
pas faire et qu’il ne peut pas faire avec.
La colère qui le saisit, tu comprends un jour qu’elle finit par surgir les jours
où il voudrait ce que tu ne veux décidemment pas lui donner, les jours où tu
te refuses, les jours où ton corps à un peu trop mal pour pouvoir encore faire
avec.
La colère qui le saisit, tu l’acceptes.
Il peut frapper cogner, tu fais avec.
Tu restes persuadée que la colère qui le saisit, elle n’est pas pire que tout le
reste.
Ce n’est pas prendre son mal en patience, c’est faire avec, continuer à être avec.


Le goût de son corps te revient. Le goût de son sang vermillon dans ta bouche. Le goût de sa
chair dans ta bouche. Le goût de ses veines dans ta bouche. Le goût de tout ce qui suintait et
coulait de son corps dans ta bouche. Le goût d’un peu de lui dans ta bouche.
Tu l’aimes comme tu aimerais manger chacune des parties de son coeur. Tu l’aimes comme
tu aimerais te lover toute entière dans son corps. Tu l’aimes comme tu aimerais sentir entrer
à l’intérieur de toi la vie de son coeur. Tu l’aimes du bout des lèvres, du bout de ta langue, du
bout de tes dents, de chacun de ces bouts de toi qui déjà se sont totalement emplis de /
Le goût d’un peu de lui dans ta bouche et plonger encore ta tête dans son torse, ronger chacune
de ses côtes, t’enfouir entièrement au plus profond de sa cage et embrasser et fouiller
de tes doigts chacun de ses muscles déchirés.
L’anéantir pour que dure et reste encore un peu l’immensité de ses baisers


Katell.- Elle ne te désire plus.
Ça se voit elle ne te désire plus.
Alors tu te sens dépourvu.
Elle ne te désire plus alors tu sens que quelque chose de ton potentiel chute.
Arthur.- Oui.
Hofaily.- Tu notes une baisse.
Arthur.- Une baisse ?
Katell.- Tu observes une chute de tes capacités, de tes compétences, de ta performativité.
Elle ne te désire plus et tu constates que cela repose sans doute sur un dysfonctionnement.
Hofaily.- Dysfonctionnement de votre affaire
Dysfonctionnement dans vos rapports
Dysfonctionnement dans votre façon de vous appréhender.
Mélanie.- Tu veux que nous tentions de comprendre ?
Hofaily.- Nous pourrions énumérer les symptômes
la liste des symptômes qui te laissent présupposer qu’elle ne te désire plus
Katell.- Qu’elle n’éprouve plus de désire à ton égard.
Mélanie.- Tu ne bandes plus ?
Arthur.- Non.
Mélanie.- Tu ne bandes plus et tu dis que c’est elle qui ne te désire plus.
Arthur.- Je ne bande plus parce que j’éprouve de la gêne à bander car je crois qu’elle ne me désire
plus. Et bander pour quelqu’un, bander devant quelqu’un qui ne vous désire pas, c’est, comment
dire humiliant. Je me sens humilier et /
toutes.- Oui.
Arthur.- Je ne bande plus parce que je crois que mon corps, mon odeur
la répugne
qu’elle éprouve du dégoût pour mon corps, pour ma peau
que mes mains quand je la touche
cela lui procure des décharges
des nausées /
Mélanie.- Tu pues ?
Arthur.- Pardon ?
Mélanie.- Ton corps – ta verge - pue-t-il ?
Arthur.- Elle a du dégoût pour mon sexe qui ne bande plus pour elle qui ne me désire plus /



Je regarde le plafond, je regarde par la fenêtre.
Il a mis la chienne dehors, il a lâché la chienne dans le jardin et il la laisse
courir et elle s’arrête et elle chie et elle pisse quand bon lui semble, pendant
que j’attends que passe ennui et nausée.
Et je compte sur ma peau le nombre d’heures et de jours qui filent entre les
doigts.Et je compte le nombre d’heures et de jours qu’il me faut pour peut-être
commencer à l’aimer.
Je regarde le plafond et lorsqu’il se met à venir, je constate que j’aurais dû
qu’il aurait fallu nettoyer le plafond des toiles d’araignées et de poussières
qui se sont déposées avec le temps remettre la pendule déréglée à côté du sofa
à l’heure
qui n’a jamais cessé de marquer toujours 10 minutes de retard.
Voilà que la chienne déterre au pied de l’arbre
un fémur de boeuf
et le rogne.
Le plus terrible est-ce un chien mangeant un os mort ou une femme se limant
crocs et ongles pour prendre son mal en patience.
D’aucuns parfois se souviennent d’une femme enchaînée à son rocher, tenue
en laisse comme une chienne pour la rendre fidèle.
D’aucuns parfois se souviennent d’une chienne patiente qui chaque jour attendait
sans relâche que son maître revienne pour lui caresser doucement les mamelles.
Mais le maître avait décidé de ne pas rentrer et même si la chaîne de la chienne
finît par rouiller, la chienne resta enchaînée à son rocher.
Ce qui fît qu’elle ne mourut pas de faim et de soif ?
Sa chair qu’elle s’est mise à laper, ses os qu’elle s’est mise à ronger.
Et quand il ne resta plus que dents et mâchoire,Un charognard se posa sur sa
tête et dit ce que d’aucuns disent souvent à celle qui ne sait plus si elle doit
rester :
« Il t’aurait fallu savoir partir à temps ».
L’horloge n’est pas à l’heure.
Je mâche mes mots, mâche ma langue, mâche mon corps, rogne mes mots.
Je pourrais mâcher ma langue jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’autre
nerfs cellules et sang
à avaler tout goulûment.